L’acceptabilité sociale, le prochain grand défi de l’industrie pétrolière

«Il n’y a aucun projet sans impact dans le secteur de l’énergie, souligne Michael Binnion.
Photo: Jean-François Leblanc - Archives Le Devoir «Il n’y a aucun projet sans impact dans le secteur de l’énergie, souligne Michael Binnion.

L’acceptabilité sociale d’une éventuelle production pétrolière à grande échelle au Québec représentera le prochain grand défi de cette industrie, croit le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), Michael Binnion.

S’il croit que l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti récolte des appuis au sein de la population, M. Binnion estime que la situation pourrait être bien différente si le potentiel pétrolier de ce territoire devait être confirmé.

«Ça sera plus difficile, c’est certain, affirme-t-il. Les gens ont des raisons pour cela. Les impacts de la production sont plus importants par rapport à l’exploration.»

Celui qui est aussi président et chef de la direction de Questerre Energy y est allé de cette observation dans le cadre d’une interview en vue de la prochaine conférence annuelle de l’APGQ, qui se déroulera à compter du 2 novembre, à Montréal.

«Il n’y a aucun projet sans impact dans le secteur de l’énergie, souligne M. Binnion. Chaque forme d’énergie a des impacts et des bénéfices. On doit faire preuve de transparence quand nous parlons aux gens.»

Le président de l’Association reconnaît que l’industrie pétrolière québécoise a encore du pain sur la planche à ce chapitre.

«Notre industrie n’en est pas une de communication, observe-t-il. Elle est technique. C’est possible pour nous de faire une meilleure ‘job’ de communication.»

Approche ouverte

S’il estime que la phase d’exploration sur l’île d’Anticosti reçoit l’appui de la communauté locale, M. Binnion ajoute qu’elle ne doit pas se faire de façon précipitée, justement afin de mettre de l’avant une approche «plus ouverte».

«Les gens pensent que notre industrie prétend que tout est simple, dit-il. Ce n’est pas simple de diriger les impacts. Comme les autres, notre industrie est dirigée par des humains. Des accidents peuvent survenir.»

Lorsqu’il avait annoncé l’exploration sur l’île ainsi qu’un investissement de 115 millions $ en février dernier, le gouvernement péquiste avait estimé à quelque 46 milliards de baril de potentiel de ce territoire.

Québec a signé des ententes avec les entreprises Pétrolia, Corridor Resources, Junex et la pétrolière française Maurel et Prom pour la réalisation de deux programmes d’exploration qui se dérouleront chacun en deux phases.

Même si le prix du baril de pétrole a récemment dégringolé pour se transiger à un certain moment à près 80 $ US, M. Binnion croit que l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti demeure attrayante.

S’inspirer de la Norvège

Si jamais le potentiel pétrolier du territoire devait se confirmer et que l’exploitation s’enclenche, le président de l’Association espère que le Québec s’inspirera de la Norvège pour établir un équilibre entre les retombées économiques et l’impact environnemental.

Il se plaît à rappeler que le fonds pétrolier mis sur pied par ce pays il y a quelques décennies a permis de financier de nombreux programmes sociaux.

«Ils (les Norvégiens) ont trouvé un bon équilibre, plaide M. Binnion. Ils ont aussi développé de nouvelles techniques de forage plus responsables. Je ne vois pas pourquoi le Québec ne pourrait faire la même chose.»

Le président de l’AGPQ a également dit comprendre la sortie de la présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu, qui s’oppose au projet Énergie Est de TransCanada dans sa forme actuelle parce qu’il fera diminuer le transport du gaz naturel vers le Québec, entraînant ainsi une augmentation des prix.

«Les producteurs ne parlent pas aux consommateurs, a-t-il déploré. Les provinces du Québec et de l’Alberta sont chacune au bout de la ligne.»

Période difficile

Mme Brochu en a particulièrement contre la décision de TransCanada de convertir un tronçon de son gazoduc entre North Bay et Ottawa et de construire une nouvelle infrastructure pour le gaz naturel avec une capacité réduite de moitié.

S’il déplore la situation, le président de l’Association rappelle que les revenus de l’industrie du gaz naturel dans l’Ouest du pays sont passés de 50 milliards $ en 2005 à 10 milliards $ aujourd’hui.

«C’est une industrie qui traverse une période plus difficile, souligne M. Binnion. Les deux parties devraient discuter pour trouver une situation gagnante.»

Il a toutefois refusé de se prononcer quant à savoir si TransCanada devrait modifier son ébauche du projet de 12 milliards $ visant à acheminer quotidiennement environ un million de barils de pétrole des sables bitumineux albertains vers le Québec et le Nouveau-Brunswick.

«Le gaz naturel local pourrait être une solution pour aider Gaz Métro à traverser la pointe de l’hiver, a plaidé M. Binnion. Les réserves des États-Unis en sont une autre, mais il faudrait une infrastructure adéquate.»