L’industrie a besoin d’un «électrochoc»

Le tourisme de plein air fait partie des niches de l’industrie québécoise.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Le tourisme de plein air fait partie des niches de l’industrie québécoise.

Plusieurs intervenants de l’industrie touristique québécoise en ont assez de la « cacophonie » et du manque de leadership qui caractérisent leur milieu. Dans une cinglante lettre ouverte, ils proposent d’abolir le ministère et Tourisme et de le remplacer par une société d’État ou une entité indépendante qui pourrait relancer ce secteur en difficulté.

« La faible performance du tourisme québécois s’explique en premier lieu par l’absence de leadership au plus haut niveau. Force est de constater l’absence d’un véritable patron dans le domaine du tourisme et par conséquent de politiques bien définies », écrivent huit acteurs de l’industrie, y compris d’ex-dirigeants d’organismes touristiques, dans la lettre dévoilée lundi.

Les auteurs font valoir qu’il y a trop d’instances, d’organismes et d’entreprises impliquées dans le développement du tourisme au Québec, mais trop peu de cohésion et de responsabilisation. « Actuellement, on investit environ 500 millions de dollars de fonds publics en tourisme au Québec, mais cela se fait sans un cadre d’intervention clair, qui soit basé sur une connaissance pointue de notre offre et surtout de nos clients actuels et potentiels », soulignent-ils.

La nouvelle entité réclamée aurait le mandat de colliger des renseignements sur les clientèles visées, de superviser le développement de l’offre touristique et de commercialiser le tourisme du Québec autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières.

Chiffres décevants

Cet « électrochoc » est devenu nécessaire en raison de la piètre performance de l’industrie québécoise, estiment les signataires. Pendant les huit premiers mois de 2014, le Québec a connu une hausse de 4,1 % du tourisme international, ce qui demeure bien en deçà de l’augmentation de 9 % enregistrée en Amérique du Nord, notent-ils. En 2012, le déficit touristique du Québec s’est élevé à plus de 3,4 milliards de dollars. Cela signifie que le montant des dépenses des Québécois à l’étranger a dépassé de 3,4 milliards celui des voyageurs étrangers au Québec.

En réponse aux inquiétudes du milieu touristique, le gouvernement provincial s’est doté en 2012 d’un Plan de développement de l’industrie touristique s’échelonnant jusqu’en 2020. Celui-ci établit une cible de croissance annuelle de 5 % des recettes touristiques pour toute la durée du plan. Les plus récentes données de Tourisme Québec indiquent par exemple que les recettes touristiques ont augmenté de 3,9 % entre 2011 et 2012.

Dans l’état actuel des choses, les objectifs du plan gouvernemental sont « totalement irréalistes », juge le consultant en tourisme et cosignataire de la lettre, Jean-Michel Perron.« On se rend compte que, même si on a un plan stratégique de développement, on a un problème structurel, explique-t-il. Tu peux avoir une vision assez claire de ce que tu veux faire, mais si tu n’as pas les bons outils pour y arriver, c’est un cul-de-sac. »

Pour un « ministère fort »

Les sévères critiques exprimées dans la lettre ouverte reflètent partiellement le point de vue de l’Association québécoise de l’industrie touristique (AQIT). « Si on veut atteindre les cibles qu’on s’est données, il va falloir en faire plus que de simplement repenser notre produit et faire des choix d’investissement », reconnaît sa directrice générale, Lucie Charland.

Celle-ci ne croit toutefois pas que l’abolition du ministère du Tourisme soit la solution à privilégier et préfère miser sur un « ministère fort ». Avec la ministre Dominique Vien, « on a affaire à une personne solide et extrêmement déterminée », soutient-elle.

Depuis septembre, Mme Vien a organisé une série de rencontres avec différents acteurs de l’industrie touristique pour procéder à une révision du « modèle d’affaires et de gouvernance » en vigueur. Elle sera de passage mardi à Boucherville lors de la rencontre stratégique annuelle de l’AQIT pour présenter ses principaux constats aux différentes associations touristiques.

La ministre Vien n’a pas voulu réagir lundi à la publication de la lettre ouverte, préférant attendre la fin de la rencontre de mardi.

Front commun pour le recours aux travailleurs étrangers

Quatre associations canadiennes représentant les secteurs de la restauration, de l’hébergement et du commerce de détail ont demandé lundi au gouvernement fédéral d’éliminer les « politiques discriminatoires » contre les entreprises qu’elles représentent. Dans une lettre envoyée au ministre de l’Emploi, Jason Kenney, et à celui de l’Immigration, Chris Alexander, les organisations ont notamment exigé un accès plus libre au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET). Dans une réforme annoncée en juin, Ottawa a exclu du PTET les postes peu qualifiés dans les secteurs de l’hébergement, de la restauration et du commerce de détail qui sont offerts dans les régions où le taux de chômage est supérieur à 6 %. La lettre est signée par l’Association de l’industrie touristique du Canada, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, le Conseil canadien du commerce de détail et Restaurants Canada.
1 commentaire
  • Leclerc Éric - Inscrit 9 décembre 2014 19 h 52

    Elle ne veut pas se tirer dans le pied

    Si Couillard donne suite aux recommandations et abolit le ministère de Dominique Viens, celle-ci risque de se retrouver sans portefeuille ou encore sur les banquettes des députés, à moins d'obtenir un ministère dans lequel elle ne serait pas du tout à l'aise.

    Quand au ministère lui-même, le Québec est une province touristique, pas besoin d'un ministère qui investi des millions de dollars en publicité pour nous inviter à aller à Montréal, Québec ou ailleurs, ni même donner des chèques à des directeurs de fêtes et festivals qui n'ont plus leur raison d'être!

    N'y a-t-il pas le ministère de l'Éducation, DU LOISIR, et du sport qui existe, pour gérer les fonds publics qui pourrait analyser les demandes des évènements, et distribuer les subventions admissibles?