Le Mouvement Desjardins réussit son pari hors Québec

« La finance inclusive, solidaire, c’est un métier que l’on maîtrise bien. »
Photo: Michaël Monnier le devoir « La finance inclusive, solidaire, c’est un métier que l’on maîtrise bien. »

Au-delà de cette crise financière et de cette Grande Récession qui l’a interpellée dès les premiers instants de son nouveau mandat, Monique Leroux reconnaît que le thème de l’expansion hors Québec du Mouvement Desjardins résume bien sa présidence. Un graphique d’aujourd’hui juxtaposant une carte géographique du Canada de 2010 démontre l’ampleur d’un rayonnement pancanadien vécu en accéléré entre ces deux dates. « C’est connu. Une entreprise qui n’est plus en croissance et en développement recule, périclite »,lance-t-elle.

 

Les acquisitions se sont enchaînées au cours des dernières années. La financière MGI puis la plateforme de courtage et de gestion de patrimoine QTrade sont venues bonifier l’offre de Desjardins Sécurité financière. Dans l’assurance, de gros morceaux se sont greffés aux activités hors Québec de l’institution québécoise, Western Financial puis State Farm venant consolider la présence du Mouvement Desjardins sur les marchés de l’Ouest canadien et du sud de l’Ontario. « Ce sont autant d’emplois et d’expertise qui se développent ici. »

 

Des partenariats avec des caisses et des crédits unions, et celui des plus stratégiques réalisé avec le français Crédit Mutuel venant décupler l’expertise de chacun dans la monétique, complètent l’expansion de l’institution coopérative. Une expansion qui englobe l’élargissement du réseau de relations de Développement International Desjardins, notamment dans la finance de proximité. « La finance inclusive, solidaire, c’est un métier que l’on maîtrise bien »,met en exergue Monique Leroux, au cours d’un entretien au Devoir.

 

Sans dénaturer sa mission

 

Dit autrement, le mouvement coopératif québécois fait la preuve qu’il peut rayonner et se développer hors Québec sans dénaturer sa mission. La présidente et chef de la direction aime bien revenir aux origines du Mouvement et à la philosophie du fondateur. Elle se demande sans cesse, telle une obsession, si les gestes posés traduisent ou respectent cette pensée originelle. « Alphonse Desjardins était un entrepreneur. Le développement et la croissance étaient omniprésents dans son discours. Il rêvait d’un mouvement économique fort au Québec, basé sur la confiance, dans une perspective canadienne et internationale, selon le principe “aide-toi toi-même”. C’est ce que nous faisons. »

 

Les résultats financiers sont au rendez-vous. Depuis 2000, l’actif a été multiplié par trois pour dépasser les 221 milliards au 30 juin dernier, et les fonds propres, par 3,5 fois. Au terme de l’exercice financier 2013, l’institution québécoise a continué à dégager des excédents avant ristournes de plus de 1,5 milliard, situant le rendement sur fonds propres autour de 10 %. Cette croissance se veut organique dans une proportion de 70 %. Et Monique Leroux de rappeler que « nous sommes dans une logique de créer de la richesse pour en faire bénéficier la société, pas pour faire monter le prix d’une action ».

 

Plus concrètement, cette santé financière sous-tend un investissement massif du Mouvement dans la technologie, au rythme annuel de 750 millions. « Le client veut un accès direct, multiplateforme. Nous devons suivre l’évolution technologique tout en favorisant la relation personnelle. Le grand enjeu consiste à faire tout cela, avec fluidité. » Paiement mobile Desjardins, annoncé cette semaine, y fait largement écho.

 

Monétique, vecteur de développement

 

La présidente revient à ce partenariat avec le Crédit Mutuel. Un pont est ainsi établi pour les entreprises des deux côtés de l’Atlantique, dans un environnement de libre-échange entre l’Europe et le Canada. Avec ce joueur de premier plan dans la monétique, il a également été possible de donner naissance en 2013 à Monetico International, une société conjointe dont le siège social est basé à Montréal et qui se positionne parmi les dix plus grandes organisations spécialisées dans les paiements électroniques. « Nous avons, là, un joueur doté d’une masse critique dans le système de paiement, résilient à l’évolution de la réglementation mondiale. »

 

Cette monétique, véritable vecteur de développement, devient ainsi l’un des grands piliers du développement futur de Desjardins en parallèle à son essor dans l’assurance et la gestion de patrimoine. S’ajoute la volonté, pour l’institution, de poursuivre les rapprochements avec les crédits unions et leur caisse centrale, dans un environnement de contraintes réglementaires particulièrement exigeantes sous Bâle III. « Ce qui ne nous empêche pas de nous doter d’un plan de match pour le Québec se voulant à la fois solide et dense »,insiste Mme Leroux. Il faut notamment s’attendre à une multiplication des vitrines ou des points de services, aussi à des initiatives ciblées auprès de communautés visées.

