Greenpeace conteste les chiffres de TransCanada

Un pétrolier amarré au quai d’Ultramar, à Lévis. Le groupe environnementaliste a engagé une guerre de chiffres avec TransCanada, promoteur du pipeline Énergie Est.
Photo: Archives La Presse canadienne Un pétrolier amarré au quai d’Ultramar, à Lévis. Le groupe environnementaliste a engagé une guerre de chiffres avec TransCanada, promoteur du pipeline Énergie Est.

Le portrait des importations pétrolières que brosse TransCanada pour justifier la nécessité de son projet d’oléoduc pancanadien est exagéré, affirme Greenpeace.

Dans les documents officiels que l’on trouve dans son site Internet, TransCanada affirme que « 86 % du pétrole raffiné dans l’Est provient de sources étrangères, comme l’Arabie saoudite, le Nigeria, le Venezuela et l’Algérie ». La société, qui mise aussi sur la construction d’un port pétrolier à Cacouna, fait valoir l’importance d’une plus grande indépendance énergétique.

Dans un document d’analyse dont Le Devoir a obtenu copie, le groupe écologiste déclare que les raffineries de l’est du pays n’importent que 14 % de pétrole de ces pays. « [Le projet] Énergie Est est un pipeline d’exportation et non pas une solution énergétique fabriquée au Canada », peut-on lire dans le document de Greenpeace.

Greenpeace se base sur les données que Statistique Canada compile au sujet du commerce international pour la période allant du mois de janvier à août 2014. Plus de la moitié du pétrole importé vient du territoire américain, mentionne-t-il.

Entre autres, affirme le groupe, l’Arabie saoudite représente 7,8 % des besoins pétroliers de l’Est et n’alimente que le Nouveau-Brunswick, lieu où se trouve une raffinerie Irving. L’Algérie se situe à 5,1 % (Québec), le Nigeria à 1,2 % (Québec) et le Venezuela n’exporte rien.

« Les raffineries de l’est du Canada importent actuellement plus de 700 000 barils par jour […] de sources étrangères plus coûteuses », a écrit TransCanada l’an dernier au moment de publier une étude réalisée par Deloitte. Elle mentionnait alors les quatre pays cités plus haut. « Le pétrole d’Énergie Est remplacera éventuellement ce pétrole étranger par un approvisionnement plus fiable provenant de l’ouest du Canada. »

Appui fédéral et des provinces

Le projet de TransCanada, auquel souscrit le premier ministre canadien Stephen Harper, le gouvernement du Nouveau-Brunswick et celui de l’Alberta, repose sur la conversion d’un gazoduc de 3000 kilomètres et la construction d’une nouvelle partie de 1400 kilomètres qui couvrirait le sud du Québec et le Nouveau-Brunswick.

La fermeture des installations de Shell a fait en sorte que le Québec s’est retrouvé à compter de 2010 avec seulement deux raffineries : une à Pointe-aux-Trembles (Suncor, 137 000 barils par jour) et une à Lévis (Ultramar/Valero, 265 000 barils). Le Nouveau-Brunswick ne compte que la raffinerie d’Irving (300 000 barils).

Un autre projet prévoit déjà l’alimentation de la raffinerie de Suncor avec du pétrole de l’Ouest. Il s’agit de celui d’Enbridge, dont la célèbre Ligne 9 coule présentement de Montréal jusque dans le sud de l’Ontario. Ce projet bénéficie de l’appui de Suncor, qui rêve d’alimenter ses installations montréalaises avec le pétrole plus abordable qui vient des provinces de l’Ouest.

TransCanada a estimé dans ses documents que la conception et la construction de son pipeline représenteraient au total environ 10 000 emplois directs et indirects. Pour la phase d’exploitation, elle prévoit 25 000 emplois.

De façon plus ciblée, la création d’emplois au Québec serait de 3100 dans une première phase de conception (trois ans), 7300 dans une deuxième phase de construction (trois ans) et 537 emplois pendant les 40 ans d’exploitation.

TransCanada estime le coût total du projet à 12 milliards. Il doit d’abord obtenir l’autorisation de l’Office national de l’énergie.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 29 octobre 2014 06 h 31

    Encore moins de concurrence dans l'approvisionnement pétrolier de l'est du Canada.

    Ce que je retiens de votre article, c'est que Trans-Canada n'hésite pas à justifier faussement son projet d'oléoduc en avançant une augmentation de la fiabilité de l'approvisionnement pétrolier facilement contestable. Selon elle, ce manque de fiabilité tiendrait dans l'origine du pétrole: canadien au lieu d'extérieur à l'Amérique du nord, d'ici et non d'un lointain ailleurs fourmillant, pensons-nous, de compétiteurs pouvant offrir davantage ou plus à ces pays exportateurs. Malheureusement pour Trans-Canada et heureusement pour nous, l'argument de l'accroissement de la fiabilité est déjà faux et le sera encore pour longtemps. Les États-Unis nous fournissent déjà tout le pétrole dont nous avons besoin et ils nous en fourniront encore longtemps pour la simple raison qu'ils en ont trop. Ils pourraient même le fournir à meilleur prix que le nôtre ! Gouvernements aidant, nos raffineries importeront-elles du pétrole américain ou étranger moins dispendieux lorsque des contrats de livraison à long terme les lieront aux transporteurs par oléoducs et aux producteurs de pétrole de l'ouest canadien ? Non. L'oléoduc pancanadien ressemble à une voie navigable: en contrôler l'accès revient à en contrôler le commerce. Les empires commerciaux ont toujours cru à cette façon de faire.