Le Plan Nord, imperméable au marché mondial

L’aéroport de Wabush, au Labrador
Photo: Valérian Mazataud L’aéroport de Wabush, au Labrador

Ce qui était bon en période de boom l’est encore en temps de crise. Dès son arrivée au pouvoir, le premier ministre Philippe Couillard a voulu ressusciter le Plan Nord de Jean Charest en annonçant, en juin dernier, un investissement de 20 millions de dollars pour relancer l’étude de faisabilité sur une troisième ligne ferroviaire reliant la fosse du Labrador et Sept-Îles — un projet, pourtant, auquel le CN avait lui-même renoncé en février 2013, arguant qu’il n’atteignait guère les « volumes critiques ».

Avec un cours du fer encore plus déprimé qu’alors et en pleine austérité budgétaire, on comprend mal la décision de Québec. Surtout qu’Alderon et New Millenium, dont les projets sont les plus avancés, ont déjà dit avoir d’autres plans de transport. « Je ne suis pas convaincue que la ligne soit nécessaire », dit Jackie Przybylowski, analyste, mines et métaux, chez Valeurs mobilières Desjardins. « C’était crucial en 2010, lorsqu’on s’inquiétait de voir la capacité des lignes existantes débordée par les projets annoncés. Maintenant, si vous considérez les projets susceptibles d’entrer en production, il est peu probable qu’on se heurte au même problème : ça ne devrait pas dépasser la capacité du chemin de fer existant du Quebec North Shore Labrador [QNS L]. »

La seule motivation qu’elle y trouverait serait de rejoindre de nouveaux territoires au nord de Labrador City. Or le gouvernement vient tout juste d’annoncer la création de la Société ferroviaire du Nord québécois, qui compte parmi ses partenaires Champion Iron et… Lac Otelnuk Mining, à 170 kilomètres au nord de Schefferville — ce qui laisse croire que le projet se penchera sur la question.

Quant au nouveau quai multi-usagers du port de Sept-Îles, une autre pièce maîtresse du Plan Nord, il devrait entrer en service dès 2015… si son litige avec Cliffs, propriétaire des terrains de Wabush Mines à Pointe-Noire, trouve un dénouement. Le port, dont dépendent directement pas moins de cinq projets dans la fosse, tente depuis des mois de convaincre la minière de lui céder un droit de passage sur ses terrains et son chemin de fer, qui relie Pointe-Noire au réseau public.

« Aucun des cinq promoteurs ne peut aller voir une banque tant que ce n’est pas réglé », prévient Russel Tremblay, directeur adjoint à Développement économique Sept-Îles. Le Port a subi un premier revers devant l’Office des transports du Canada, à la mi-octobre, et pourrait en appeler de la décision à la Cour d’appel fédérale. Québec a sauté dans la mêlée en juin, et étudie présentement ses options… y compris l’expropriation. « Exproprier ne donnerait pas une belle image du Québec, mais ne pas agir non plus », croit M. Tremblay.

En outre, le gouvernement souhaite ressusciter la Société du Plan Nord, sorte de guichet unique pour les investisseurs. Le Fonds du Plan Nord, doté de 63 millions de dollars, servira quant à lui à financer des projets d’infrastructures, notamment routières. Le fonds Capital Mines Hydrocarbures, lui aussi de retour, prendra des participations à hauteur de 1 milliard, tandis que l’Institut nordique du Québec recevra 3 millions. Bref,le gouvernement mise visiblement sur une remontée des prix du fer, même si Goldman Sachs prédit pour 2015 une moyenne de 80 $ la tonne (moins qu’en 2014) et, surtout, des surplus mondiaux qui grimperont jusqu’à 334 millions de tonnes en 2018.

1 commentaire
  • Jacques Morissette - Abonné 9 novembre 2014 11 h 25

    En somme,

    Le gouvernement Couillard spécule sur de la spéculation, avec de l'argent public supposé en mode austérité.