Les Argentins se jettent sur le dollar américain

L’incertitude économique en Argentine a pour conséquence de faire grimper le taux de change sur le marché noir.
Photo: Leo La Valle Agence France-Presse L’incertitude économique en Argentine a pour conséquence de faire grimper le taux de change sur le marché noir.

La course aux devises s’est fortement accentuée depuis un mois en Argentine, nourrie par l’incertitude économique, faisant bondir le taux de change au marché noir et déclenchant des appels à la dévaluation.

Alors que les voyants d’alerte s’allument — récession, baisse de la production automobile, chute de la consommation, recul du cours du soja — et que l’Argentine est empêtrée dans son litige sur la dette avec des fonds « vautours » américains, l’écart augmente entre le taux de change officiel (un dollar pour 8,4 pesos) et celui du circuit informel (1 pour 14,2). Les particuliers ayant une capacité d’épargne cherchent à changer leurs pesos en dollars et les industriels se trouvent confrontés à une sévère restriction des importations, une politique du gouvernement destinée à freiner la fuite de devises.

« Le gouvernement doit reconnaître qu’avec ce niveau d’inflation [environ 30 %] il faut ajuster de nouveau le taux de change », plaide Guillermo Rimoldi, président de l’Institut argentin des dirigeants de la finance (IAEF), qui rassemble les plus gros entrepreneurs du pays. En janvier, le gouvernement argentin a déjà dévalué le peso de près de 20 %.

Le patron de la puissante Union industrielle argentine (UIA), Hector Mendez, réclame lui aussi une dévaluation, mettant en avant le manque de compétitivité de l’Argentine en raison d’un peso surévalué par rapport au dollar. « Les entreprises ont eu une bouffée d’air frais en janvier, mais le gouvernement n’a pas accompagné la dévaluation avec une baisse de l’inflation. Aujourd’hui, on ne peut pas être compétitifs avec les coûts de production que nous avons », souligne le président de l’IAEF. « Le gros problème est l’entrée de devises car l’industrie a besoin d’importer des pièces pour alimenter sa chaîne de production », acquiesce l’économiste Nicolas Dujovne.

Chute du soja

Par ailleurs, le soja s’est déprécié de 15 % au cours des derniers mois et devrait encore baisser, en raison des perspectives de récoltes records au Brésil et aux États-Unis, les deux premiers producteurs mondiaux. Les producteurs de soja tardent à vendre leurs récoltes, vitales pour l’économie du pays, espérant un taux de change plus avantageux.

L’État, en quête de devises, s’impatiente car le stock de soja récolté et pas encore vendu générerait 3 milliards de dollars de revenus fiscaux. Les réserves se situent depuis le début de l’année sous la barre des 30 milliards de dollars — 28,5 — après avoir atteint un maximum de 54 milliards en 2011. Une situation préoccupante, car Buenos Aires devra payer pour 11 milliards d’échéances de dette en 2015.

Paradoxalement, les Argentins ont pour plus de 200 milliards de dollars d’investissements hors du système bancaire argentin, selon la Banque centrale. Lors de la crise économique de 2001, les Argentins ont perdu confiance dans leurs banques car 70 milliards de dollars de dépôts ont été gelés. Depuis le début de l’année et l’assouplissement de la politique de contrôle des changes pour l’épargne des particuliers, les Argentins ont acheté 2 milliards de dollars, souvent pour les revendre aussitôt au marché noir.

« La brèche entre les taux de change peut se maintenir jusqu’au premier trimestre 2015 », signale l’économiste Pablo Tigani, qui table sur un accord Argentine-fonds « vautours » à cette échéance. Le classement de l’Argentine en « défaut de paiement partiel » fin juillet a plongé dans l’incertitude la troisième économie d’Amérique latine.

Alors que le canal de paiement habituel de la dette sur la place financière de New York est bloqué par la justice américaine dans le cadre du litige Argentine-fonds « vautours », la présidente argentine de centre-gauche Cristina Kirchner a invité ses créanciers à encaisser leurs échéances à Buenos Aires, Paris ou là où ils en feront la demande. « Il faut investir dans ce qui se voit, ce qui se touche, le reste n’est qu’un leurre », a déclaré ce week-end Mme Kirchner pour tenter de détourner les Argentins des opérations monétaires ou financières.

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