Juncker prend les commandes de «la Commission de la dernière chance»

Jean-Claude Juncker s’est engagé à présenter avant Noël un plan d’investissement de 300 milliards d’euros.
Photo: Frederick Florin Agence France-Presse Jean-Claude Juncker s’est engagé à présenter avant Noël un plan d’investissement de 300 milliards d’euros.

Strasbourg — La Commission européenne dirigée par Jean-Claude Juncker a été investie mercredi par le Parlement européen et va tenter, sans réels moyens financiers, de relancer une Europe minée par le chômage et la montée des populismes.

Le nouvel exécutif européen a obtenu la confiance de 423 eurodéputés, loin des 488 suffrages obtenus par la Commission Barroso en 2010. Il n’est pas parvenu à rallier la totalité des 480 élus des trois formations (conservateurs du PPE, socialistes et libéraux) composant sa majorité au Parlement.

Jean-Claude Juncker a réfuté l’argument, en soulignant l’arrivée en force des eurosceptiques et des europhobes, qui représentent 170 des 751 élus du Parlement élu fin mai. « Il y a une majorité européenne autour de 420 votes, cela nous permet de travailler dans les années à venir », a-t-il soutenu au cours d’une conférence de presse.

Mais « cette Commission sera celle de la dernière chance », a-t-il reconnu. « Soit nous réussissons à rapprocher les citoyens de l’Europe, à réduire de façon draconienne le niveau du chômage et à redonner une perspective européenne aux jeunes, soit nous échouons ». Évoquant les notes accordées par les agences financières, il a affirmé que l’Europe devait se doter d’un « triple A social ».

Nous avons « une mission vraiment historique », a renchéri Pierre Moscovici, le commissaire français. « Si pendant ces cinq années, on n’a pas une solution à offrir à la jeunesse, si on n’est pas capables de créer de la croissance, des emplois, si on n’est pas capables d’investir dans l’Union européenne, le projet européen sera menacé ».

Pour convaincre, M. Juncker s’est engagé à présenter avant Noël son plan d’investissement de 300 milliards d’euros. Sur le sujet très controversé de l’accord de libre-échange entre l’UE et les États-Unis, il s’est prononcé contre les tribunaux d’arbitrage, qui pourraient permettre aux multinationales de contester en justice des politiques des gouvernements nationaux.

Occasion manquée

Jusqu’au dernier moment, les chefs des trois grands groupes ont tenté de rallier les abstentionnistes. En vain. Leurs marchandages politiques pendant les auditions ont frustré beaucoup d’élus, y compris au sein de leurs propres troupes. Ainsi, 32 socialistes, six libéraux et trois PPE ont voté contre ou se sont abstenus. « Une occasion a été manquée avec les auditions pour que l’équipe de la Commission soit aussi celle du Parlement européen. Les accords entre les grands partis ont étouffé le processus », a déploré la coprésidente des Verts, Rebecca Harms.

Une fronde s’était formée au Parlement contre la nomination du conservateur espagnol Miguel Arias Canete au poste de commissaire au Climat et à l’Énergie à cause de ses conflits d’intérêts, et contre le maintien à la Culture du conservateur hongrois Tibor Navracsis.

M. Juncker, qui mise aussi sur une équipe de commissaires très politiques, n’est pas parvenu à dissiper les doutes sur le fonctionnement de son équipe, dans laquelle les commissaires sont encadrés par des vice-présidents, ni sur sa capacité à mobiliser les fonds promis. « Nous ne voulons pas que tout soit bloqué quand [Pierre] Moscovici [commissaire aux Affaires économiques] et [Valdis] Dombrovskis [vice-président chargé de l’euro] ne seront pas d’accord », a averti le chef des Libéraux, Guy Verhofstadt.

Même incertitude sur le plan d’investissements. « Il vous sera présenté avant Noël, car il y a urgence », a assuré Jean-Claude Juncker. Mais il n’a pas précisé les financements, affirmant que cela ne passait pas par un endettement supplémentaire et appelant le secteur privé à participer à l’effort aux côtés des fonds publics.

Sur les questions internationales, M. Juncker a appelé à une réaction forte, rapide, organisée contre Ebola. « Je n’ai pas l’impression que nous avons été à la hauteur pour lutter contre cette épidémie », a-t-il dit en déplorant que « nous ayons réagi seulement quand Ebola est arrivé chez nous ».

Il a qualifié les djihadistes du groupe État islamique en Syrie et en Irak « d’ennemis de nos valeurs », et n’a pas mentionné la crise ukrainienne.

Jack Lew demande à l’Allemagne d’agir pour la croissance

Washington — Le secrétaire américain au Trésor Jack Lew a pressé mercredi le ministre de l’Économie allemand, Sigmar Gabriel, de dynamiser la demande intérieure en Allemagne, au cours d’une rencontre à Washington.

Au cours d’un entretien au Trésor, les deux hommes ont évoqué le ralentissement de la croissance mondiale et particulièrement de la zone euro. Le ministre américain a notamment insisté sur « l’importance d’un renforcement des investissements publics », a indiqué le Trésor. M. Lew « a pressé les responsables allemands et européens de dynamiser la demande intérieure grâce un dosage approprié de politiques budgétaire et monétaire, ainsi que de réformes structurelles ».

Le responsable américain a ainsi répété le message que Washington martèle depuis des mois, demandant aux pays « à fort excédent » d’intervenir fortement afin de contribuer à la croissance mondiale, selon les mots du dernier rapport semestriel sur les changes publié par l’administration américaine.

À la mi-octobre à Berlin, le ministre social-démocrate avait repoussé les appels à davantage d’investissements publics pour soutenir la croissance en affirmant que « faire des dettes en Allemagne ne créerait pas de la croissance en Italie, en France, en Espagne ou en Grèce ».