Québec coupe les vivres au porte-voix du monde rural

Thierry Haroun Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme - Austérité

Le gouvernement du Québec a décidé de couper à blanc le financement de 750 000 $ qu’il accordait à Solidarité rurale du Québec à titre d’instance-conseil en matière de développement rural, ce qui représentait 75 % de son budget. Par conséquent, l’organisme de défense de la ruralité devra faire avec les quelque 250 000 $ issus de ses activités, et ce, dès avril prochain. Qu’importe : sa présidente, Claire Bolduc, véritable battante pour qui la connaît, entend poursuivre le combat des régions à titre de bénévole.

Une fois les vivres coupés par Québec, Claire Bolduc poursuivra quand même le travail entamé par son organisme depuis des années, à la hauteur de ses moyens, mais avec la même détermination qu’on lui connaît. « Je suis une militante, vous savez. Alors je deviendrai une bénévole comme plusieurs personnes qui sont autour de nous. On tâchera de poursuivre nos activités de façon active pour porter la voix des ruraux. Sur le plan du financement, il reste les contributions de nos membres et des revenus autonomes qu’on peut générer par l’entremise de nos activités. Mais nous sommes en danger, en grand danger actuellement », admet Claire Bolduc, visiblement mécontente et inquiète. Il faut savoir que le gouvernement du Québec, par l’entremise de son ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a décidé tout récemment qu’il ne considérait « plus utile et cohérent », rappelle Mme Bolduc, de bénéficier d’une instance-conseil en matière de développement rural, un rôle que jouait Solidarité rurale du Québec depuis 1997.

Une insulte à l’intelligence ? « Oui. En effet, je pense que c’est une insulte à l’intelligence des citoyens du Québec », croit-elle. À titre d’instance-conseil, Solidarité rurale du Québec jouait plusieurs rôles, tels que fournir des avis au gouvernement sur des questions liées au développement rural, conseiller et appuyer les milieux ruraux, mettre en réseau, animer et former les agents de développement rural, mettre à la disposition des intervenants ruraux le Centre de documentation et de référence sur la ruralité et participer au Comité des partenaires de la ruralité pour appuyer la mise en oeuvre de la Politique nationale de la ruralité. Et SRQ, c’est plus que cela, c’est aussi des prises de position bien tranchées.

Il s’agit de relire les éditoriaux publiés dans son bulletin de liaison pour s’en convaincre. « L’occupation du territoire, enfin, ce n’est pas un calendrier, ce n’est pas une revendication pointue, ce n’est pas une vision sectorielle de la question, c’est un travail de longue haleine, c’est la construction de l’avenir en regard des défis qui nous interpellent tous », écrivait-elle en mars 2010. Et que dire de son prédécesseur, Jacques Proulx, qui rappelait dans Lettre au premier ministre (édition de l’été 2000) — qui curieusement renvoie à l’actualité — que « lors de la clôture des états généraux du monde rural en février 1991, nous avons adopté la déclaration du monde rural. Elle se terminait sur le leitmotiv des ruraux : tant vaut le village, tant vaut le pays. Alors, monsieur le premier ministre, j’ai mal à mon pays car, de ses villages, il se déleste. En effet, la réforme municipale menée par la ministre des Affaires municipales et de la Métropole porte en elle une vision d’un Québec ''ratatiné autour des villes'', ce qui en fait un projet de société pour lequel, je vous le rappelle, nous n’avons pas été consultés ».

Un affront à la démocratie

Retournons à l’entrevue avec Mme Bolduc. « Je crois que la décision du gouvernement [de couper les ponts avec SRQ] est très idéologique », dit-elle qui profite de l’occasion pour dénoncer les récentes décisions du gouvernement en ce qui a trait à l’abolition des centres locaux de développement, des conférences régionales des élus, sans parler du projet de loi 10, si cher au ministre de la Santé, Gaétan Barrette. « Regardez seulement ce qui se passe dans le secteur de la santé, alors que le ministre propose de sacrifier le conseil d’administration des établissements de santé [les agences régionales de la santé et les CSSS] pour nommer lui-même les membres du conseil d’administration des centres intégrés de santé et services sociaux [à venir]. On vient ici de sacrifier de façon importante la démocratie citoyenne. Le même message est passé dans le monde scolaire, alors qu’on vient de nous informer que les temps seront difficiles pour les universités et les cégeps. Même chose pour les carrefours jeunesse-emploi, les CLD et les CRÉ. Écoutez, c’est toute la capacité de réflexion et de concertation locale et régionale qu’on est en train de sacrifier ! C’est une décentralisation énorme qui est en train de se produire. Cette austérité est un affront à tous les citoyens du Québec, c’est un affront à la démocratie ! », déplore-t-elle d’un souffle.

Le « couteau sous la gorge »

Mme Bolduc poursuit sa charge en règle contre Québec. « Je rappellerai que dans un milieu rural, le CLD et le CJE sont les seuls organismes qui prennent en charge le développement local, qui soutiennent les entrepreneurs, les jeunes dans leur cheminement. Québec coupe dans les budgets qui servent à des gens qui posent des gestes concrets sur le terrain. Nous demandons au gouvernement du Québec un temps d’arrêt. Il faut arrêter le saccage. » Que pensez-vous du pacte fiscal signé entre les municipalités et Québec ? « Les municipalités nous l’ont dit, que ce n’était pas une négociation : “On a eu une offre sur la table. C’est à prendre ou à laisser, le couteau sous la gorge.” C’est ça que les municipalités nous ont dit. Mais qui sommes-nous comme société si on continue à accepter ça ? »

Des appuis à SRQ

Invité à commenter la fin de l’aide de Québec à SRQ, l’ex-premier ministre du Québec, Bernard Landry, estime que cet organisme est un vecteur essentiel au développement et à l’essor des milieux ruraux en rappelant « que c’est Solidarité rurale du Québec qui a été l’un des inspirateurs de la Politique nationale de la ruralité. Et la fin du financement de Solidarité rurale par le gouvernement est une très grave erreur ».Même son de cloche du côté du président de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau. « La force de SRQ, c’est que tout le monde est assis autour de la table. »

 

1 commentaire
  • murielle bernard - Inscrite 24 novembre 2014 01 h 21

    Pas étonnant…

    Pas étonnant...le gouvernement Couillard a décidé de mener notre société comme celui de Harper et comme de plus en plus de sans-gêne sur la planète, c'est à dire comme une "business", une belle grosse "business" à l'odeur ultralibérale. Money Money...pis toi t'a rien à redire, on fait le ménage, point à la ligne! La démocratie, le social, le rural et ses misères...c’est secondaire…
    Et vive les échanges et le libre-marché mondial!
    Bon courage!