Le Canada doit agir contre la montée des inégalités, dit la TD

La note économique de la TD publiée lundi s’ajoute à l’imposante littérature consacrée au phénomène de l’inégalité des revenus en offrant une perspective canadienne.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La note économique de la TD publiée lundi s’ajoute à l’imposante littérature consacrée au phénomène de l’inégalité des revenus en offrant une perspective canadienne.

Le Canada se compare avantageusement aux États-Unis lorsqu’il est question d’inégalité de revenus, mais le gouvernement fédéral doit demeurer sur ses gardes, prévient une analyse de la Banque TD. Son système redistributif est moins efficace qu’il n’y paraît et plusieurs tendances de fond laissent entrevoir une augmentation des inégalités et une diminution de la mobilité sociale dans les années à venir.

La note économique de la TD publiée lundi s’ajoute à l’imposante littérature consacrée au phénomène de l’inégalité des revenus en offrant une perspective canadienne. Elle souligne la bonne tenue du système économique et social du pays, mais invite Ottawa à adapter ses décisions politiques au « monde des inégalités croissantes » dans lequel nous vivons.

« Le Canada est à la croisée des chemins, puisqu’il subit des pressions qui pourraient augmenter l’inégalité des revenus et réduire la mobilité sociale, écrivent Craig Alexander et Francis Fong, respectivement économiste en chef et économiste senior à la TD. Si le Canada veut maintenir son modèle actuel, les autorités devront vraisemblablement se pencher sur cette montée des inégalités. »

Désavantage

Les auteurs expliquent que le fossé qui se creuse aux États-Unis entre les riches et les pauvres pourrait avoir un impact sur le Canada, qu’on le veuille ou non. « Un des principaux défis du Canada est lié au fait que son principal partenaire commercial et concurrent pour le recrutement de talents permet une inégalité de revenus beaucoup plus élevée. »

Si la croissance économique ne s’accélère pas de ce côté-ci de la frontière, le Canada pourrait être désavantagé par rapport aux États-Unis, qui rémunèrent peu leurs travailleurs au bas de l’échelle, tout en récompensant davantage qu’ici leurs travailleurs installés au sommet.

En plus de sa relation étroite avec les États-Unis, le Canada n’échappe pas aux tendances observables à l’échelle de la planète. Parmi elles, les changements technologiques et la mondialisation répartissent plus équitablement les gains à travers la planète, mais accentuent les inégalités dans les pays occidentaux, souligne l’analyse de la TD : les entreprises peuvent transférer leur production dans les pays où la main-d’oeuvre est plus abordable, ce qui affecte durement les travailleurs faiblement ou moyennement qualifiés dans les pays occidentaux.

Redistribution moins efficace

Les économistes de la TD rappellent que le Canada se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE en ce qui concerne l’inégalité des revenus, mais relativisent la solidité du système en place au pays. « La fiscalité canadienne n’est pas aussi progressive que ce que plusieurs croient et le système de transferts n’est aussi efficace que dans plusieurs autres pays », soulignent-ils.

Concrètement, le Canada se classe au 9e rang des pays de l’OCDE en ce qui concerne l’inégalité liée aux revenus du marché, mais glisse à la 19e position après impôts et transferts.

Au cours des dernières années, la hausse des inégalités au Canada a notamment été limitée par l’abondance de bons emplois dans les secteurs des ressources naturelles et de l’immobilier, poursuivent MM. Alexander et Fong, mais cette conjoncture est vraisemblablement passagère. Le gouvernement fédéral doit donc prévoit le coup dès maintenant, laissent-ils entendre.

« Une approche équilibrée serait sans doute la plus efficace, grâce à une influence directe et indirecte sur les revenus de marché, combinée à des changements au système d’imposition et de transferts gouvernementaux. »

Autrement dit, les inégalités constatées au Canada au cours des dernières décennies commandent une intervention sur plusieurs fronts, expliquent-ils. Il y a par exemple « place à l’amélioration » en ce qui a trait à la formation de la main-d’oeuvre, l’offre de logements abordables ou l’intégration des travailleurs immigrants. À cela devraient s’ajouter une bonification du système redistributif existant et le développement d’une économie diversifiée s’appuyant sur la production de biens à forte valeur ajoutée.

Cela dit, les plus récentes données de Statistique Canada dévoilées la semaine dernière nous apprenaient que le « 1 % » des Canadiens les plus riches accaparent désormais une moins grande portion des revenus totaux. Ils détenaient 10,3 % de l’ensemble des revenus en 2012, contre 10,6 % en 2011 et 12,1 % en 2006. Les États-Unis ont observé le phénomène inverse, avec une part de 19,3 % en 2012, comparativement à 18 % en 2006.



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