Un portefeuille plus propre, sans être tout à fait vert

Le rideau se ferme sur la conférence annuelle des Principes pour l’investissement responsable (PRI) des Nations unies, qui s’est déroulée cette semaine à Montréal. L’événement aura permis aux participants de discuter des meilleures pratiques et des progrès accomplis, mais surtout de définir les pierres d’achoppement. Regard en trois temps sur le mariage parfois difficile entre la finance et le développement durable.
 

Tout comme les consommateurs, plusieurs investisseurs sont devenus « dépendants » aux énergies fossiles. Il est possible de se défaire de cette emprise en faisant des choix d’investissement plus responsables, mais encore faut-il que les rendements attendus par les clients soient au rendez-vous, préviennent plusieurs acteurs du monde de la finance.

Les gestionnaires de portefeuilles doivent-ils se départir des actions à fort rendement qu’elles possèdent dans des compagnies polluantes pour placer leurs billes en terrain plus vert ?

Bien sûr, a répondu vendredi Jagdeep Bachher, chef de l’investissement à l’Université de la Californie. Mais renoncer à des investissements liés aux industries polluantes ne réglera pas tout. « Décarboniser un portefeuille a un impact, mais à mon avis c’est un jeu à somme nulle. Si quelqu’un renonce à son investissement, quelqu’un d’autre va prendre sa place. »

Les clients accordent une grande importance aux gains à long terme, a renchéri la gestionnaire de portefeuille au sein du groupe norvégien Storebrand Christine Torklep Meisingset. « Le désinvestissement n’est pas la réponse à tout. Je pense que la diversification des investissements est encore plus importante. » Plus catégorique, le directeur de l’Établissement du régime additionnel de la fonction publique (ERAFP), Philippe Desfossés, a réclamé que les investissements « sans carbone » deviennent obligatoires pour les caisses de retraite publiques comme la sienne.

Industrie minière sous pression

Mises sous pression par leurs investisseurs, les compagnies minières n’ont plus le choix : le respect des droits de la personne, de l’environnement et des communautés avec lesquelles elles cohabitent est aujourd’hui devenu indispensable.

« Les compagnies minières ont toujours été très bonnes pour trouver une mine, l’exploiter et la fermer. Nous savons aujourd’hui que nous devons aller plus loin parce que les communautés nous le demandent et que nos investisseurs nous le demandent », a lancé jeudi Glenn Nolan, vice-président des affaires autochtones chez Noront Ressources, une compagnie minière junior basée à Toronto.

Lors d’un atelier consacré au respect des droits de la personne dans l’industrie extractive, différents intervenants du secteur minier ont vanté les progrès réalisés au cours des dernières années. Sur la scène internationale, des principes adoptés par l’ONU en 2011 guident les entreprises dans leurs actions pour favoriser le respect des droits de la personne, tandis qu’une autre liste de principes publiés conjointement par les Nations unions et les PRI conseille les compagnies et les investisseurs dans leurs pratiques d’affaires en territoire à risque ou en conflit.

La conseillère principale au conseil de déontologie du Fonds de pension mondial du gouvernement norvégien, Pia Rudolfsson Goyer, a cependant avoué que toutes les compagnies ne sont pas sans reproches. Son équipe et elle doivent donc consacrer beaucoup de temps pour trouver les entreprises dans lesquelles le fonds désire investir. La ligne est parfois mince entre une compagnie « responsable » et une autre qui ne l’est pas, a-t-elle laissé entendre.

Obligations : gare au verdissement

La popularité grandissante des obligations vertes, ces titres émis pour financer des projets environnementaux, oblige les ambassadeurs de ce nouveau marché à redoubler leurs efforts de transparence, a avancé jeudi le cofondateur et président-directeur général de la Climate Bonds Initiative (CBI), Sean Kidney.

« La transparence et la divulgation d’information sont des facteurs clés pour conserver la crédibilité de ce marché », a-t-il lancé devant l’auditoire d’investisseurs. La CBI estime actuellement à un peu plus de 500 milliards le marché des obligations vertes à travers le monde, en forte hausse depuis les 346 milliards enregistrés en mars 2013.

Les émetteurs sont encouragés à faire approuver le caractère « vert » de leurs obligations par une tierce partie, mais cette mesure n’est encore pas obligatoire. Voilà donc le grand défi de ce marché lancé à la fin des années 2000 : éviter que certaines compagnies interprètent à leur avantage la définition d’un projet « vert ».

« À mesure que le marché prendra de l’ampleur, nous devrons être encore plus vigilants », a résumé la directrice des investissements responsables chez Aviva Investors, Adeline Diab.

Avantage Québec

Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, espère que l’énergie « verte » produite dans la province attirera les investisseurs qui ont à coeur le développement durable. Prononçant un discours vendredi dans le cadre de la conférence des PRI, il a vanté les mérites de l’hydroélectricité québécoise. « Avec la croissance de l’investissement responsable, les décisions vont éventuellement être basées non seulement sur le prix de l’électricité, mais aussi sur sa provenance », a-t-il précisé au Devoir après son allocution. Il espère que le Québec bénéficiera ainsi d’un avantage comparatif sur le marché nord-américain.