L’humanité prend du mieux

Des inégalités de revenus entre citoyens persistent malgré tout.
Photo: Spencer Platt/Getty Images/Agence France-Presse Des inégalités de revenus entre citoyens persistent malgré tout.

La tendance à l’accroissement des inégalités de richesse entre les pays pourrait être en train de se renverser pour la première fois en 200 ans en parallèle, notamment, des progrès réalisés en éducation, observe l’OCDE dans un premier effort visant à mesurer de manière plus globale l’évolution historique du bien-être.

Pris globalement, le niveau de bien-être des humains s’est considérablement amélioré en deux siècles, alors que leur population totale est passée de un à sept milliards, constate l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un gros rapport dévoilé jeudi et tentant pour la première fois de dresser un portrait d’ensemble de l’évolution, de 1820 à 2010, d’une dizaine de dimensions individuelles du bien-être, comme le salaire réel, l’éducation, la santé, la démocratie, l’environnement et l’égalité hommes-femmes.

Le rapport qui couvre 25 pays et huit régions s’inscrit dans une démarche entreprise il y a trois ans et visant à répondre à la demande grandissante d’autres façons de mesurer le progrès que le seul PIB.

On a beaucoup parlé ces derniers temps des inégalités croissantes de revenus entre citoyens riches et pauvres, y note-t-on. Très élevées au début des années 1800, ces inégalités ont globalement fait du yo-yo jusqu’à la Grande Dépression des années 1930, se sont réduites constamment jusque dans les années 1970-1980, puis se sont mises à remonter brusquement et revenir à leur point de départ aujourd’hui, confirme le rapport intitulé: «Comment vivait-on ? Le bien-être mondial depuis 1820 ».

On parle moins souvent des inégalités de richesse qui se sont creusées, non pas à l’intérieur des pays, mais entre les pays durant la même période de temps. Or, les pays les plus prospères affichaient une richesse par habitant cinq fois plus élevée que les pays les plus pauvres en 1820, et cet écart s’est graduellement creusé jusqu’à dépasser le ratio de 30 pour 1, dans les années 1970, et s’y maintenir.

Le rattrapage éducatif

 

Mais cette tendance semble vouloir s’inverser depuis les années 2000. À titre d’exemple, les pays riches non européens, comme les États-Unis et le Canada, affichaient déjà un PIB par habitant de 1300 $ en 1820 (en dollars de 1990 à parité de pouvoir d’achat), qui est passé à 5400 $ 100 ans plus tard, à 18 000 $ dans les années 80 et à 29 600 $ en 2010. Les pays d’Extrême-Orient, comme la Chine, en étaient encore, quant à eux, à 655 $ dans les années 50 et à 1800 $ dans les années 70, avant de passer à 3800 $ dans les années 80 et à 9800 $ en 2010.

« Peut-être sommes-nous au début d’une nouvelle phase du développement économique mondial qui serait marquée par un rattrapage des régions [d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique] qui tirent de l’arrière plutôt qu’un accroissement de l’écart avec les pays avancés », écrivent les auteurs du rapport de 275 pages.

« Les progrès en matière d’éducation sont encore plus impressionnants », note le rapport de l’OCDE. Moins de 20 % de la population mondiale savait lire et écrire en 1820, et les rares chanceux étaient presque tous des Occidentaux. Le taux d’alphabétisation approche les 100 % aujourd’hui — à l’exception importante de l’Afrique subsaharienne qui n’en est encore qu’aux deux tiers — et ces gains sont en train de se répercuter sur les taux de formation secondaire et postsecondaire. « Cela fait de l’éducation une importante force pour une plus grande égalité de bien-être dans le monde. »

L’accroissement de la richesse semble aussi être allé de pair avec les progrès en matière de santé. Le rattrapage s’est même fait plus vite, en matière d’espérance de vie, pour la plupart des pays en développement, à l’exception, encore une fois de l’Afrique subsaharienne. D’à peine 33 ans en Europe occidentale en 1830, l’espérance de vie à la naissance n’y est pas arrivée à 70 ans avant les années 1960, alors que l’Amérique latine a fait le même trajet des années 1920 aux années 1990.

Pas seulement une question de richesse

 

La corrélation avec la croissance de la richesse « est beaucoup moins prononcée pour les autres dimensions du bien-être », observent les « historiens économistes » de l’OCDE. C’est le cas, entre autres, des institutions politiques des pays qui tendent à se démocratiser avec la croissance économique, mais qui ont aussi suivi toutes sortes de détours moins heureux depuis 200 ans.

On pourrait dire la même chose en ce qui concerne la sécurité des personnes. Par exemple, plus un pays est riche et moins, généralement, le taux d’homicides y est élevé, mais cette règle ne vaut pas aux États-Unis.

En matière d’inégalités entre les hommes et les femmes, on rapporte une tendance à la baisse depuis les 60 dernières années dans la plupart des régions du monde. On déplore cependant une stagnation depuis les années 80 en Europe orientale et en Asie orientale et l’on constate que les écarts entre les régions demeurent « considérables ».

Pauvre environnement

 

Il arrive aussi que les tendances soient diamétralement opposées, rapporte l’OCDE. C’est le cas notamment de l’environnement et de la richesse produite. Le déclin de la biodiversité et l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre sont, en effet, allés de pair avec la révolution industrielle et se sont accélérés à mesure que de plus en plus de régions poussent la roue de la croissance économique mondiale.

Dans son rapport, l’OCDE s’est même avancée à créer un indicateur composite faisant la synthèse de ses différentes mesures. Il témoigne, selon elle, « d’une amélioration à grande échelle du bien-être depuis le début du XXe siècle, dont seule l’Afrique subsaharienne ne bénéficie peut-être pas. Les données présentées semblent également indiquer que depuis les années 70, les inégalités entre les pays en matière de bien-être composite sont plus faibles qu’en matière de PIB par habitant, alors qu’elles étaient plus prononcées avant ».

Une affaire de taille

Vous voulez avoir une idée de la prospérité d’un pays, regardez la taille de ses citoyens.

La mesure du progrès du bien-être des populations pose d’importants défis en matière d’indicateurs fiables et comparables entre les pays et à travers les époques. Les auteurs du rapport de l’OCDE « Comment vivait-on ? Le bien-être mondial depuis 1820 » ont parfois dû recourir à des astuces, comme celle de se fier à la taille moyenne des individus dans une population pour estimer la qualité de leur santé et de leur alimentation, particulièrement au moment de l’enfance. Comme la santé et la prospérité vont souvent de pair, l’OCDE arrive à d’étonnantes constatations.

Déjà à plus de 1,72 m au début du XIXe siècle, la taille moyenne des Américains et des Canadiens aurait ainsi généralement suivi l’accroissement de leur revenu réel et s’établirait aujourd’hui à 1,79 m.

Plus petite au départ (1,66 m), l’Europe occidentale a mis plus de temps à grandir, mais affiche maintenant un respectable 1,78 m. Traditionnellement plus courts, les Asiatiques de l’Est ont fait d’impressionnants progrès depuis les années 40 (de 1,67 m à 1,72 m), alors que l’Afrique subsaharienne fait du surplace depuis 150 ans à environ 1,67 m.


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