Le Plan Nord survivra aux mesures de rigueur

En marge du forum sur les ressources naturelles, qui se tenait lundi au Palais des congrès, une manifestation regroupant une vingtaine de personnes a eu lieu sous surveillance policière. Les participants dénonçaient le manque de consultation des citoyens dans l’exploitation des ressources québécoises.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En marge du forum sur les ressources naturelles, qui se tenait lundi au Palais des congrès, une manifestation regroupant une vingtaine de personnes a eu lieu sous surveillance policière. Les participants dénonçaient le manque de consultation des citoyens dans l’exploitation des ressources québécoises.

Au moment où le gouvernement Couillard impose un plan d’austérité budgétaire aux Québécois, le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a défendu lundi les investissements publics dans les infrastructures qui faciliteront le développement minier du Nord. Reste que des projets inscrits dans la première version du plan libéral ont été rejetés par le ministère des Transports, faute de rentabilité, a appris Le Devoir.

Selon ce qu’a fait valoir M. Arcand, le gouvernement ne peut tout simplement pas « délaisser les deux tiers du territoire du Québec », comme l’ont fait les gouvernements dans le passé. « Les populations nordiques ont besoin » du Plan Nord, selon lui.

« Le Plan Nord n’est pas seulement un développement minier. C’est aussi un développement économique et social », a-t-il également souligné en marge d’un forum sur les ressources naturelles organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Reste que le gros morceau justifiant la création de la Société du Plan Nord et le Fonds du Plan Nord demeure le développement du potentiel minier au nord du 49e parallèle.

Le ministre Arcand a reconnu que le prix de certains minerais, comme le fer, est au plus bas. Mais selon lui, plusieurs projets devraient néanmoins voir le jour au cours des prochaines années. D’où la nécessité de « vendre le Québec à l’international ». « C’est un bon moment pour faire connaître le Plan Nord. Il ne faut pas attendre qu’il y ait un boom minier incontrôlable », a soutenu Pierre Arcand.

Le ministre responsable du Plan Nord libéral est d’ailleurs formel : le Québec intéresse toujours les investisseurs étrangers attirés par les possibilités de profits dans l’exploitation des ressources minières. Mais pour ce faire, le gouvernement devra injecter des fonds publics dans le développement des infrastructures. « Les investisseurs sont tous intéressés. Ils nous disent : “nous sommes intéressés, mais si on investit, il faut qu’on puisse avoir les infrastructures”», a résumé le ministre Arcand.

Le gouvernement Couillard a déjà choisi de miser 20 millions de dollars de fonds publics pour la réalisation d’une étude de faisabilité en vue de la construction d’un nouveau chemin de fer reliant la fosse du Labrador à Sept-Îles. Une évaluation précédente, menée par le CN et la Caisse de dépôt et placement, a déjà conclu à la non-faisabilité du projet, qui pourrait coûter entre trois et quatre milliards de dollars.

Investissements à venir

D’autres annonces devraient suivre dans les prochains mois. Selon les informations obtenues par Le Devoir auprès du ministère des Transports du Québec (MTQ), Québec souhaiterait développer un « réseau de transport intégré » sur le territoire. « Différents projets routiers sont prévus au nord du 49e parallèle », a précisé récemment un porte-parole du ministère.

Des investissements publics sont notamment à l’ordre du jour pour la route 389, qui relie Fermont à Baie-Comeau. Une tranche de 30 millions de dollars, puisée dans le Fonds du Plan Nord — dont l’enveloppe doit totaliser deux milliards d’ici 2035 —, a déjà été prévue. Des réfections spécifiques seraient aussi envisagées « en fonction du cadre budgétaire ». Quant à la route 138, elle pourrait être à terme prolongée. Selon les précisions fournies par le MTQ, un prolongement de Kegaska à Blanc-Sablon est envisagé.

Des projets inscrits dans le Plan Nord lancé sous Jean Charest en 2011 ont toutefois été mis de côté depuis, a appris Le Devoir. C’est le cas du port en eaux profondes à Whapmagoostui-Kuujjuarapik, sur les rives de la baie d’Hudson. Ce village de 1500 personnes n’est pas relié par la terre ferme au reste du Québec. Le gouvernement Charest songeait d’ailleurs à construire une route pour rejoindre Radisson, située environ à 250 kilomètres plus au sud.

