La gauche ne partage pas le soulagement de la droite

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM)
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM)

La mise à jour économique du gouvernement Couillard a réussi à apaiser la plupart des craintes du milieu des affaires, mais pas celles des syndicats, qui ne partagent pas l’optimisme affiché par Québec.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) se réjouit du fait que le gouvernement maintient le cap vers l’équilibre budgétaire et rassure du même coup les entreprises de la métropole. « Nous constatons que le gouvernement semble avoir gardé la croissance des dépenses de programmes, souligne le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc. Le fait que 85 % des compressions budgétaires ont été entreprises ou annoncées permettra d’enlever une grande part de l’incertitude qui régnait sur l’environnement d’affaires du Québec et de sa métropole. »

M. Leblanc compte surveiller l’impact de la hausse temporaire du fardeau fiscal des banques et des compagnies d’assurances, mais souligne que cette mesure ne devrait pas être trop dommageable étant donné la « période faste » que connaît l’industrie des services financiers.

Du côté de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), qui représente 24 000 PME au Québec, on applaudit également au maintien du retour à l’encre noire pour 2015-2016.

« Les propriétaires de PME savent très bien que les déficits d’aujourd’hui sont les taxes et impôts de demain, illustre la vice-présidente et porte-parole nationale de la FCEI, Martine Hébert. Ça va ramener une marge de manoeuvre au Québec. »

L’organisation encourage toutefois le gouvernement à poursuivre le ménage entamé dans la panoplie de crédits d’impôt offerts aux entreprises pour que le plus grand nombre de PME en sortent gagnantes. « Plus l’aide aux entreprises est lourde, plus ça crée une pression à la hausse sur l’ensemble des entreprises », ajoute-t-elle.

Certains secteurs d’activité ont trouvé de quoi se réjouir dans la mise à jour économique dévoilée mardi, à commencer par le monde agricole. L’Union des producteurs agricoles (UPA) est particulièrement heureuse de constater que le gouvernement accorde une nouvelle aide fiscale pour faciliter le transfert des fermes québécoises à la relève. « Ça va prendre une intervention du gouvernement pour limiter l’accaparement des terres », mentionne toutefois l’économiste en chef de l’UPA, Charles-Félix Ross.

Le regroupement des entreprises engagées en développement des affaires électroniques se félicite de son côté du maintien du crédit d’impôt au niveau annoncé dans le budget de juin dernier. L’Alliance numérique, qui représente l’industrie du jeu vidéo, espère toutefois un retour à 37,5 % du crédit d’impôt pour la production de titres multimédias, abaissé à 30 % au début de l’été.

Les syndicats doutent

L’annonce du ministre des Finances, Carlos Leitão, n’a pas suscité le même enthousiasme chez les syndicats, qui gardent en tête les compressions passées et à venir. « Il y a un optimisme dans le message qu’on ne partage pas du tout parce que c’est comme si les compressions étaient derrière nous. Pourtant, elles sont en train de s’appliquer et elles vont continuer à s’appliquer. Au quotidien, on les mesure partout, notamment en santé et en éducation », souligne le président de la CSN, Jacques Létourneau.

Il déplore au passage l’abaissement de 20 % à 10 % du crédit d’impôt pour cotisation syndicale en 2015-2016, une mesure incluse dans l’effort global exigé des contribuables. L’accroissement du fardeau fiscal des institutions financières n’est pas une mauvaise idée, admet-il, mais le caractère temporaire de la mesure annoncée — applicable jusqu’au 31 mars 2017 — le laisse sur sa faim.

« La contribution supplémentaire demandée aux institutions financières n’est que symbolique », acquiesce le président de la FTQ, Daniel Boyer, comparativement aux profits réalisés annuellement par les banques.

Sur le fond, la fédération n’est pas contre l’atteinte de l’équilibre budgétaire, « mais il faut prendre le temps de bien faire les choses et non agir de façon idéologique, dans la précipitation, en ne se préoccupant pas du sort des plus démunis et de la classe moyenne », fait valoir M. Boyer.

7 commentaires
  • Hélène Paulette - Abonnée 3 décembre 2014 08 h 46

    Nous aussi on a hâte

    En tant que famille endettée et qui continue à s'endetter davantage pour joindre les deux bouts, nous avons bien hâte à notre équilibre budgétaire...Mais ça n'intéresse pas beaucoup la Chambre de Commerce.

  • Robert Beauchamp - Abonné 3 décembre 2014 09 h 19

    Subvention et Chambre de Commerce

    Ce cher président de la Chambre de Commerce devrait se garder une petite gêne et retourner les profits générés par la gestion des parcomètres octroyés par le sous-contrat avec la Ville de Montréal. C'est notre argent qui prend le sentier au bénéfice de la Chambre de Commerce. Des gens dit d'affaires, (en fait il s'agit d'un lobby) qui profitent d'un service public. Ils devraient être à même de subvenir à leurs propres besoins, si vraiment ils avaient intérêt à leur association, et si ils veulent faire de la politique qu'ils aient le courage d'embarquer dans l'arène ou sinon qu'ils cessent de donner des leçons et la morale aux citoyens payeurs. Je n'ai rien à cire d'une idéologie subventionnée.
    Robert Beauchamp

    • Jacques Patenaude - Abonné 3 décembre 2014 10 h 48

      N'ont-ils pas applaudit le discours de Pierre Fortin lorsqu'il disait qu'il fallait cesser de s'accrocher aux "mamelles de l'État".
      bref ça ressemble au dicton "faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais".

  • André Michaud - Inscrit 3 décembre 2014 10 h 03

    Pour le bien de tous

    Atteindre enfin l'équilibre budgétaire aurait des conséquences positives pour tous.

    On a qu'à penser qu'on paye 11 milliards par année en intérêt seulement. Et tant qu'on a pas appris à avoir des budgets équilibrés , la dette augmente de quelques milliards par année !!!

    Ça vaut la peine de chacun faire sa part, si pas pour nous qui sommes plus vieux, au moins pour nos enfants et petits-enfants..

  • Denis Paquette - Abonné 3 décembre 2014 10 h 11

    Toujours la meme approche, que le monde ne comprend pas vite

    C'est toujours la meme chose , comme si les travailleurs n'étaient pas ceux qui construisent le monde . Tant qu'a y etre pourquoi ne pas décreter l'esclavage pour tout le monde sans droits de ripostes. Toujours la meme chose des clers imbus et orgueilleux Va-t-il falloir encore une fois en ......... quelques uns pour qu'ils comprennent, je n'écris pas le mot ca leurs fera trop plaisir

  • Frédéric Miville-Deschênes - Inscrit 3 décembre 2014 11 h 02

    Quand cessera-t-on de nous faire passer les entrepreneurs pour des économistes?

    Comme le nobéliste Paul Krugman l'a expliqué ailleurs, les entrepreneurs et les économistes fonctionnent à l'intérieur de systèmes différents (l'entreprise vs. l'État), avec des prémisses et des outils différents. Les chambres de commerce et autres regroupements d'affaires ne sont pas des départements d'économie ; ils sont des lobbies. Qu'on relaie leurs positions au sujet de mesures qui concernent leurs membres. Soit! Mais qu'on soit clair qu'ils n'ont pas l'autorité nécessaire pour dispenser des opinions générales sur les politiques économiques.