Trois cycles d’injection monétaire

La présidente de la banque centrale américaine Janet Yellen
Photo: PAUL J. RICHARDS AFP La présidente de la banque centrale américaine Janet Yellen

Washington — Pour faire face à la crise financière aux États-Unis, la banque centrale américaine (Fed) a procédé depuis 2008 à trois phases d’injections massives de liquidités baptisées « assouplissement quantitatif », ou « quantitative easing », et auxquelles elle a mis fin mercredi.

La première vague a lieu fin novembre 2008, un peu plus de deux mois après la faillite de la banque Lehman Brothers. En pleine tempête financière et crise des crédits immobiliers à risque (« subprime »), la Réserve fédérale sort alors de son rôle traditionnel. En plus d’abaisser son principal taux directeur à un niveau proche de zéro, l’institution annonce le début de rachats massifs d’actifs jusqu’en mars 2010 afin de fluidifier le crédit, diminuer le coût de l’emprunt et stimuler l’investissement.

Entre les titres adossés à des créances immobilières — les obligations émises par les géants du refinancement immobilier Fannie Mae et Freddie Mac — et les bons du Trésor, la Banque centrale débourse entre novembre 2008 et mars 2010 quelque 1750 milliards de dollars au cours de ce QE 1.

Face à la fragilité persistante de la première économie mondiale et à la crise en zone euro, la Fed doit toutefois se résoudre en novembre 2010 à lancer un QE 2 et à entamer un nouveau cycle d’injections de liquidités. Dans le détail, la Fed décide à la fois de racheter pour 600 milliards de dollars de bons du Trésor pour faire baisser les taux d’intérêts à long terme et de réinvestir les titres acquis au cours du QE 1 et arrivés à maturité.

Ce nouveau cycle, qui s’achève en juin 2011, ne lève toutefois pas toutes les inquiétudes. Quelques mois plus tard, en septembre 2011, elle décide de troquer ses obligations à court terme pour des titres à maturité plus longue, au cours d’une opération baptisée « Twist » et aujourd’hui achevée.

Un an plus tard, la Fed doit se résoudre à enclencher une troisième vague d’injections monétaires, le QE 3. En septembre 2012, elle annonce l’achat mensuel de 40 milliards de dollars d’actif, porté en janvier 2013 à 85 milliards, répartis entre 45 milliards de dollars de bons du Trésor et 40 milliards de titres adossés à des créances immobilières.

Cette nouvelle phase marque une innovation : la banque centrale se donne une marge de manoeuvre supplémentaire et n’annonce cette fois aucune date de fin de ces achats mensuels, conduisant les analystes à rebaptiser le QE 3 en « QE infinity ».

Ce n’est qu’à partir de décembre 2013 que la Banque centrale va progressivement réduire ces achats d’actifs et finalement les conclure ce mercredi. Au total, cette troisième phase d’assouplissement monétaire exceptionnel a injecté quelque 1600 milliards de dollars supplémentaires dans le système financier.

Cette politique d’expansion monétaire laisse la Fed avec 4500 milliards de dollars d’actifs à son bilan, contre 900 milliards avant la crise. Revenir à un niveau plus normal prendra jusqu’à la fin de la décennie, a averti la présidente Janet Yellen. La Fed a promis jusqu’ici, pour continuer à soutenir la reprise, de ne pas vendre les titres qu’elle a acquis et même de réinvestir le produit de ceux qui arrivent à maturité.