Le «plan Juncker» essuie déjà les critiques

Jean-Claude Juncker doit dévoiler son plan d’investissement mercredi.
Photo: John Thys Agence France-Presse Jean-Claude Juncker doit dévoiler son plan d’investissement mercredi.

Pas encore dévoilé, déjà décrié : le plan d’investissements de 300 milliards d’euros, promis par la Commission Juncker, suscite des attentes fortes dans une Europe en pleine stagnation, mais pourrait avoir du mal à convaincre comme nombre de ses prédécesseurs, faute de disposer massivement d’argent frais.

« Ce plan est-il suffisant pour faire la différence ? Est-ce du vieux vin dans de nouvelles bouteilles ? Y a-t-il suffisamment d’argent public ? » Les questions sont posées par la Confédération européenne des syndicats mais résument à elles seules les craintes autour de ce projet.

Sans attendre d’en connaître les grandes lignes, le groupe des libéraux au Parlement européen a demandé un programme plus ambitieux, de 700 milliards d’euros. Les socialistes ont surenchéri en plaidant pour 800 milliards sur six ans, dont 100 milliards venant directement des États.

Le « plan Juncker », qui sera dévoilé mercredi au Parlement européen, doit composer avec plusieurs paramètres : ne pas créer de dette supplémentaire pour les États, trouver le bon équilibre entre argent public et privé, et être suffisamment attractif pour attirer les investisseurs tout en évaluant intelligemment les risques. Il faut des « investissements privés autant que possible, des investissements publics si nécessaire », estime Pierre Moscovici, le commissaire aux Affaires économiques. Une formule qui masque le débat politique en Europe où l’Allemagne ne souhaite pas puiser dans ses marges budgétaires pour investir, malgré les appels lancés par certains de ses voisins, en premier lieu la France.

Dans ce contexte, le ministre français de l’Économie, Emmanuel Macron, a dit craindre au final un plan d’investissements décevant. Paris espère un apport d’argent frais de 60 à 80 milliards d’euros, alors que les chiffres circulant évoquent plutôt 30 milliards, mêlant réallocation de fonds déjà existants et une contribution a minima des États, dont probablement les 10 milliards d’euros d’investissements promis par l’Allemagne. « La crainte est qu’une somme de 30 milliards d’euros soit trop faible pour attirer des investisseurs privés », estime Alan Lemangnen, de Natixis. Le « risque est de faire encore une fois trop peu » après des expériences comme celle du pacte de croissance de 120 milliards d’euros lancé en 2012, qui a rapidement montré ses limites.

Selon les informations de presse, une des idées sur la table est de créer des fonds d’investissement sous l’égide de la Banque européenne d’investissement, le bras financier de l’UE, pour lever de l’argent auprès d’investisseurs privés via un effet de levier.

Si la structure est jugée innovante grâce à des profils de risque différents selon les fonds, l’effet de levier attendu, qui multiplierait la mise de départ par au moins 10, est jugé difficile à mettre en oeuvre, par de nombreux observateurs. « Les dirigeants européens devraient être prudents dans leurs attentes en matière d’effet de levier » car cela pourrait susciter un certain scepticisme du côté des investisseurs, estime Reinhard Cluse, économiste à la banque UBS.

« Ça va être compliqué même si les chiffres avancés ne sont pas du tout aberrants », tempère Frederik Ducrozet de Crédit Agricole CIB, qui craint plutôt pour la mise en oeuvre du plan. « Ce qui compte, ce sont les initiatives, le calendrier et l’utilisation des fonds mais quoi qu’il arrive, c’est un projet à trois ou cinq ans dans le meilleur des cas », souligne-t-il, éloignant tout effet immédiat sur la croissance et sur l’emploi, les deux priorités affichées de ce plan.

Mais, selon lui, les retombées peuvent être considérables si les projets sont bien ciblés et si l’argent est bien dépensé par exemple au profit des PME en Europe du Sud, dans des pays où le crédit bancaire est à l’arrêt. Il ne faut pas s’attendre à « une solution rapide à la faiblesse actuelle de l’économie » même si l’approche plus risquée pourrait faire de ce plan un succès limité mais bienvenu, renchérit son confrère d’UBS.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 24 novembre 2014 07 h 23

    Qu'elle naiveté?

    Comment l'Europe a-t-elle pu mettre au pouvoir celui qui a lui seul controlait le paradis fiscale le plus important d'Europe
    Comment l'Europe a-t-elle pu faire confiance a cet individu et croire en sa probité

  • François Dugal - Inscrit 24 novembre 2014 08 h 24

    Le Grand Duché

    Comment l'homme issu du sérail du Grand Duché peut-il remettre l'économie européennes sur ses rails?