L’inflation ralentit encore

Marché de fruits et légumes dans le sud de la France. Les prix des aliments ont reculé de 0,3 % en août.
Photo: Remy Gabalda Agence France-Presse Marché de fruits et légumes dans le sud de la France. Les prix des aliments ont reculé de 0,3 % en août.

L’inflation aurait atteint un bas dans la zone euro. Une intervention d’urgence de la Banque centrale européenne ne serait donc pas imminente.

L’inflation a de nouveau ralenti en août dans la zone euro, à seulement 0,3 %, rendant de plus en plus crédible la menace d’une spirale déflationniste. Pour certains, cela renforce la pression sur la Banque centrale européenne (BCE) pour qu’elle prenne des mesures de relance. Mais pour d’autres, l’inflation a atteint un creux et ne peut maintenant que remonter.

 

Si ce chiffre de 0,3 % se confirme, après la première estimation publiée vendredi par l’office européen de statistiques Eurostat, il s’agira du niveau d’inflation le plus faible enregistré par l’Union monétaire depuis octobre 2009. L’inflation dans la zone euro était à 0,4 % en juillet et atteignait encore 1,3 % il y a un an.

 

Dans le même temps, l’office italien de statistiques Istat a annoncé que les prix avaient baissé de 0,1 % en août sur un an, une première dans ce pays depuis 1959.

 

« Avec une inflation qui tend vers zéro, le coussin qui nous sépare de la déflation est de plus en plus mince », met en garde Martin Van Vliet, de la banque ING. Une déflation, marquée par une baisse générale des prix, peut engendrer un cercle vicieux pour l’économie : les consommateurs seraient alors encouragés à suspendre leurs achats dans l’espoir de nouvelles baisses des prix, les entreprises à diminuer leur production pour s’ajuster à la demande, entraînant une baisse des salaires qui, à son tour, ferait baisser la demande et les prix.

 

On n’en est pas encore là. Le taux particulièrement bas enregistré en août est alimenté par une baisse de 0,3 % des prix dans le secteur alimentation, boissons et tabac et par celle, plus spectaculaire encore, des prix de l’énergie à -2 %, contre -1 % en juillet. Or, ces éléments sont les plus volatils dans le calcul de l’inflation. L’inflation sous-jacente, jugée plus pertinente par les économistes pour évaluer les tendances — car elle mesure l’évolution des prix sans ces éléments — est légèrement remontée, à 0,9 % contre 0,8 % le mois précédent, souligne Johannes Gareis, économiste à Natixis.

 

Plusieurs de ses collègues envisagent une stabilisation, voire une hausse des prix dans le courant de l’automne, à l’image de Marco Valli d’Unicredit, qui juge que « l’inflation a probablement atteint son point le plus bas ».

 

Pour autant, le chiffre d’août ne peut être balayé d’un revers de main, selon les analystes. D’une part, parce qu’on est très loin de l’objectif d’inflation à moyen terme de la BCE, fixé un peu en-dessous de 2 % et, d’autre part, parce que la baisse des prix de l’énergie et de l’alimentation « pourrait se prolonger », souligne Jennifer McKeown, de Capital Economics, notamment sous l’effet de l’embargo russe sur les produits alimentaires européens. Le chômage toujours élevé est un autre élément susceptible de peser à la baisse sur les salaires et les prix, ajoute cette économiste.

 

Tous ces éléments maintiennent la pression sur la BCE pour qu’elle agisse en soutien à l’économie. Son président, Mario Draghi, s’est dit prêt la semaine dernière à « ajuster davantage la position de [sa] politique ». Mais l’institution de Francfort ne devrait pas annoncer de mesures nouvelles à l’issue de sa prochaine réunion le 4 septembre, estiment les économistes unanimes.

 

« Il est probable que la BCE voudra d’abord évaluer l’impact » de son programme en cours de prêts ciblés à très long terme (TLTRO) « avant de décider de nouvelles mesures », prédit Johannes Gareis. « Même si, récemment, la possibilité que la BCE recoure au quantitative easing[ou QE, un programme de rachat d’actifs,] est devenue plus probable, cela ne nous semble pas imminent », ajoute Martin Van Vliet.

 

Tout en restant attentiste, la BCE pourrait faire passer jeudi le message que cette option « est clairement sur la table », anticipe Jennifer McKeown.

Le taux de chômage est stable

Bruxelles — Le chômage est resté stable en juillet dans la zone euro par rapport à juin, avec un taux à 11,5 %, a rapporté vendredi l’office européen de statistiques Eurostat.

Il s’agit du taux le plus bas depuis septembre 2012 dans l’Union monétaire. Il y a un an, en juillet 2013, il atteignait 11,9 %. En juillet, la zone euro comptait 18,4 millions de chômeurs, sensiblement le même chiffre qu’en juin, mais 725 000 de moins qu’un an plus tôt.

L’Allemagne et l’Autriche sont toujours les deux pays de la zone euro où le taux de chômage est le plus faible, et il a d’ailleurs marqué un recul en juillet à 4,9 % contre 5 % un mois plus tôt dans chacun de ces deux pays. Ils sont suivis par Malte avec un taux à 5,7 %, et par le Luxembourg, à 6,3 %.

À l’autre bout du tableau, la Grèce enregistre le taux de chômage le plus élevé, à 27,2 % selon les dernières données disponibles, qui datent de mai. L’Espagne la suit immédiatement avec un taux de chômage de 24,5 %. Dans ces deux pays, le taux recule légèrement sur un mois et de manière plus marquée sur un an. Le taux espagnol était en effet à 26,2 % en juillet 2013, et le taux grec à 27,7 % en mai 2013.

La baisse concerne aussi les deux autres pays les plus touchés par la crise de l’euro : le taux est ainsi passé en un an de 16,3 % à 14 % au Portugal, et de 13,1 % à 11,5 % en Irlande.

Le chômage des jeunes a décliné sur un an dans la zone euro, passant de 24 % à 23,2 %, soit 226 000 jeunes chômeurs de moins. Environ 3,33 millions de jeunes sont sans emploi dans la zone euro. Les taux les plus bas sont observés en Allemagne (7,8 %) et en Autriche (9,3 %), et les plus élevés en Espagne (53,8 %) et en Grèce (53,1 % en mai), ainsi qu’en Italie (42,9 %).

Dans l’ensemble de l’Union européenne, le chômage touchait en juillet 24,8 millions de personnes, soit un taux de 10,2 %, inchangé par rapport à juin.