L’État subventionnaire rapetisse au profit de l’État actionnaire

Selon le ministre Jacques Daoust, la maturité acquise par l’industrie québécoise du jeu vidéo et la créativité de sa main-d’oeuvre la rendent moins vulnérable à la concurrence.
Photo: François Pesant Le Devoir Selon le ministre Jacques Daoust, la maturité acquise par l’industrie québécoise du jeu vidéo et la créativité de sa main-d’oeuvre la rendent moins vulnérable à la concurrence.

En pleine réflexion sur le sort du crédit d’impôt destiné à l’ensemble du secteur du jeu vidéo, Québec décide d’investir dans une entreprise qui lui en a simplement fait la demande. En agissant de la sorte, le gouvernement ne choisit pas les gagnants, précise le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, mais conclut plutôt un partenariat payant pour l’ensemble des contribuables.

Le gouvernement Couillard a profité du Sommet international du jeu de Montréal, qui s’est achevé mardi dans la métropole, pour annoncer qu’Investissement Québec injectera 5 millions de dollars en actions dans l’entreprise Hibernum Créations. Cet investissement devrait permettre à la firme spécialisée dans le développement de jeux vidéo et la création d’animations et d’effets visuels de doubler ses effectifs en embauchant 150 employés supplémentaires d’ici deux ans.

En entrevue au Devoir, le ministre Daoust explique que cette participation illustre parfaitement sa vision du développement économique. « C’est le plus bel exemple que je pourrais avoir d’implication de l’État. On investit, l’argent va nous revenir dans cinq, six ou sept ans, et en plus on aura créé 150 emplois. C’est le meilleur des deux mondes », fait-il valoir.

Cette annonce survient pourtant au moment où la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise se penche sur l’ensemble du régime fiscal de la province, incluant l’avenir du crédit d’impôt remboursable pour la production de titres multimédias (CTMM). Celui-ci est passé de 37,5 % à 30 % dans le premier budget Leitão de juin dernier. L’Alliance numérique, qui représente l’industrie du jeu vidéo du Québec, plaide pour un retour au crédit d’impôt initial.

« Toute l’industrie veut des subventions, alors qu’on m’a offert des actions, se défend Jacques Daoust. Je vous le dis sérieusement : si toute l’industrie vient me voir avec la même transaction, je vais le faire avec tous les joueurs qui le veulent parce que je retrouve mon argent et, en bout de ligne, je crée des emplois. »

Le ministre Daoust refuse de dire s’il fera le nécessaire pour acquiescer à la demande de l’Alliance numérique, mais se montre du même coup rassurant. « On a investi des centaines de millions de dollars pour développer l’industrie du jeu vidéo. Ce serait surprenant qu’on décide de la jeter par la fenêtre au moment où elle réussit », affirme-t-il.

Dans une entrevue éditoriale accordée au Devoir à la fin du mois de septembre, M. Daoust n’avait pas hésité à dire que le Québec devra miser sur les secteurs qui font sa renommée, comme l’aéronautique ou le jeu vidéo. « Je suis d’accord pour un crédit d’impôt dans la mesure où, en bout de ligne, […] ça me rapporte ce que ça me coûte », martèle-t-il aujourd’hui.

Il ajoute que la maturité acquise par l’industrie québécoise du jeu vidéo avec les années et la créativité de sa main-d’oeuvre la rendent moins vulnérable à la concurrence provenant notamment de l’Ontario. La province voisine lorgne en effet certains joueurs québécois et tente de les allécher avec un crédit d’impôt atteignant 40 %.


La réplique
 

Le vice-président de l’Alliance numérique, Martin Rhéaume, répond qu’en finançant le jeu vidéo, le gouvernement y trouve largement son compte. Une étude SECOR/KPMG réalisée à la demande de l’organisation et présentée devant la commission Godbout concluait que le CTMM a été rentable à 7 % pour le gouvernement en 2013, en calculant les revenus fiscaux et les emplois (directs et indirects) créés. Cette évaluation exclut toutefois les subventions directes accordées à de grands joueurs comme Ubisoft et Warner Bros.

« Je ne pense pas qu’on a atteint notre pleine maturité, ajoute M. Rhéaume. Dans l’industrie du jeu, ça change tellement vite. Le soutien du gouvernement est encore nécessaire si on veut demeurer compétitifs. » Retour au crédit d’impôt initial ou pas, les entreprises ne disparaîtront pas du jour au lendemain, admet-il, mais les investissements et la croissance pourraient en souffrir.

En guise de réponse, le ministre Jacques Daoust reprend la formule entendue maintes fois au cours des derniers mois et explique que la réflexion en cours au Québec doit permettre de repenser la fiscalité de manière générale. Il évite de dire à quel moment le gouvernement prendra une décision dans le dossier des crédits d’impôt, autant pour les jeux vidéo que pour les autres secteurs touchés, mais semble offrir un indice. « Ce n’est pas moi qui prends cette décision-là, mais j’ai bien hâte d’entendre la mise à jour économique du ministre des Finances », glisse-t-il.

7 commentaires
  • André Leblanc - Inscrit 12 novembre 2014 05 h 13

    BRAVO

    Des $$$$ au lieu de bla bla bla en passant le chapeau.

    • Mario Desmarais - Abonné 12 novembre 2014 12 h 13

      Transférer des $$$$ de nos taxes directement dans les entreprises des vos amis libéraux. L'expérience parle avec les FIER où ont été établis et documentés des liens étonnants entre des sympathisants libéraux et les FIER, les fonds de développement économique en régions.

      Les choix du ministre au lieu d'un crédit d'impôt normé juste pour toutes les entreprises, en somme pas de bla bla bla comme vous dites: La mainmise des argents de l'État au service des vraies personnes.

    • André Leblanc - Inscrit 12 novembre 2014 17 h 05


      M.Coté
      Jamais content, Avec une participation active nous participons aux profits.
      Puisque les entreprises sont des voleurs et des tricheurs, que suggerez vous?
      Pas de crédits d'impots, pas de participation active, dehors le compagnies, pas besoin de vous.Tous au chomage apres le bs.
      Nous avons les artistes, les festivals, les spectacles bénéfice, la poutine, les marchés aux puces, le bonheur total.
      100 000 emplois en moins pour 2014, quel est votre objectif.

  • Bernard Terreault - Abonné 12 novembre 2014 08 h 45

    Pas si évident

    Quand le gouvernement prend une part dans une entreprise privée, il favorise celle-ci au dépens des autres; et si cette entreprise, qu'il ne contrôle pas, est par la suite mal gérée, c'est nous les contribuables qui écopons!

    • Jacques Cameron - Inscrit 12 novembre 2014 11 h 21

      Et s'il ne se crée pas d'emplois et que l'économie entre en récession c'est aussi nous les contribuables qui écopons. Le risque réfléchi est le moteur de tout développement. Mais ce n'est pas accessible au craintif.

  • Benoît Gagnon - Inscrit 12 novembre 2014 12 h 25

    Transfert de fonds...

    Encore une compagnie privée qui n'aura pas à rendre des compte si jamais elle fait faillite. De plus, qu'est-ce qui nous garanti que la compagnie aura vraiment créé lesdits emplois? Et les dirigeants et actionnaires s'en seront mis plein les poches!

    Combien d'emplois auraient pu être conservés au public avec cet argent? Il s'agit encore du sabotage par le gouvernement des institutions publiques au profit du privé.

    • André Leblanc - Inscrit 12 novembre 2014 17 h 08

      Les actionnaires c'est nous.j'espere que nos poches seront pleines.
      SVP economie 101
      Vous voules plus de fonctionnaires!!!!?????