La double vie des étudiants

Chez les étudiants à temps plein de 15 à 24 ans, le taux d’emploi a atteint 42,5 % en 2013, loin devant la moyenne canadienne établie à 36,2%.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Chez les étudiants à temps plein de 15 à 24 ans, le taux d’emploi a atteint 42,5 % en 2013, loin devant la moyenne canadienne établie à 36,2%.

Les étudiants québécois retournent sur les bancs d’école cette semaine, mais pour environ la moitié d’entre eux, les cours magistraux, les lectures obligatoires et les travaux d’équipe n’accapareront qu’une partie de leur quotidien au cours des prochains mois. Ils travailleront également plusieurs heures par semaine au restaurant ou à la boutique du coin, davantage que la moyenne des Canadiens dans leur situation.

 

Un nouveau rapport sociodémographique publié en début de semaine par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) met en évidence le caractère distinct de l’étudiant québécois. Chez les étudiants à temps plein de 15 à 24 ans, le taux d’emploi a atteint 42,5 % en 2013, loin devant la moyenne canadienne établie à 36,2%. Seuls les étudiants manitobains ont été plus nombreux à mettre la main à pâte, dans une proportion de 42,6 %.

 

Le pourcentage d’étudiants québécois au travail en marge des études avoisine les 40 % depuis le début des années 2000, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Les données compilées par l’ISQ révèlent que ce taux d’emploi était deux fois moins élevé au début des années 1980.

 

« Le Québec demeure une des provinces où les étudiants participent le plus fortement au marché du travail », souligne Marc-André Gauthier, analyste à la Direction des statistiques démographiques de l’ISQ, dans son analyse. Ce constat est particulièrement vrai chez les 20 à 24 ans, précise-t-il. « Depuis 2011, les étudiants québécois et manitobains font manifestement bande à part à ce chapitre, dans la mesure où ce sont les seuls au Canada à présenter des taux d’emploi se situant au-dessus de la barre des 50 %. »


Étudiantes plus actives

 

Au Québec, les jeunes femmes sont plus nombreuses à occuper un emploi pendant leurs mois d’études que leurs collègues masculins. En 2013, 47 % des étudiantes de 15 à 24 ans occupaient un emploi, dix points de pourcentage de plus que leurs confrères. Il s’agit pour elles d’une forte progression en 30 ans, alors que leur taux d’emploi n’était que de 18 % en 1981. En contrepartie, les étudiants ont travaillé en moyenne une heure de plus par semaine que les étudiantes au cours de la dernière décennie, soit 15,3 heures.

 

Le nombre d’heures de travail jugé « critique » — 15 ou 25 par semaine selon les spécialistes consultés — est donc dépassé par une bonne partie des étudiants québécois. En 2011, près de 50 % des étudiants-travailleurs de la province consacraient plus de 15 heures par semaine à leur emploi et environ 10 % y réservaient plus de 25 heures, indiquaient M. Gauthier et sa collègue Marie-Pier Labrie dans une analyse publiée en février 2013.

 

Les chercheurs de l’ISQ y mentionnaient que plus de la moitié des étudiants québécois au travail en 2011 provenaient des secteurs du commerce de détail (32,5 %) ou de l’hébergement et des services de restauration (20,7 %).

 

Poids financier

 

Pourquoi les étudiants québécois sentent-ils le besoin de travailler davantage que les autres Canadiens ? Et que font-ils de l’argent amassé en plus ? Des éléments de réponse se trouvent sans doute dans les résultats du sondage de TD Canada Trust dévoilés mardi.

 

Ceux-ci nous apprennent qu’« entre les dépenses diverses, l’augmentation des droits de scolarité, l’épargne pour l’avenir, l’achat d’appareils électroniques et le remboursement des dettes, les étudiants du Québec dépendent aujourd’hui souvent davantage d’un travail à temps partiel pendant l’année d’étude que ne le faisaient ceux des générations antérieures ».

 

Selon le sondage réalisé par la firme Léger, les jeunes accordent une importance plus grande que ne le faisaient leurs aînés aux voyages et aux « gros achats », comme celui d’une voiture, mais citent également l’épargne comme une de leurs priorités.

5 commentaires
  • Louise Melançon - Abonnée 27 août 2014 07 h 59

    Pourquoi plus au Québec?

    Parce que nous sommes plus "mous", que nous valorisons moins l'éducation, l'apprentissage des connaissances... que les jeunes sont très sollicités au niveau de la consommation, etc.... Les raisons ne manquent pas...mais c'est triste...

  • Gaétan Tremblay - Abonné 27 août 2014 09 h 19

    j'aimerais en savoir plus

    toutes les explications avancées me paraissent nébuleuses, trop vagues par rapport l'importance du sujet et son impact social: il faudrait vraiment pousser plus loin la recherche pour trouver les causes de cette situation et voir si elles sont plutôt intimes (motivations) ou externes (contraintes) et aussi en mesurer l'impact sur la formation. Ce n'est pas nécessairement tout négatif que d'avoir le nez ailleurs que dans les livres ou l'ordinateur.

    • Elisabeth Doyon - Inscrite 27 août 2014 16 h 46

      Si je ne me trompe pas, c'est la fédération des étudiantEs universitaires qui avait fait une recherche approfondie sur les dépenses - le travail et l'impact sur les résultats scolaires, évidemment ces chiffres ne concernent que les études universitaires et non, il n'y a aucun gain à diviser l'attention entre deux charges détachées. Le travail en lien avec l'étude (sur les lieux d’étude ou dans le domaine), par contre, semble garder les étudiantEs attachéEs à l'école et dans ce cas précis, aide l'étude (ex : suppléance pour les étudiantEs en enseignement).

      Entre autres, le régime des prêts et bourses n’accorde qu'un budget de 7$ par jour pour les besoins alimentaires - allo le kraft diner et la malbouffe! Il n'accorde pas de budget pour des services comme l'internet (qui est aujourd'hui impossible d'ignorer lors d'études post-secondaires) et n’a pas vraiment été mis à jour pour les prix des ouvrages académiques (qui ont explosé ces dernières années) ou encore des revues spécialisées.

  • Rémi Couture - Abonné 27 août 2014 12 h 16

    Fin du mythe des jeunes Québécois "flanc-mous"

    Je vois d'un bon oeil le résultat de ce sondage. C'est une démonstration que les jeunes ici sont travaillants et débrouillards. Certes, trop de travail peut nuire aux études, c'est la dose qui fait le poison. Mais, on est loin du portrait des enfants gâtés et irresponsables qu'on se plait tant à colporter sur la jeunesse. Ce qu'ils veulent, ils se le paient. Finalement, c'est tant mieux si l'épargne est une de leurs priorités.

    Bravo les jeunes, vous faites mentir les préjugés à votre sujet!

  • Stéphanye Carrier - Inscrite 28 août 2014 03 h 42

    Combien ça coûte en soins de santé

    J'aimerais savoir combien ça coûte de traîter des jeunes dépressifs, anxieux et physiquement malades parce qu'ils sont surmenés.

    Une étude de l'Université Laval a trouvé que la source des revenus joue un rôle dans le décrochage. Plus le travail joue une grande part dans la source des revenus d'un étudiant, plus il a de chances de décrocher. Source :
    http://www.scom.ulaval.ca/Au.fil.des.evenements/20