 

« Je crois en la capacité de Desjardins d’évoluer,résume Monique Leroux. Une entreprise, quelle qu’elle soit, a, à titre de citoyen corporatif, une responsabilité. Celles qui réussissent le mieux vont se démarquer par leur performance et par l’usage qu’elles font de cette performance. » La présidente veut laisser au Mouvement un héritage de croissance, d’innovation, d’adaptation dans un monde global, un Mouvement de 6 millions de membres qui se veut à la fois solide et performant. « La crise de 2008 est venue challenger la pérennité des entreprises et des institutions, et imposer le thème de la croissance responsable, d’une croissance pérenne », insiste-t-elle.

Un deuxième Sommet international des coopératives

Alphonse Desjardins rêvait d’un Grand rassemblement coopératif à Québec. Ce sera fait. Du 6 au 9 octobre, la Vieille Capitale sera l’hôte du Sommet international des coopératives. Ce deuxième rendez-vous capitalise sur le succès remporté en 2012 et, souhaite-t-on, positionne Québec comme étant le pôle d’expertise mondial du modèle coopératif.

Le thème principal de cette deuxième édition réunissant des invités venant d’une centaine de pays ? Le pouvoir d’innover des coopératives. « Ce sommet nous amène à partager les perspectives et les expériences. À nous demander si nous pouvons contribuer davantage en matière de création d’emplois, d’innovations ou de soutien au développement des entreprises », résume Monique Leroux.

Sous le titre principal s’ajoutent cinq grands chapitres : le développement de l’entreprise coopérative et mutualiste, le financement et la capitalisation, la sécurité alimentaire, les soins de santé et les services à la personne, et l’emploi. « Ce sont des grands thèmes, des grands enjeux mondiaux qui collent bien à notre modèle d’affaires. Il peut être difficile de confier des problématiques liées à la santé ou à la sécurité alimentaire à des entreprises cotées en Bourse, ancrées sur le retour immédiat aux actionnaires », lance la présidente du Mouvement Desjardins.
6 commentaires
  • Guy Vanier - Inscrit 6 septembre 2014 07 h 08

    superbe......

    mais en même temps les caisses disparaissent une par une des petits villages au Québec! leur mission originale est terminée?
    je ne suis pas certain que c'était le but premier d'Alphonse!
    je ne serais pas surpris, que les démarches pour convertir les caisses pop. en une banque, soit entrepris sous le règne de cette dame.

    • Paul Michaud - Abonné 6 septembre 2014 13 h 14

      Oui mais! car il y a un mais, pourquoi irais-je à ma Caisse?
      Mon compte est dans une caisse pop d'une petite municipalité, l'accueil et le service y sont excellents. MAIS je n'y vais pas, tout simplement à peu près jamais. Je fais toute mes transactions à distance et j'en suis bien content. Alors des comptoirs vont fermer, des gens vont perdre leur emploi, c'est certain.
      Que proposez-vous?

    • Guy Vanier - Inscrit 7 septembre 2014 07 h 41

      Monsieur Michaud,
      Que faites vous si vous voulez faire un emprunt etc....
      Les caisses populaires ont été créés pour aider les gens démunis du temps pour les aider dans leurs finances, les grosse banques n'étaient pas intéressés.
      Maintenant qu'ils se sont regroupées ils agissent comme une banque et se désintéressent des gens pour qui Alphonse les avait créés.

    • Daniel Bérubé - Abonné 7 septembre 2014 11 h 01

      @ Mr. Vanier

      Il est peut-être nécessaire de voir ici l'époque à laquelle Mr. Desjardins mis en place cette coopérative, et l'époque à laquelle nous sommes aujourd'hui...

      Je me souviens, quand j'ai ouvert mon premier compte à la Caisse de mon village, la dite Caisse était dans une maison privée, n'occupant qu'un espace d'environ 8m x 4m ! On n'y retrouvait qu'une seule employée, propriétaire du bâtiment. Ceci vous donne une petite idée de ce que la Caisse de l'époque pouvait avoir comme dépenses hypotécaire... et peut-être considérer aussi à l'époque, ma municipalité comptait plus de 1500 habitants comparativement à 900 aujourd'hui...

      L'époque à changer, les règles aussi... il est maintenant interdit qu'une Caisse ou Banque ne soit ouverte au public avec un ou une seule employée à l'intérieur... sécurité oblige.

      Les Caisses, comme nous, ont connues des années d'abondance, leur permettant de se construire sur leur terrain, augmenter les employés, entrer les syndicats... mais quand l'abondance cède sa place et oblige au régime... il ne faut pas se surprendre de voir certains impacts comme actuellement.

      Personnellement, je trouve que les caisses se démarquent des banques, et de façon plus que particulière. Pas au sens lieux, bâtiments ou autre, mais au niveau de leur phylosophie, vision à long terme... par exemple, je crois que les caisses auront beaucoup plus à coeur l'environnement que les banques... (je serais surpris que des caisses populaire soient de gros prêteurs aux pétrolières...)

  • Jacques de Courville Nicol - Inscrit 6 septembre 2014 11 h 50

    M. Louis Vachon, PDG, BNC

    La BNC fait-elle une erreur en abandonnant la capitale du Canada et le Canada français à l'anglophonie? Jacques de Courville Nicol

    • Guy Vanier - Inscrit 7 septembre 2014 07 h 50

      ????? Que viens faire Louis Vachon à la caisse?