Bois d'oeuvre - Pauline Marois demande à Ottawa de payer les coûts de la crise

Québec — Le gouvernement fédéral devra assumer la totalité des pertes encourues par l'industrie québécoise du bois à compter de l'imposition de droits à l'exportation par le gouvernement américain.

Tel est le consensus établi hier à l'issue d'une rencontre entre une quarantaine de représentants de cette industrie au Québec et les ministres Pauline Marois (Finances) et François Gendron (Ressources naturelles). «Les pertes de l'industrie seront de 485 millions par année et il y a des risques de perte de 3000 emplois dans un secteur industriel majeur. On demande au gouvernement fédéral d'assumer toutes les conséquences de la surtaxe américaine», a dit Mme Marois.


À compter du 23 mai, une surtaxe de 27,2 % s'appliquera sur toutes les exportations de bois canadien vers les États-Unis. Ottawa a contesté cette taxe devant les instances internationales, tant devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) que devant le tribunal de règlement des litiges créé par l'Accord de libre-échange de l'Amérique du Nord (ALENA).


Selon les données disponibles, la mesure américaine se traduirait par une baisse de 10 % de la production québécoise, ce qui porte les pertes annuelles à presque un demi-milliard de dollars et à 3000 emplois uniquement pour le Québec. Le premier ministre du Québec, Bernard Landry, a demandé une rencontre avec son homologue fédéral Jean Chrétien dans les meilleurs délais pour débattre du dossier.


Mme Marois a néanmoins rappelé hier que ce dossier relève du secteur du commerce international, qui est de compétence fédérale. «C'est donc à MM. Chrétien et Pettigrew d'agir avec vigueur dans ce dossier, a dit Mme Marois. Ni M. Chrétien ni M. Pettigrew ne peuvent minimiser l'impact de cette crise en l'assimilant à une restructuration naturelle de l'industrie.»


Mme Marois a par ailleurs écarté pour le moment une proposition visant à ce que le Canada adopte des représailles contre les produits américains vendus ici. «C'est justement le genre de mesure qu'on combat actuellement. Mais je ne vous dis pas qu'on ne serait pas tentés, parfois, de prendre de telles mesures.»


D'autre part, Richard Bélanger, porte-parole de l'Association des manufacturiers de bois de sciage (AMBSQ), a confirmé qu'il y a consensus dans l'industrie québécoise pour qu'Ottawa assume les retombées de la taxe imposée par les Américains. M. Bélanger a signalé que l'idée de représailles contre les Américains lui sourit. Il souhaite que le premier ministre Jean Chrétien «utilise un vrai deux par quatre» pour faire prévaloir le point de vue canadien. «Il est important pour nous que l'on gère le maintien des activités plutôt que l'affaiblissement de l'industrie du bois», a dit M. Bélanger.


Pour sa part, le député Claude Béchard, porte-parole de l'opposition libérale à l'Assemblée nationale, a prôné la création d'une société fédérale de la Couronne pour importer le bois canadien aux États-Unis. Il a aussi demandé des ajustements au programme d'assurance-emploi pour aider les travailleurs affectés par la situation.


Le député Béchard a aussi demandé qu'on trouve de nouveaux débouchés pour le bois québécois.