Nouveau plaidoyer pour la privatisation de la SAQ

Laurent Godbout, fiscaliste et président de la Commission sur l’examen de la fiscalité
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Laurent Godbout, fiscaliste et président de la Commission sur l’examen de la fiscalité

Nouveau pavé dans la mare. Sans préconiser la privatisation pure et simple de la Société des alcools du Québec (SAQ), le milieu des affaires profite des audiences publiques sur les finances de l’État pour relancer l’idée d’élargir la vente d’alcool dans les commerces privés afin de réduire le nombre de succursales de la SAQ, sans toutefois abolir son monopole de grossiste.

Cette suggestion, a estimé lundi la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) lors de la première journée d’audiences de la Commission sur l’examen de la fiscalité, permettrait au gouvernement de réaliser des « économies appréciables ».

« Le coût de distribution au détail dans les commerces d’alimentation du secteur privé est significativement inférieur au coût du réseau de succursales de la SAQ, notamment en raison des conditions de travail hors normes dont bénéficie le personnel en succursale par rapport à la moyenne du commerce de détail », a écrit la FCCQ dans un mémoire qui a aussi été transmis à la Commission de révision permanente des programmes. Il sera affiché sur le site Internet de la FCCQ mardi.

Parmi les autres groupes ayant présenté leur mémoire hier figurent Écotech — la grappe des technologies vertes —, la Coalition régionale des étudiants de Montréal, et les acteurs du jeu vidéo, dont l’Alliance numérique et Warner, qui ont plaidé pour le retour du crédit de 37,5 % dont bénéficient les entreprises produisant des titres multimédias. Ce crédit est passé à 30 % cet été.

Présidée par Luc Godbout, professeur de fiscalité à l’Université de Sherbrooke, la Commission doit trouver pour le gouvernement Couillard des économies globales de 650 millions dans les dépenses fiscales de Québec. Sous le microscope figurent notamment les aides aux entreprises, mais certains groupes saisissent l’occasion pour élargir le débat, comme lorsque le FRAPRU a rappelé hier son désir de voir la création de nouveaux paliers d’imposition pour les particuliers.

De son côté, la FCCQ, qui dit représenter 60 000 entreprises, a étonné les commissaires en réclamant une baisse de l’impôt sur les profits plutôt qu’une baisse de la taxe sur la masse salariale. L’organisme a dit que l’impôt sur les profits nuit aux investissements davantage que la taxe sur la masse salariale.

Dividende d’un milliard

En 2014, la SAQ a enregistré des ventes de 2,93 milliards, en hausse de 1 %. La société d’État a versé au gouvernement un dividende de 1 milliard et a perçu des taxes d’environ 565 millions. Dans son rapport annuel 2014, on indique que les clients dépensent 46,19 $ par visite en succursale, contre 43,90 $ l’année précédente. Le réseau compte 401 succursales et 437 agences.

La FCCQ soutient toutefois que le fait de laisser la fonction grossiste entre les mains de la SAQ lui permettrait de maintenir la somme annuelle d’un milliard qui est versée à l’État. Puisque la SAQ fait déjà des expériences à petite échelle, « la FCCQ est d’avis que, sur la base de l’évaluation de cette expérience, il y a probablement lieu d’aller nettement plus loin dans cette voie ».

« Moins de succursales, ça veut dire moins de conseils », a rétorqué Katia Lelièvre, présidente du Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ, qui représente 5500 membres. Au cours des dernières années, le syndicat s’est à plusieurs reprises opposé à une privatisation de la SAQ, ne serait-ce qu’en partie.

L’idée de privatiser la SAQ a subitement refait surface au printemps dans un rapport écrit par M. Godbout et un professeur de HEC Montréal, Claude Montmarquette, quelques semaines après la prise du pouvoir par les libéraux. Les deux hommes s’interrogeaient alors sur la vente d’une partie d’Hydro-Québec et de la SAQ pour en verser le fruit au Fonds des générations.

Le premier ministre Philippe Couillard avait toutefois affirmé, dans la foulée du rapport, que cela ne figurait pas « dans les cartons », mais que « c’est le genre de questions qu’on va soumettre à nos commissions ». Lors du congrès de l’aile jeunesse du Parti libéral, cet été, il a réaffirmé que la privatisation n’est « pas une solution à court terme ».

Les audiences se poursuivent jusqu’à jeudi. Elles se déplaceront à Québec la semaine prochaine.

