Le fil conducteur de la croissance

Dans l’ensemble des revenus de Québecor, la société mère de Vidéotron, la catégorie «télécommunications» en représente 65 %.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans l’ensemble des revenus de Québecor, la société mère de Vidéotron, la catégorie «télécommunications» en représente 65 %.

Vidéotron croit ne pas avoir fini d’attirer des abonnés vers son service sans fil, que l’entreprise voit comme un vecteur majeur de sa croissance au cours des prochaines années.

 

Dans le cadre d’une tournée d’entrevues comme chef de la direction, Manon Brouillette, chef de la direction depuis mai 2014, a dit que certains secteurs montrent en effet des signes d’épuisement.

 

« Mon mandat, selon moi, c’est de trouver des sources de croissance », a dit mercredi Mme Brouillette lors d’un entretien dans ses bureaux. L’entreprise a lancé mercredi son réseau LTE, plus rapide que l’ancienne mouture. « Certaines lignes de produits arrivent à maturité. Mais la mobilité est une source encore inépuisée de croissance pour Vidéotron. »

 

Quatre ans après avoir lancé son service sans fil dans un créneau dominé par Bell, Rogers et Telus, Vidéotron comptait au deuxième trimestre 551 000 clients, selon ses récents états financiers. En télédistribution, le bassin de clients est d’environ 1,8 million. (Dans l’ensemble des revenus de Québecor, la catégorie « télécommunications » en représente 65 %.)

 

« Juste 12,5 % des parts du marché dans le sans-fil pour un nouveau joueur, c’est une super performance en peu de temps. Mais il y a place à croissance », a dit Mme Brouillette, qui se trouve ainsi à succéder à Robert Dépatie. Celui-ci a quitté son poste de manière précipitée au mois d’avril dans un geste que l’entreprise a justifié par des « raisons de santé ». M. Dépatie occupait aussi la présidence de Québecor inc. depuis moins d’un an.

 

Mme Brouillette arrive aux commandes au moment où la société mère Québecor ne cache pas son ambition de prendre de l’expansion dans le Canada anglais. Lors des enchères de spectre organisées à l’hiver 2014 par Industrie Canada, la compagnie a acheté, pour 233 millions, des blocs de 700 MHz au Québec, en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique.

 

Le nouveau président de Québecor, Pierre Dion, a indiqué cet été que l’entreprise cherche des partenaires financiers afin de procéder à cette expansion, mais songe aussi à l’acquisition d’un ou deux groupes déjà en activité. Il est bien connu que Wind Mobile et Mobilicity, qui n’ont pas de présence au Québec, sont à vendre.

 

« Je n’ai malheureusement rien à annoncer », a dit Mme Brouillette au sujet de l’évolution de cette situation.

 

Le défi de la maturité

 

Un des secteurs dits « à maturité » est celui de la téléphonie résidentielle. Au deuxième trimestre, Vidéotron comptait 1,28 million de clients, contre 1,27 million l’an dernier à pareille date. Le pic des derniers trimestres semble être survenu en décembre 2013.

 

« Le phénomène des gens qui décident d’abandonner leur ligne à la maison, c’est en expansion. Notre travail, c’est de faire migrer ces gens-là vers notre service sans fil plutôt qu’ils choisissent un concurrent », a dit la chef de direction de Vidéotron.

 

« Je suis réaliste. On ne va pas retenir un consommateur dans une ligne de produits qui ne répond plus à ses besoins de mobilité. Il existe des familles où tout le monde a un téléphone mobile, et elles s’interrogent sur la pertinence d’avoir la téléphonie par câble. » Vidéotron estime toutefois qu’il y a encore de la place pour elle dans les services d’affaires et que certaines catégories de gens, comme les personnes âgées, continuent d’être des clients de la ligne fixe.

 

Le CRTC a commencé cette semaine des audiences importantes au sujet de l’avenir de la télévision. Québecor a fait valoir mardi que l’organisme fédéral doit relaxer les exigences réglementaires imposées aux télédiffuseurs et distributeurs, car elles ne sont pas adaptées au nouveau modèle des Netflix et autres services en ligne. « Netflix, ainsi qu’Amazon, Google et autres doivent, dans leurs plus grands rêves, souhaiter que les instances réglementaires continuent de garder les clés des menottes des télédistributeurs et télédiffuseurs traditionnels canadiens », a affirmé M. Dion.

 

Invitée à commenter la concurrence de Bell, qui offre maintenant des services télé par fil avec Fibe, Mme Brouillette a donné le même son de cloche. « Ma plus grande menace, ce n’est pas Fibe. Il y a beaucoup de concurrence. La grande menace, c’est les OTT [qui signifie, en anglais, over the top et fait référence aux Netflix, Amazon et autres services du genre qui circulent librement sur Internet]. Ils ne produisent pas de contenu local. C’est tout un écosystème qui est menacé. »