Le secteur manufacturier québécois saura-t-il rebondir?

Le secteur manufacturier comptait 650 000 emplois en 2002. On en recensait plus que 490 000 en 2010.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le secteur manufacturier comptait 650 000 emplois en 2002. On en recensait plus que 490 000 en 2010.

La dégringolade du secteur manufacturier québécois est arrêtée depuis quelques années, constate une étude de Desjardins. Reste maintenant à voir si on saura rebondir.

« Contrairement à l’impression générale qu’on pourrait avoir, le secteur manufacturier est relativement stable au Québec depuis quelques années. Un peu comme s’il marquait une pause, un temps d’arrêt », a expliqué en entretien téléphonique au Devoir Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins et auteure d’une brève analyse sur le sujet dévoilée mercredi.

La chute de l’emploi dans le secteur a été vertigineuse, déboulant d’un sommet d’environ 650 000 emplois en 2002 à environ 490 000 en 2010. Depuis, le portrait d’ensemble reste relativement le même. La tendance, en ce qui touche le volume de production, a été similaire quoique plus modérée, indique l’économiste, avec un recul de la production annuelle totale en dollars constants d’environ 150 milliards, en 2006, aux alentours de 130 milliards à partir de 2009.

Comme les autres secteurs industriels ont continué à croître durant tout ce temps, la part relative de la fabrication dans l’ensemble de l’économie québécoise a toutefois fondu de 20,8 %, à la fin des années 90, à environ 14 % depuis la crise économique. Avec un peu moins que la moitié (47,7 %) de sa production manufacturière qui est exportée, le Québec affiche même aujourd’hui une légère remontée par rapport à 2010, où cette proportion était tombée en quatre ans d’environ 51 % à 44,6 %.

« Maintenant, on ne sait pas trop ce qui va se passer, rapporte Joëlle Noreau. Il faudrait aller voir dans le détail, secteur par secteur. »

Une tendance généralisée

Le recul du poids relatif du secteur manufacturier dans l’ensemble de l’économie s’observe dans presque tous les pays développés de même que dans certaines économies émergentes. Au Québec, il s’est fait ressentir après qu’eut commencé à s’atténuer l’effet positif de l’Accord de libre-échange nord-américain, avec, notamment, la montée de la concurrence des pays émergents et l’appréciation de dollar canadien.

L’impact sur l’emploi, note Joëlle Noreau, a été, entre autres, amplifié par le fait que les secteurs les plus touchés, comme le textile, le bois et le meuble, étaient des industries à forte intensité de main-d’oeuvre. Quelques rares secteurs ont vu, au contraire, leurs effectifs croître, comme la fabrication d’aliments et la fabrication de matériel de transport, qui sont chacun passés d’environ 50 000 à 70 000 travailleurs en 20 ans.

Une remontée sans emploi ?

Les signes d’une accélération de la reprise aux États-Unis, de même que l’affaiblissement du dollar canadien, devraient être de bonnes nouvelles pour les exportateurs québécois. Ils devraient l’être d’autant plus qu’on annonce aussi un retour au bercail d’une partie de la production manufacturière américaine qui avait été impartie en Asie et que les entreprises québécoises seraient à proximité pour les approvisionner.

La négociation d’accords de libre-échange avec l’Europe, des pays d’Asie ainsi que les membres du Partenariat transpacifique ouvre d’autres possibilités intéressantes, observe Joëlle Noreau, notamment parce que le Québec tend à exporter des biens de plus haute valeur ajoutée vers l’Europe et que l’Asie présente le potentiel de croissance que l’on sait.

Rien n’assure qu’une éventuelle reprise dans le secteur manufacturier québécois se traduira en création d’emplois, prévient-elle cependant. Les entreprises québécoises devront, en effet, accroître leur productivité si elles veulent rester compétitives face à la concurrence et elles tendent, pour ce faire, à recourir à la délocalisation d’au moins une partie de leur production à l’étranger de même qu’à son automatisation et sa robotisation. Le vieillissement de la population et la rareté de la main-d’oeuvre ne risquent que d’accentuer ces tendances, observe l’économiste de Desjardins dans son analyse.

Les prochaines années diront si la pause actuelle aura servi de pivot pour affermir le secteur manufacturier québécois ou s’il ne s’agit que d’un intermède avant la reprise de la descente, y conclut Joëlle Noreau. « Quoi qu’il en soit, le succès ne se mesurera pas uniquement à l’aune de l’emploi. »