Transaction rapide en restauration rapide

L’entente entre Tim Hortons et Burger King a été annoncée à peine plus de 24 heures après que les deux entreprises eurent confirmé tenir des discussions.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne L’entente entre Tim Hortons et Burger King a été annoncée à peine plus de 24 heures après que les deux entreprises eurent confirmé tenir des discussions.

Burger King et Tim Hortons uniront leurs forces dans le cadre d’une transaction évaluée à 11 milliards $US qui permettra aux deux spécialistes de la restauration rapide de croître aux États-Unis et ailleurs dans le monde, tout en promettant de ne rien changer au café qu’ils vendent chaque matin aux Canadiens.

 

« Un des éléments clés de cette transaction est le potentiel d’accélérer de façon significative la croissance internationale de Tim Hortons, comme nous l’avons fait avec Burger King », a expliqué le président exécutif de Burger King et partenaire chez 3G Capital, Alex Behring, lors d’une conférence avec les investisseurs pour discuter de l’entente annoncée mardi. « En étendant notre modèle de coentreprise de franchises, notre réseau de partenaires mondiaux et la vaste expérience des membres de nos équipes de gestion mondiale de développement mondial, nous ne voyons pas pourquoi nous ne pourrions pas faire connaître le café “ deux crèmes deux sucres ” au reste du monde. »

 

L’entente a été annoncée à peine plus de 24 heures après que les deux entreprises eurent confirmé tenir des discussions, ce qui a fait décoller leurs actions respectives sur les marchés boursiers.

 

Les deux parties ont clairement indiqué mardi que l’objectif de la transaction était la croissance, étant donné que la nouvelle entité sera la troisième en importance dans le monde de la restauration rapide, avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 23 milliards $US et plus de 18 000 restaurants répartis dans une centaine de pays.McDonald’s et le groupe Yum ! (propriétaire de Pizza Hut, Taco Bell et Kentucky Fried Chicken) trônent au sommet de la liste. Un classement récent du magazine spécialisé QSR comparant les chaînes individuelles plaçait Burger King en cinquième position. McDonald’s arrivait premier, suivi par la chaîne de sandwichs Subway, les cafés Starbucks et les hamburgers Wendy’s (maison mère de Tim Hortons entre 1995 et 2006).

 

« Ceci s’aligne clairement à ces objectifs et aux priorités qui ont été identifiées, et nous avons clairement dit les États-Unis représentaient une bataille que nous devions gagner, et nous avons clairement dit que les marchés internationaux représentaient un potentiel non exploité. Cette nouvelle relation va certainement nous permettre de bouger beaucoup plus rapidement en tant qu’organisation regroupée que nous n’aurions pu le faire nous-mêmes », a affirmé le président et chef de la direction de Tim Hortons, Marc Caira.

 

« Non seulement cette transaction nous permettra de préserver notre riche héritage canadien, mais elle nous apportera encore plus de bénéfices significatifs au Canada à long terme. »

 

Tim Hortons a déjà appartenu à une grande chaîne américaine par le passé. Elle a été acquise par la chaîne de restauration rapide Wendy’s International en 1995, avant d’être essaimée en 2006 et inscrite à la Bourse de Toronto.

 

Aucun grand changement n’est attendu au sein des deux entreprises. Le siège social de Tim Hortons restera à Oakville, en Ontario, et les principaux bureaux d’affaires de Burger King resteront à Miami, en Floride.

 

Lorsque quelqu’un a demandé mardi si l’entente signifiait que Burger King pourrait éventuellement offrir du café Tim Hortons dans ses restaurants, la réponse a été rapide et définitive : « Absolument pas. Il n’y aura pas de mélange dans les produits et il n’y aura pas de comarquage », a affirmé le chef de la direction de Burger King, Daniel Schwartz. « Le principal élément est la croissance, et la possibilité de transporter sur la scène internationale une marque aussi solide et appréciée. »

 

M. Schwartz deviendra le chef de la direction de la nouvelle entité et sera responsable de sa gestion quotidienne et de sa comptabilité opérationnelle. Le conseil d’administration de la nouvelle société comprendra les huit administrateurs actuels de Burger King et trois autres qui seront nommés par Tim Hortons, incluant M. Caira, qui occupera en outre le poste de vice-président du conseil et sera en charge de la stratégie et du développement des affaires mondiales.

