Le secteur de l’assurance devient l’affaire de quelques gros joueurs

De manière globale, les Québécois ont versé des primes de 8,5 milliards en 2013, une hausse de 21% depuis 2004.
Photo: Archives Le Devoir De manière globale, les Québécois ont versé des primes de 8,5 milliards en 2013, une hausse de 21% depuis 2004.

La part du marché que contrôlent les cinq plus grands assureurs faisant affaire au Québec a connu des « bonds significatifs » au cours des dernières années et se situe désormais à 44,6 %, signale l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Voilà un des constats qui ressort de l’édition 2013 du Rapport annuel sur les institutions financières, lequel brosse le portrait de l’assurance, mais aussi des coopératives et des sociétés de fiducie.

Toutes catégories d’assurance confondues (automobile, biens, responsabilité, etc.), le plus gros joueur est sans conteste Intact, qui a fait l’acquisition d’AXA en 2011 pour doubler de taille instantanément. Ses primes de 1,8 milliard le placent à 20,8 % du marché, deux fois plus que Desjardins, qui se trouve à 10 %.

Les trois assureurs suivants sont la Capitale (6,35 %), Aviva (3,96 %) et Lloyd’s (3,59 %). L’achat d’AXA par Intact a contribué sans aucun doute à la progression du bloc de contrôle du top cinq, qui se situait à 40,2 % en 2011.

L’acquisition d’AXA par Intact, une transaction de 2,6 milliards, n’est « pas un phénomène isolé », a toutefois nuancé l’AMF dans le rapport publié mercredi. « Elle confirme la tendance observée au cours des dernières années à l’échelle canadienne vers une plus grande concentration du marché. »

Intact a récidivé en mai 2012 avec l’achat de l’assureur canadien Jevco, pour 530 millions.

Quelques mois plus tard, en octobre 2012, le patron de l’AMF qui était en poste à l’époque, Mario Albert, avait affirmé publiquement qu’un seuil critique de concentration n’était pas si loin.

« Un certain nombre de commentateurs nous ont demandé si nous étions, à l’AMF, préoccupés par la concentration accrue de l’industrie. La réponse est clairement oui », avait dit M. Albert lors d’un discours devant l’industrie canadienne à Toronto.

« Nous croyons cependant que nous n’avons pas encore franchi le seuil critique au-delà duquel les fusions et acquisitions seraient néfastes pour les consommateurs. Mais nous sommes certainement très proches de ce point de rupture », avait ajouté M. Albert.

La loi stipule qu’un courtier en assurance doit faire preuve de transparence au sujet de sa relation d’affaires avec un assureur : si plus de 60 % des risques de son cabinet se trouvent au sein d’un même assureur, il doit le déclarer.

De manière globale, les Québécois ont versé des primes de 8,5 milliards en 2013, une hausse de 21 % depuis 2004.

Secteur automobile

Dans certains créneaux, comme le secteur automobile, la concentration est plus forte. En 2013, 58 % des primes sont allées à seulement trois assureurs (Intact, Desjardins, La Capitale), une augmentation de 12 points depuis 2004. Si l’on élargit le cercle aux cinq plus grands, leur part de marché totale grimpe à 74 %.

Intact est le plus gros joueur du créneau de l’assurance automobile avec 31 % des parts de marché, selon le recensement de l’AMF.

L’AMF a rappelé certaines règles du Bureau canadien de la concurrence, qui se penche sur un cas lorsque la position d’une entreprise excède 35 % de son marché, ou lorsque celle d’un « groupe d’entreprises » se situe au-delà du seuil critique de 60 %.

Caisses populaires

Par ailleurs, le rapport évoque la fonte graduelle des petites caisses, résultat des fusions dans plusieurs régions du Québec. Le nombre de caisses ayant un actif inférieur à 150 millions est passé de 175 à 101 entre 2010 et 2013.

Quant au nombre de « grandes caisses », disposant d’un actif supérieur à 1 milliard, il est passé de 12 à 28.