Bénédiction ou malédiction?

La progression apparaît particulièrement «ferme et rapide» dans les pays émergents.
Photo: epsos.de CC La progression apparaît particulièrement «ferme et rapide» dans les pays émergents.

Le contexte financier et le resserrement de la réglementation des banques ont été favorables au développement du système bancaire parallèle depuis la crise, constate le Fonds monétaire international. Plus de lumière doit être jetée sur ces «banques de l’ombre», dit le FMI, si l’on veut réduire les risques d’une autre catastrophe.

Le portrait exact du système bancaire parallèle et de la menace qu’il fait peser sur la stabilité financière reste difficile à faire en raison du manque de données et de ses frontières floues, explique d’emblée le FMI dans un chapitre de son prochain Rapport sur la stabilité financière dans le monde dévoilé mercredi. Tout indique cependant qu’il a au moins maintenu, sinon augmenté, son poids dans les économies avancées et émergentes depuis la crise financière mondiale de 2007-2008.

Le système bancaire parallèle, ou shadow banking, comprend tous ces fonds d’investissement, fonds monétaires, courtiers, assureurs ou fonds de couverture (hedge funds), qui prêtent de l’argent collecté auprès d’investisseurs comme n’importe quelle banque, mais qui ne sont toutefois pas soumis aux mêmes règles d’encadrement. Selon les évaluations, il représenterait de 15 000 à 25 000 milliards de dollars aux États-Unis, de 13 500 à 22 500 milliards dans la zone euro, de 2500 à 6000 milliards au Japon et environ 7000 milliards dans les économies émergentes.

La progression apparaît particulièrement « ferme et rapide » dans les pays émergents, comme la Chine, où ces actifs sont passés de l’équivalent de 6 % à 35 % du produit intérieur brut (PIB) de 2002 à 2012. C’est le cas aussi au Royaume-Uni, où l’on est passé d’un peu plus de 100 % à plus de 350 % du PIB. Ce n’est toutefois qu’aux États-Unis que ces actifs dépassent ceux des banques, avec presque le double de leur total en 2012.

Fuir la réglementation et rechercher les rendements

« Bien que les banques parallèles prennent des formes très diverses selon les pays, certains des facteurs clés de leur croissance leur sont communs », note le GMI. L’un de ces facteurs est le resserrement de la réglementation des banques qui les ont encouragées à délaisser certaines activités au profit du secteur parallèle. Le chef de l’équipe d’analyses de la finance mondiale du FMI, Gaston Gelos, le dit plus brutalement en faisant référence aux nouvelles normes internationales adoptées à la suite de la crise. « Le shadow banking a tendance à prospérer quand des régulations bancaires strictes sont mises en place, menant à leur contournement. »

Mais il y a aussi d’autres facteurs, comme la soif de meilleurs rendements, la profusion de liquidités et la recherche « d’actifs sûrs » par les compagnies d’assurances ou les caisses de retraite. Dans le cas des pays émergents, il s’agit aussi d’une évolution normale pour des économies dont le secteur financier est en train de se complexifier.

« Bénédiction et fléau »

Cette ascension du système bancaire parallèle est à la fois « une bénédiction et un fléau », dit le FMI. Une bénédiction parce qu’il permet de « compléter les activités bancaires traditionnelles en élargissant l’accès au crédit, en accroissant la liquidité du marché ou en favorisant la transformation des échéances et le partage des risques ». Un fléau parce qu’on peut, comme dans le monde bancaire traditionnel, y être confronté, comme durant la dernière crise, à une chute brutale de la valeur des actifs, à un tarissement soudain des liquidités et à des mouvements de panique des investisseurs, et qu’en plus on n’y bénéficie ni du même encadrement ni des mêmes systèmes de protection des épargnants que les banques.

Le FMI estime ainsi que les banques de l’ombre comptent pour le tiers des risques systémiques qui pèsent sur le marché financier américain, soit autant que les banques. Cette proportion est heureusement plus faible dans la zone euro (environ 10 %) et au Royaume-Uni (moins de 10 %) parce que le secteur bancaire traditionnel y est resté prévalant.

Plus de lumière, S.V.P.!

Le contexte actuel promet un bel avenir au système bancaire parallèle, constate le FMI. Le premier geste des pouvoirs publics devrait être d’aller chercher les données qui leur manquent pour mieux mesurer et comprendre la nature et l’importance de cette finance qui se développe en dehors de leur périmètre réglementaire. Ils pourront, à la lumière de ces données, établir des mécanismes de surveillance et d’encadrement plus adéquats. Ce resserrement du contrôle a déjà commencé, admet-on, mais n’est pas suffisant. L’une des conditions de son succès sera de savoir aborder le marché financier dans son ensemble, s’adapter à la réalité de chaque économie, mais aussi coopérer entre pays. « La coopération internationale est cruciale,dit le FMI. Les risques sont plus grands lorsque les efforts de régulation se limitent seulement à quelques pays ou lorsqu’ils sont mal coordonnés. »

Place aux créanciers

Les créanciers ont généralement tendance à être plus prudents et devraient avoir leur place aux côtés des actionnaires dans les conseils d’administration des banques, a estimé mercredi le FMI dans un chapitre de son prochain Rapport sur la stabilité financière dans le monde.

Se penchant sur les changements à apporter à la gouvernance des banques afin d’éviter le genre de prise de risque excessive qui a conduit à la dernière crise financière mondiale, le FMI plaide aussi pour l’indépendance des administrateurs, et de leur comité de risque, à l’égard de l’équipe de direction.

On en appelle aussi à ce que la rémunération de ces dirigeants soit plus « étroitement alignée » aux risques qu’ils font courir à l’entreprise ainsi qu’à ses performances à long terme. S’inspirant de certaines initiatives déjà en cours, on voudrait, entre autres, pouvoir réclamer le remboursement d’une partie du salaire versé si les choses tournent mal.

On estime, dans tous les cas, que « la transparence est cruciale » pour qu’une forme de responsabilisation personnelle et de discipline du marché puisse s’établir.