L’Argentine se dit victime d’un complot économique

La présidente argentine de centre gauche, Cristina Kirchner, estime que son pays est la cible d’un complot à caractère économique et spéculatif, venu à la fois des États-Unis et des milieux d’affaires argentins.

Dans un discours mardi, Mme Kirchner a même averti qu’il faudrait chercher des responsabilités aux États-Unis si elle venait à mourir. « S’il m’arrive quelque chose, ne regardez pas vers l’Orient, regardez vers le Nord », a-t-elle déclaré, après avoir affirmé il y a deux semaines qu’elle avait reçu des menaces des djihadistes du groupe État islamique.

Au lendemain de ce discours, le gouverneur de la Banque centrale de la République argentine (BCRA) a démissionné. Juan Carlos Fabrega a tenu moins d’un an à ce poste très exposé, l’Argentine étant en délicatesse avec ses réserves de devises.

Après avoir disposé de plus de 50 milliards de dollars en 2011, grâce aux exportations agricoles, la BCRA ne compte plus que 28 milliards de dollars alors que Buenos Aires est confrontée au litige avec des fonds «vautours» américains qui va l’obliger à puiser encore dans ses réserves.

Depuis le jugement d’un tribunal de New York, en juin, condamnant l’Argentine à verser à un groupe de fonds « vautours » une indemnisation disproportionnée au regard de l’accord conclu avec 93 % de ses créanciers, les dirigeants argentins tirent à boulets rouges vers New York, le juge « sénile » Thomas Griesa et réclament une intervention de Washington.

L’Argentine a tenté en vain d’impliquer les États-Unis dans ce dossier en déposant plainte devant la Cour internationale de justice de La Haye. Pour Buenos Aires, le juge Griesa est à la solde des fonds spéculatifs qui menacent le processus de désendettement de l’Argentine.

Les États-Unis ne sont pas partie prenante dans le litige entre les fonds « vautours » et la troisième économie d’Amérique latine, mais l’Argentine affirme qu’ils sont responsables de leurs institutions, et donc de la Justice, dont la décision contre l’Argentine a surpris le monde économique.

En Argentine, Mme Kirchner accuse aussi les opposants à sa politique de vouloir la déstabiliser en spéculant sur le dollar, dont le taux au marché noir flambe depuis quelques mois. Un dollar s’échange contre 8,5 pesos dans les bureaux de change et atteint près de 16 pesos dans le circuit informel.

« Ils veulent renverser le gouvernement avec l’aide de l’extérieur », affirme-t-elle. Elle fait notamment référence à un dispositif permettant d’échanger des pesos en dollars à un taux proche du taux informel, un mécanisme jugé illégal par Mme Kirchner, légal selon les opérateurs bancaires. « Jusqu’où iront-ils ? Vont-ils me mettre en prison la prochaine fois que je vais à New York ? », a encore déclaré la présidente argentine lors du même discours prononcé depuis la Casa Rosada, le palais présidentiel à Buenos Aires.

« Les attaques contre l’administration de Barack Obama se sont approfondies ces derniers jours et ont culminé mardi soir […] Comme jamais auparavant, elle a dénoncé le fait que “ certains secteurs de l’économie voulaient renverser le gouvernement ”», relève un éditorial du quotidien conservateur La Nacion titré « Un discours de barricade converti en dogme ».

La semaine dernière, le ministre argentin des Affaires étrangères, Hector Timerman, avait convoqué le responsable de l’ambassade américaine à Buenos Aires pour lui reprocher une prise de position dans la presse argentine en faveur d’un accord avec les fonds « vautours ». Mercredi, le chef du gouvernement argentin, Jorge Capitanich, a menacé de sanctionner les acteurs financiers qui spéculeront sur le peso pour l’affaiblir, alors que les milieux économiques exigent une dévaluation urgente.

Pour le politologue argentin Ricardo Rouvier, les propos sont exagérés: « Dans l’histoire de l’humanité, dit-il, il y a eu plus de dénonciations de complot que de preuves. Cela dit, [elle a peut-être des éléments] pour lancer ces accusations ».

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