La rente longévité était une bonne idée, dit l’actuaire en chef

La rente longévité, qui aurait été financée à parts égales par les employeurs et les travailleurs, était un des gros morceaux du rapport D’Amours.
Photo: Sergey AK iStock La rente longévité, qui aurait été financée à parts égales par les employeurs et les travailleurs, était un des gros morceaux du rapport D’Amours.

Laissée de côté par le gouvernement du Québec, la rente longévité que proposait un comité de sages pour assurer un revenu supplémentaire de retraite à 75 ans était une excellente idée, croit l’actuaire en chef du Canada.

Jean-Claude Ménard, qui supervise les rapports actuariels portant sur le Régime de pensions du Canada et la Sécurité de la vieillesse, croit même que le comité présidé par Alban D’Amours aurait pu être plus audacieux.

« Soixante-quinze ans, c’est loin », a dit lundi M. Ménard, qui a été actuaire en chef de la Régie des rentes du Québec dans les années 90. À ses yeux, il aurait fallu ramener ça « à un chiffre plus bas. Lequel ? C’est difficile à dire. Mais 75 ans, c’est loin ».

M. Ménard s’exprimait en marge d’un colloque sur la retraite organisé par l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP). Sa présentation a porté sur les projections de l’espérance de vie ici et ailleurs.

Devant l’auditoire, M. Ménard a rappelé que « sur les 34 pays de l’OCDE, 19 pays ont un âge de retraite fixé à 67 ans ou en voie de l’être ». L’espérance de vie ne cesse de s’améliorer, a-t-il dit, et cela met de la pression sur les régimes de retraite.

La rente longévité, qui aurait été financée à parts égales par les employeurs et les travailleurs, était un des gros morceaux du rapport D’Amours. Son coût global avait été évalué à 4 milliards, mais le comité avait affirmé que la moitié de cette somme était en fait « un déplacement d’épargne ». Le milieu patronal avait réagi en soulignant le coût de la rente et en rappelant que les entreprises québécoises sont déjà très taxées.

Le comité D’Amours, dont les travaux ont inspiré le projet de loi 3 sur les régimes de retraite municipaux, avait pour mandat d’analyser le système de retraite québécois, notamment les régimes complémentaires mis sur pied par les employeurs. De fil en aiguille, les travaux ont débordé de ce cadre et le comité a dû tenir compte des trois piliers du système : les régimes publics, les régimes complémentaires et l’épargne personnelle.

Autres secteurs

De passage au colloque, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, a dit que Québec « travaille aussi sur des solutions pour le secteur universitaire et le secteur privé ». Il a également mentionné qu’une consultation publique aurait lieu en 2015 au sujet du Régime des rentes, une obligation contenue dans la loi et qui est mise en oeuvre aux six ans.

Le débat public autour des régimes de retraite a repris en force depuis le dépôt du projet de loi 3, qui fixe à parts égales les coûts entre les villes et les travailleurs.

Il a pris une nouvelle tournure la semaine dernière avec le dépôt d’une motion de la CAQ (amendée par le Parti libéral) portant sur la rémunération des députés et leur propre régime. La CAQ souhaite que les élus assument la moitié des cotisations à leur régime, comparativement à 21 % à l’heure actuelle. Ce faisant, ils en feraient donc autant que ce que le projet de loi prévoit pour les employés municipaux.

Un rapport de la firme-conseil Mercer a récemment conclu que le système canadien de retraite se classe 7e sur 25 pays. « Le système canadien continue d’être l’un des plus solides au monde en offrant une combinaison de rentes de retraite universelles, de rentes fondées sur le revenu, de rentes d’employeurs et de rentes provenant de REER individuels et de CELI individuels, bien qu’il y ait encore des aspects à améliorer », a écrit Mercer le 14 octobre. La première place a été décrochée par le Danemark.

3 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 18 novembre 2014 10 h 14

    Transfert de richesse

    Une telle rente est en fait profondément inéquitable. Puisqu'elle est payée sur un salaire plafonné (en 2014, par exemple, on cesse de contribuer à la Régie des rentre du Québec dès que son salaire annuel a dépassé 52 500 $, ce qui arrive en février pour certains et jamais pour d'autres), les plus fortunés paient une plus _faible_ proporition de leurs revenus que les célèbres classes moyennes (au contraire de l'impôt progressif). D'autres part, comme pour empirer la situation, ce sont justement ces plus fortunés qui auront statistiquement plus de chances de dépasser 75 ans et de bénéficier de cette rente. Mon père est mort à 75 ans.

    En fait, je crois que le soutien à la vieillesse devrait être financé à même l'impôt général. Et si le gouvernement veut prévoir d'importantes dépenses dans l'avenir, qu'il épargne, tout simplement. En diminuant la dette brute, par exemple.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 18 novembre 2014 13 h 14

      «je crois que le soutien à la vieillesse devrait être financé à même l'impôt général»

      Elle l'est en grande partie pour la portion universelle, la pension de base versée par le fédéral est puisée a même les revenus de l'État et aucune cotisation y est spécifiquement rattachée. La seule condition pour y avoir pleinement droit est d'être citoyen canadien depuis 40 ans. on peut même y avoir partiellement droit avec 10 ans de citoyenneté.

      Ajoutez a cela le SRG, sécurité de revenu garantie, toujours du fédéral, et vous a peu près le régime le plus généreux au monde a être payé a même les revenus de l'État. Ce n'est pas un détail.

      Vous avez tout a fait raison sur le fait qu'en terme d'espérance de vie tout le monde n'est vraiment pas sur le pied. Les hommes en premier lieu, ou quelque trois sur dix ne sont rendront jamais a ce 75 ans. Avec en suite le niveau de revenu qui suit en parallèle la ligne d'une panoplie de conditions sociales qui seront déterminantes sur votre espérance de vie.

      Évidement on ne peut mettre de coté le fait de l'existence des régime a prestations déterminées, qui offre un confort matériel et social qui, a coup sûr, a une influence sur l'espérance de vie. Et a coup tout aussi sûr les actuaires, ceux de la RRQ en premier ligne, le savent et peuvent la chiffrer. Mais cette info ne se rend au public.

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 novembre 2014 15 h 06

      Je crois qu'en Europe, la base de la plupart des retraites est un système étatique par répartition, comme le système canadien de pensions de vieillesse.. Quelqu'un devrait fouiller ce sujet.