 

La firme de placement privée 3G Capital détiendra environ 51 % des actions de la nouvelle entreprise, et M. Behring y jouera le rôle de président exécutif et d’administrateur.

 

Pas motivée par les impôts

 

« Ce n’est pas une opération motivée par les impôts » mais « une transaction stratégique », a martelé Alex Behring. Une série d’entreprises américaines, en particulier dans le secteur pharmaceutique, ont créé la polémique en achetant récemment des sociétés en Europe afin de se délocaliser dans un pays à la fiscalité moins élevée que les États-Unis. Washington n’exclut pas de légiférer pour inverser la tendance.

 

Dans ce contexte, l’implantation du siège du nouveau poids lourd de la restauration rapide au Canada fait débat, au point de susciter des appels d’Américains au boycottage de Burger King sur Facebook.

 

Certains observateurs relèvent aussi le côté paradoxal d’avoir le milliardaire Warren Buffett, qui a pris position dans le passé pour une augmentation des impôts des riches Américains, financer en partie l’opération via sa holding Berkshire Hathaway. L’investisseur a toutefois assuré au Financial Times que l’opération était surtout structurée pour ne pas froisser des susceptibilités au Canada, où Tim Hortons est un symbole national.

 

La direction de Burger King fait valoir que le Canada sera le plus grand marché du nouvel ensemble et que Burger King continuera de payer ses impôts sur son chiffre d’affaires réalisé aux États-Unis. Daniel Schwartz a assuré, pour sa part, qu’il n’y aurait « pas d’économies fiscales significatives » suite à la transaction. Le taux d’imposition des entreprises aux États-Unis est officiellement de 35 %, contre 26,5 % dans l’Ontario où est basé Tim Hortons, mais Burger King affichait l’an dernier un taux effectif de seulement 27,5 %, relèvent d’ailleurs des analystes.

 

M. Behring dit en revanche vouloir « créer de la valeur en accélérant l’expansion internationale des deux marques ». Tim Hortons, marque co-fondée par un joueur de hockey canadien dans les années 1960, pourrait notamment profiter de l’expérience et du réseau de Burger King, beaucoup plus présent que lui en dehors de l’Amérique du Nord.

 

La société d’investissement Miller Tabak souligne que la fusion permettra à l’enseigne canadienne d’accéder « à un éventail plus large de partenaires aux États-Unis », tandis que Burger King y gagnera « un produit compétitif de café pouvant potentiellement être ajouté à plus de 7400 restaurants en Amérique du Nord ».

 

Les experts du gestionnaire de fonds Raymond James soulignent eux aussi que « le petit-déjeuner est le segment qui croit le plus vite » actuellement dans le secteur de la restauration rapide, d’où l’intérêt de s’adjoindre une marque reconnue pour son café.

 

Avec l’Agence France-Presse

Plaidoyer pour la souveraineté fiscale

Toronto — Le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, affirme que la prise de contrôle de Tim Hortons par la chaîne américaine de restaurants à service rapide Burger King n’éloignera pas le Canada de son plus important partenaire commercial.

Le siège social de la nouvelle société se trouvera au Canada, ce qui, selon certains observateurs, pourrait permettre à Burger King de payer moins d’impôts aux États-Unis.

Le président américain Barack Obama a montré du doigt les entreprises américaines qui s’installent à l’étranger dans le but de réduire leurs impôts sur le revenu des sociétés.

En conférence de presse mardi, M. Oliver a fait l’éloge du climat commercial amélioré au Canada. « Les États-Unis sont une économie hautement concurrentielle et nous avons le droit de déterminer notre propre politique fiscale », a déclaré le ministre.

« Nous croyons que cela a été un geste révélateur préparé afin de garder des capitaux au pays, ce qui donne lieu à plus d’expansion commerciale et d’emplois », a-t-il ajouté.
La Presse canadienne
1 commentaire
  • Leclerc Éric - Inscrit 27 août 2014 11 h 12

    Burger King est saturation

    Les actionnaires de Burger King seront heureux! Ont achète les Tim Horton parce qu'ils sont en très bonne santé financière et Burger King développera de nouveaux produits dans les Tim.

    Pas de changement de nom, mais de nouvelles idées marketing chez le compétiteur direct de Mc Donald's.