Un fonds d’investissement pour les économies du Sud 

Marie-Ève Cloutier Collaboration spéciale
La SIDI a permis à une organisation paysanne sénégalaise de mettre en place un projet d’électrification pour son village par l’utilisation de panneaux solaires.
Photo: Georges Gobet Agence France-Presse La SIDI a permis à une organisation paysanne sénégalaise de mettre en place un projet d’électrification pour son village par l’utilisation de panneaux solaires.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopératives

Le potentiel des coopératives en tant que levier pour nous sortir de la crise économique et écologique est largement sous-estimé, d’après Louis Favreau, titulaire de la Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC) de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Des actions concrètes qui permettront de faire valoir ce point de vue seront élaborées lors du premier Rendez-vous international de la CRDC, dans le cadre du 2e Sommet international des coopératives, prévu le 6 octobre prochain, à Québec.

C’est à la suite d’une première participation de la Chaire, en 2012, au 1er Sommet international des coopératives, organisé par le Mouvement Desjardins et l’Alliance coopérative internationale (ACI), que l’idée du partenariat est née. « Organiser ce Rendez-vous international permettra de mettre le doigt sur les points faibles du développement durable, ou bien ce qu’on pourrait aujourd’hui appeler plus justement la transition écologique de l’économie, et de réfléchir aux moyens à mettre en place pour freiner le modèle économique standard », explique Louis Favreau, qui gère la CRDC depuis bientôt 20 ans.

En effet, alors que les coopératives pourraient jouer, aux yeux du sociologue, un rôle déterminant pour assurer cette transition, elles ne sont pas assez représentées dans le monde de l’économie pour affirmer cette position, car trop souvent mises de côté par la pensée dominante. « Pourtant, les coopératives et l’ensemble des entreprises collectives forment 10 % du PIB de la plupart des pays. Dans les pays scandinaves, le chiffre peut monter jusqu’à 15 %. Au Québec, on estime cette contribution à environ 8 % », avance Louis Favreau.

Et, contrairement à l’économie privée, l’économie coopérative et solidaire entraîne la production de biens utiles et non futiles, pour reprendre les mots du chercheur à l’UQO. Pendant que les gens de la classe moyenne des pays émergents ne font que consommer la plupart du temps, les membres d’une coopérative expriment leurs besoins en biens de nécessité qui vont souvent servir à toute une collectivité.

Repenser la coopération Nord-Sud

 

Pour structurer la réflexion lors du Rendez-vous de la CRDC, un certain nombre de chantiers prioritaires tournant autour de deux axes ont été identifiés, soit l’agriculture, l’alimentation et la santé, puis l’énergie et le climat. « Puisque la mondialisation, combinée aux technologies de l’information et aux multinationales, forme une menace pour nos collectivités, il est important que nos démarches ne soient pas uniquement locales. Voilà pourquoi la question de la solidarité internationale sera également abordée, notamment sous l’angle de la reconfiguration des coopérations Nord-Sud », ajoute M. Favreau.

Une des tables rondes prévues le 6 octobre prochain sera justement consacrée à la reconfiguration de la solidarité internationale du Québec avec les pays du Sud. « Depuis près de 40 ans, les organismes de coopération internationale du Québec fonctionnent selon un système de dons qui proviennent du public et des gouvernements. N’étant plus suffisante aujourd’hui pour assurer la viabilité des projets de développement, il faudrait que cette logique du don se mute en un fonds dédié à l’économie du Sud qui fonctionnerait selon un système de prêts et de garanties de prêt », avance l’organisateur de l’événement.

Ce changement est d’ailleurs basé sur plusieurs fondements. Claude Dorion, coordonnateur de Développement solidaire international (DSI) et animateur de la table ronde, explique : « Même si la logique du don fonctionne depuis des décennies, les ressources sont de plus en plus ténues. Nous n’avons qu’à penser à feu l’Agence canadienne de développement international [qui a été fusionnée avec le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international pour devenir le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement, le 21 mars 2013]. De plus, l’épargne solidaire devient un choix d’investissement logique pour ceux et celles qui désirent qu’une partie de leur argent ait des retombées sociales, écologiques et communautaires. Finalement, les organisations ont besoin de nouveaux outils financiers pour assurer leurs activités courantes. »

 

Une première expérience d’ici deux ans ?

Avec la composition de la table ronde, soit Dominique Lesaffre, directeur des investissements à la SIDI (Solidarité internationale pour le développement et l’investissement), Denis Labelle, président de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), et Hugues Sibille, vice-président du Crédit coopératif en France, Claude Dorion se montre assez optimiste quant à l’élaboration d’un scénario concret pour mettre en place au Québec un système de prêts et de garanties de prêt avec le Sud. Après tout, la SIDI fonctionne de cette manière depuis près de 30 ans. C’est notamment grâce à elle qu’une organisation paysanne sénégalaise a pu mettre en place un projet d’électrification pour son village par l’utilisation de panneaux solaires, via l’obtention de petites sommes d’argent remboursables sur trois ans, pour ne citer qu’un exemple.

« Selon la bonne volonté des partenaires qui voudraient s’engager dans le projet et selon l’ouverture du gouvernement à cette idée, une initiative semblable pourrait voir le jour d’ici deux ans », avance Claude Dorion.

« Au Québec, nous avons un nombre d’acteurs en finance solidaire assez significatif. Si tout ce monde ne plaçait ne serait-ce qu’une infime partie de ses épargnes dans ce fonds, je crois qu’il est envisageable qu’il atteigne les 20 millions de dollars, autrement dit, une somme assez substantielle, indique M. Dorion. Bien entendu, ce système doit être mis en place à coups de quelques millions par année seulement, car il n’est pas question de débuter par un échec. Une collaboration avec la SIDI pourrait aussi nous être utile afin de bénéficier de son expérience. »

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