Mais les deux projets ont été mis de côté, a indiqué le MTQ. La construction du port aurait nécessité des « investissements considérables », a-t-on répondu, sans donner de précisions sur les montants. Quant à la route, elle ne serait « pas rentable » en l’absence de développements miniers significatifs dans la région.

Le gouvernement Charest avait par ailleurs entrepris les étapes préliminaires en vue d’établir un quai en eaux profondes dans le secteur de Kuujjuaq, dans la baie d’Ungava. Les études du MTQ ont conclu que le projet n’était pas réalisable.

Le secteur minier représente, les meilleures années, environ 2,5 % du PIB du Québec. Il se situe actuellement autour de 1 % du PIB. À titre de comparaison, l’industrie touristique se maintient bon an mal an autour de 2,5 % du PIB. Pour la période 2014-2016, les prévisions de Québec indiquent que les minières doivent verser un total de 405 millions de dollars en redevances. La valeur brute des ressources non renouvelables extraites devrait dépasser les 24 milliards de dollars au cours de la même période.

L’État québécois a par ailleurs hérité au fil des ans de 698 sites miniers abandonnés. La facture, estimée à 1,2 milliard de dollars, sera entièrement payée par les contribuables québécois. Québec n’a toujours pas de plan pour venir à bout de cet héritage toxique.

19 commentaires
  • Serge Marchand - Inscrit 9 décembre 2014 03 h 31

    Une prolongement ESSENTIEL

    Le prolongement de la route 138 à partir de Kegaska est "essentiel" pour le futur aménagement de centrales hydroélectriques de la rivière Petit-Mécatina.

    Je crois qu'il faut être naïf pour croire que ce prolongement puisse être économique pour de potentiels mines dans ce coin de la basse Côte-Nord.

    Il faut quand même créer de l'emploi pour nos firmes d'ingénieurs conseils reconnus par la Commission Charbonneau.

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/252168/am

  • Josée Duplessis - Abonnée 9 décembre 2014 06 h 39

    questionable

    Investir dans le Grand Nord pour qui?
    Choisir l'industrie minière au lieu de choisir dans les études de nos enfants?
    Choisir délaisser les populations les plus démunies pour enrichir qui?
    C'est un choix libéral mais il est questionable.
    Que font les journalistes? ILs assistent à une défiguration de notre société sans trop poser les vraies questions?
    Je suis un peu perplexe.

    • André Michaud - Inscrit 9 décembre 2014 10 h 21

      Nos plus grandes richesses au Québec sont dans les ressources naturelles. Présentement il y ralentissement de la demande, mais ça repartira tôt ou tard, et il ne faut pas manquer le bateau..

      Si on avait pensé au Plan Nord dans les années 90, on aurait eu beaucoup de ventes à la Chine..mais il n'est pas trop tard pour se préparer pour la prochaine relance économique.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 9 décembre 2014 12 h 31

      @ M. Michaud

      La plus grande richesse d'un peuple, M. Michaud, ce sont ses enfants. C'est vrai pour n'importe quel peuple. L'investissement à faire est là.

      Mais, voyez-vous, un enfant ne se vend pas au gramme ni à la tonne métrique. Vous n'avez qu'à regarder les quelques décisions qui se sont prises par le gouvernement actuel pour comprendre que sa priorité, ce ne sont pas les enfants (au contraire).

      C'est quelque chose que les comptable (et spéculateurs fonciers et financiers) au gouvernement et chez ses lobbyistes ne comprendront jamais.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 9 décembre 2014 16 h 28

      Bien dit,Madame Duplessis.Avec des etudes pur nos enfants,c est sur qu on ne manquera pas le bateau.et en passant vive le cours classique.Avec les liberaux on va manquer surement plusieurs bateaux......Plus que perplexe. J-P.Grise

    • Michel Vallée - Inscrit 9 décembre 2014 22 h 12


      @André Michaud

      «Nos plus grandes richesses au Québec sont dans les ressources naturelles [...] ne faut pas manquer le bateau...»



      Avec des redevances annuellement versée à l’État d’environ 200 millions de dollars, pour 12 milliards de dollars d'extraction de minéraux, plutôt qu'en bateau c'est en chaloupe que l'on nous mène !

  • Guy Vanier - Inscrit 9 décembre 2014 06 h 56

    Come toujours!