29 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 octobre 2014 05 h 02

    Qu'ajouter de plus

    Encore des politiques qui pensent pouvoir faire mieux que les autres, faut il toujours vivre la folie de ces gens, aussitôt que le Québec a des entreprises qui fonctionnent, il y a de ces gens qui nous apparaissent et rêvent de tout démanteler, le pire c'est qu'ils vendront sans doute tous a des chinois, quels imbéciles

    • Peter Kavanagh - Inscrit 21 octobre 2014 14 h 03

      N'importe quel entreprise fonctionne bien quand elle a le monopole meme si la gestion en est déficiente.

    • Sauve stephane - Inscrit 21 octobre 2014 14 h 45

      Le Québec est pris en otage par une clique de libéraux qui n'ont qu'une chose en tête: démenteler le Québec pour mieux l'acheter.

  • Denis Paquette - Abonné 21 octobre 2014 05 h 05

    De mon pere

    il y a des gens qui seront toujours a vendre

  • François Ricard - Inscrit 21 octobre 2014 05 h 13

    Godbout et Montmarquette: apôtres de la privatisation

    Je rappelle à MM. Godbout et Montmarquette que la taxe sur le capital des institutions financières a été réduite progressivement à partir de 2007 pour être abolie en 2011, alors que les 6 banques qui opèrent au Québec ont fait 25 milliards de profit cette même année.
    Et qu'en 2011, le PLQ a accordé 3,6 milliards $ d'allègements fiscaux aux entreprises.
    Combien veulent-ils en accorder cette fois-ci?

  • François Ricard - Inscrit 21 octobre 2014 05 h 19

    Messieurs Godbout et Montmarquette, passez aux vraies affaires

    Les très riches ne paient pas leur juste part. Ni ici, ni aux USA, ni dans la plupart des pays industrialisés. M. Moffett , un milliardaire américain, a eu l'audace de le dire.
    Ici nos dirigeants de compagnies et de banques se paient avec des actions qu'ils revendent sans avoir à payer d'impôt depuis que Charest et le PLQ a enlevé l'impôt sur les gains de capital.
    De plus, dans les années 1980, le système fiscal québécois comptait 16 paliers.
    En 1988, le gouvernement Bourassa en a fait disparaître 11.
    En 1998, le gouvernement Bouchard l'a ramené à 3. Aucun pays de l'OCDE n'a si peu de palierts d'imposition. De plus, les les différents crédits d'impôt et déductions variées
    accordées aux plus fortunés ont pour effet de diminuer considérablement le montant final d'impôt à payer.
    Mme Marois et le PQ ont valu apporter quelques changements afin de remplacer la taxe santé de 200$. Ce furent immédiatement les hauts cris de la part du PLQ et de la CAQ.
    Laissez notre butin tranquille et osez vous attaquer à une plus juste redistribution de la richesse nationale.

  • Julien Thériault - Abonné 21 octobre 2014 06 h 29

    À qui profiterait la privatisation de la SAQ ?

    Il faut être bien naïf pour penser que nous profiterions de la privatisation de la SAQ. D'abord, jamais le gouvernement ne se privera des taxes que l'alcool rapporte, ni de ses dividendes, et les nouveaux prorpiétaires voudront aussi leurs profits.

    Ce qui se passerait,c'est que les employés des succursales privées seraient payés selon les barèmes du commerce de détail (des salaires de famine), le client paierait le même prix et aurait un moins bon service et les régions seraient mal desservies.

    Les gens d'affaires, eux, s'en mettraient un peu plus dans les poches, tout en faisant tout pour éviter de payer des impôts sur leurs profits.


    Autant de profits pour le gouvernement, des profits pour les nouveaux propriétaires, ça ne peut que passer que par une augmentation des prix ou par un appauvrissement de la main-d'oeuvre. La privatisation de fait pas de miracle.

    • Maxime Mainville - Abonné 21 octobre 2014 21 h 19

      Tout à fait en accord! Les seuls à qui profiterons cette mesure serait les détaillants en alimentation. Ils prennent le monde pour des valise ou quoi. Regarder les vins qu'ils (épiceries) nous vendent, pour 15$ tu as de la piquet dilué et je suis vraiment tendre dans le choix de mes mots. Imaginé les épiciers vous conseiller sur le vin... Vin de piquet avec arômes de la rivière Yamaska