L’appareil de la dernière chance

Puissant, robuste, trop gros, complet, étrange… Les critiques du nouveau Passport de BlackBerry vont dans plusieurs sens, mais la direction de l’entreprise, qui lance le premier téléphone depuis l’arrivée de John Chen comme président, double sa mise sur l’importance d’une clientèle d’affaires pour assurer son avenir.

Entre le vrai clavier, l’écran carré de 4,5 pouces et la compatibilité avec les applications Android, l’état-major de BlackBerry a sans cesse répété mercredi que l’appareil s’adresse aux « professionnels mobiles » qui pourraient laisser leur ordinateur portable à la maison.

« Je suis tombé en amour avec le téléphone quand je suis arrivé », a dit M. Chen lors d’une présentation officielle ponctuée par le passage de Wayne Gretzky, un usager de longue date. « Je n’ai pas créé le téléphone, ni son concept. Mais s’il y a une chose dont je peux me vanter, c’est que je ne l’ai pas fait disparaître. »

BlackBerry, qui a dit cet été en avoir enfin fini avec sa profonde restructuration, a saupoudré la présentation d’expressions comme « bourré de puissance », « appareil productif » et « professionnels d’affaires ».

Décontracté, M. Chen s’est permis plusieurs blagues en cours de route. Il a évoqué les appareils des compétiteurs en se gardant toutefois de les nommer. Par exemple, il a fait référence aux allégations qui ont fait surface dans un forum du site MacRumors. En gros, un usager a écrit que son iPhone 6 Plus est désormais courbé après plusieurs heures de conduite automobile. « Je vous mets au défi de plier le Passport »,a dit John Chen.

Tourmente

La compagnie vient de traverser une période extrêmement difficile pendant laquelle ont eu lieu plusieurs vagues de licenciements. Le cours de l’action a perdu près de 90 % depuis cinq ans. Depuis le début de 2014, cependant, il est en hausse de 45 %, ayant terminé la journée de mercredi à 11,61 après un gain de 9 ¢.

En guise d’illustration, le chiffre d’affaires est passé de 19 milliards à 6,8 milliards en seulement trois ans, et sa part du marché mondial, dans les nouvelles ventes, n’est plus que de quelques dixièmes de points de pourcentage. Au premier trimestre de 2014, cependant, l’entreprise a causé la surprise en enregistrant un léger bénéfice net de 23 millions. Le plus grand actionnaire est Fairfax Financial Holdings, de l’homme d’affaires Prem Watsa.

M. Chen est arrivé aux commandes de BlackBerry en novembre 2013 après une tentative de vente avortée. Dans une lettre ouverte envoyée l’an dernier aux clients et partenaires d’affaires, il avait écrit que les appareils de l’entreprise « ne sont pas pour tout le monde » et que « c’est bien comme ça ». Une des grandes décisions qu’il a prises est de confier à Foxconn, un sous-traitant taïwanais, la fabrication d’une partie des téléphones.

Critiques diverses

« Le Passport est un hommage à tout ce que BlackBerry a fait depuis 15 ans, mais rien de cela n’est très pertinent dans le monde d’aujourd’hui », pouvait-on lire sur The Verge, un des sites d’actualité techno les plus lus. « C’est apparemment le mieux que BlackBerry est capable de faire, mais ce n’est pas suffisant. »

Un autre, Mashable, a estimé que l’effort investi par BlackBerry paraît. « Même ceux qui en feront un usage intensif devront revoir leur façon d’écrire sur le clavier pour en tirer profit. Si vous en avez la patience, le Passport peut améliorer votre expérience BlackBerry. Pour les autres, toutefois, c’est juste trop étrange pour être pris au sérieux. »

Chez CrackBerry, un site dédié à tout ce qui concerne l’entreprise, le pronostic n’est pas arrêté encore. « Est-ce que ça va bien se vendre ? Je ne sais pas,a écrit son rédacteur en chef. Mais le Passport est juste assez excentrique, juste assez curieux pour susciter l’intérêt du monde. »