    Les profits pour les compagnies des petits amis et les dépenses pour les citoyens qui sont taxés de partout par nos bons docteurs gras dur?
    Vive l'austérité pour la classe moyenne et les pauvres.

    • Nicole Moreau - Inscrite 9 décembre 2014 09 h 27

      c'est vrai, l'austérité ne semble pas pour les entreprises du point de vue du PLQ, mais les minières font leurs demandes d'infrastructures qui vont coûter très cher, si elles se font, est-ce que les redevances vont être au rendez-vous? permettez-moi d'en douter, elles n'y étaient pas du temps du précédent gouvernement libéral

    • André Michaud - Inscrit 9 décembre 2014 10 h 27

      C'est un mythe L'argent facile pour les minières..., Il n'y a pas toujours de si grands profits pour les compagnies. Quand il faut investir 12 milliards pour une simple mine de fer, il faut aussi vendre beaucoup beaucoup de minerai...ce qui n'est pas le cas présentement.

      De plus, Les minières d'ici ont des concurents ailleurs, dont L'Australie qui encourage de plus en plus son secteur minier...

      Donc quand la production de minerai est plus grande et la demande en baisse, on produit...à perte!

      Sortez de votre maison tout ce qui ne vient pas de produits miniers...et il ne restera que du bois et des aliments..Toute notre société moderne tient sur les mines. Dont le pétrole qui sert à la fabrication de presque tout dans nos maisons..

    • Josée Duplessis - Abonnée 9 décembre 2014 12 h 49

      Oui vous avez raison. Vive l'austérité pour les pauvres et vive la richesse pour les riches. Normal voyons!!!

    • Michel Vallée - Inscrit 9 décembre 2014 22 h 25

      @André Michaud

      « C'est un mythe L'argent facile pour les minières...»


      Le mythe c’est de croire que les profits des minières est fonction de la tonne de minerai extrait et vendu.

      Ainsi, avant même d'extraire du minerai, la rentabilité d'un gisement minier est une activité spéculative : les minières vendent des actions en Bourse, dont la valeur est présumée.

      Même pas besoin de creuser pour empocher du fric, ce qui a mon avis est de l’argent facile qu’empochent les actionnaires (notamment grâce au coup de pouce complaisant du gouvernement, quand il annonce que les infrastructures vont être au frais de l’État avec en prime de l’électricité à rabais).

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 9 décembre 2014 07 h 44

    La vraie raison du peu d'empressement gouvernemental manifesté pour corriger les sites miniers abandonnés.

    Au final, dépenser 1MM$ pour régler un problème vieux de plusieurs décennies et qui s'aggrave est bien peu pour un gouvernement habitué à jonger annuellement avec des budgets annuels dépassant 50MM$. La véritable raison pour ne rien faire est donc ailleurs: sa nature est politique. Le gouvernement veut indiquer aux compagnies minières que la remise en état des lieux miniers lui importe peu. Or,
    y dépenser significativement de l'argent indiquerait le contraire, à elles comme à la population en général. Actuellement, il voit les compagnies minières ( et pétrolières) comme des bienfaitrices et s'empresse de les courtiser, notre portefeuille collectif tout grand ouvert. C'est comme si la perfection les habitait. De plus, je ne suis pas certain que les populations les plus rapprochées se soucient des sites miniers abandonnés. D'ailleurs, s'en soucie-t-on ailleurs au point d'en faire une priorité politique ? Autrement dit, ne rien faire et dire est politiquement payant pour à peu près tout le monde. Malgré le droit, on peut donc salir beaucoup et impunément au Québec. En terme de développement durable, la non-restauration de la plupart des sites miniers abandonnés dans un Québec immense et souvent peu peuplé devient socialement acceptable et économiquement rentable pour à peu près tout le monde.

  • Marie-Claude Delisle - Inscrit 9 décembre 2014 08 h 25

    Une autre politique libérale

    Développer le Nord et abandonner les régions. Construire des routes pour les profits envisageables seulement. Développement économique.... et social ? Vraiment ? De quelle société parle-t-on ici ? Celles qui sont touchées directement par les mines désaffectées dont le gouvernement ne s'occupe pas ?Ou la société québécoise exsangue à force d'autérité ? C'est très 19e siècle de penser construire et de ne jamais entretenir ce que l'on a. Une politique de la dépense qui joue toujours avec la notion de gaspillage, à mon avis. Une politique libérale, quoi.