Burger King et Tim Hortons se regroupent

Les actionnaires de Tim Hortons recevront 65,50 $ en liquide et 0,8025 action de la nouvelle compagnie pour chaque action qu’ils détiennent.
Photo: Michael Monnier Le Devoir Les actionnaires de Tim Hortons recevront 65,50 $ en liquide et 0,8025 action de la nouvelle compagnie pour chaque action qu’ils détiennent.

Tim Hortons et Burger King ont confirmé mardi leur regroupement. Les deux compagnies continueront à fonctionner en tant que bannières indépendantes mais formeront ensemble la troisième chaîne de restauration rapide en importance de la planète. Il s'agit d'une transaction de 11, 4 milliards $.

La nouvelle entreprise aura des ventes mondiales d’environ 23 milliards $ US et comptera plus de 18 000 restaurants dans une centaine de pays. Elle sera basée au Canada, ce qui pourrait permettre à Burger King d’alléger son fardeau fiscal.

La ville d’Oakville, en Ontario, demeurera le siège mondial de Tim Hortons, tandis qu’il en ira de même pour Miami et Burger King.

Le regroupement devrait permettre aux deux compagnies de prendre de l’expansion à travers le monde et leur permettre d’offrir une concurrence plus féroce à des géants comme McDonald’s et Starbucks.

 

Les actionnaires de Tim Hortons recevront 65,50 $ en liquide et 0,8025 action de la nouvelle compagnie pour chaque action qu’ils détiennent. Chaque action de Tim Hortons vaudrait donc 89,32 $ en fonction du cours à la clôture du titre de Burger King le 22 août, ou 94,05 $ en fonction du cours à la clôture du 25 août.

 

Le directeur général de Burger King, Daniel Schwartz, conservera son poste dans la nouvelle entité.

L’actionnaire majoritaire à 70 % de Burger King, le fonds brésilien 3G Capital Management, détiendra in fine 51 % du nouvel ensemble, et le reste des actions sera coté à New York et à Toronto.

Berkshire Hathaway, la holding du milliardaire Warren Buffet qui avait racheté l’an dernier les ketchups Heinz avec 3G Capital, va aider à financer l’opération à hauteur de 3 milliards $, mais n’aura pas d’influence sur la gestion de l’entreprise.

«Un des éléments clés de cette transaction est le potentiel d’accélérer de façon significative la croissance internationale de Tim Hortons, comme nous l’avons fait avec Burger King», a expliqué le président exécutif de Burger King et partenaire chez 3G Capital, Alex Behring, lors d’une conférence avec les investisseurs pour discuter de l’entente annoncée mardi.

«En étendant notre modèle de coentreprise de franchises, notre réseau de partenaires mondiaux et la vaste expérience des membres de nos équipes de gestion mondiale de développement mondial, nous ne voyons pas pourquoi nous ne pourrions pas faire connaître le café ’deux crèmes deux sucres’ au reste du monde.»

L’entente a été annoncée à peine plus de 24 heures après que les deux entreprises eurent confirmé tenir des discussions, ce qui a fait décoller leurs actions respectives sur les marchés boursiers.

«Ceci s’aligne clairement à ces objectifs et aux priorités qui ont été identifiées, et nous avons clairement dit que des choses comme les États-Unis représentaient des batailles que nous devions gagner, et nous avons clairement dit que les marchés internationaux représentaient un potentiel non exploité. Cette nouvelle relation va certainement nous permettre de bouger beaucoup plus rapidement en tant qu’organisation regroupée que nous n’aurions pu le faire nous-mêmes», a affirmé le président et chef de la direction de Tim Hortons, Marc Caira.

Tim Hortons a déjà appartenu à une grande chaîne américaine par le passé. Elle a été acquise par la chaîne de restauration rapide Wendy’s International en 1995, avant d’être essaimée en 2006 et inscrite à la Bourse de Toronto.

Aucun grand changement n’est attendu au sein des deux bannières. Lorsque quelqu’un a demandé mardi si l’entente signifiait que Burger King pourrait éventuellement offrir du café Tim Hortons dans ses restaurants, la réponse a été rapide et définitive: «Absolument pas.»

«Il n’y aura pas de mélange dans les produits et il n’y aura pas de comarquage», a affirmé le chef de la direction de Burger King, Daniel Schwartz.

«Le principal élément est la croissance, et la possibilité de transporter sur la scène internationale une marque aussi solide et appréciée.»

Polémique autour de la délocalisation

Une série d’entreprises américaines, en particulier dans le secteur pharmaceutique, ont créé la polémique en achetant récemment des sociétés en Europe avec pour principal objectif une délocalisation dans un pays à la fiscalité moins élevée que les États-Unis. Et Washington n’a pas exclu de légiférer.

Le milliardaire Warren Buffett,  qui avait soutenu dans le passé une initiative pour faire payer plus d’impôts aux très riches Américains, «pourrait s’attirer une tempête de commentaires négatifs pour sa contribution à la fuite de Burger King de l’autre côté de la frontière», relève mardi le site d’analyses 247Wallst.com.

Des appels au boycott aux États-Unis apparaissaient d’ailleurs déjà sur la page Facebook de la chaîne de hamburgers.

Pour les analystes du gestionnaire de fortune Canaccord Genuity, la polémique fiscale représente «le plus grand risque» pour le projet de mariage entre Burger King et Tim Hortons, même s’ils estiment que le gain ne sera finalement pas si important pour Burger King, qui affichait un taux d’imposition effectif de seulement 27,5% en 2013.

Le mariage n’a pas que des avantages fiscaux, souligne la société d’investissement Miller Tabak, évoquant des bénéfices économiques pour les deux fiancés: la fusion permettrait à Tim Hortons d’accéder «à un éventail plus large de partenaires aux États-Unis», tandis que Burger King y gagnerait «un produit compétitif de café pouvant potentiellement être ajouté à plus de 7400 restaurants en Amérique du Nord».

Les experts du gestionnaire de fonds Raymond James soulignent eux aussi que «le petit déjeuner est le segment qui croit le plus vite» actuellement dans le secteur de la restauration rapide, d’où l’intérêt de s’adjoindre une marque reconnue pour son café, un produit qui «fonctionne pour des concurrents clés» comme McDonald’s.

Tim Hortons, marque co-fondée par un joueur de hockey sur glace canadien dans les années 1960, cherche de son côté à se développer à l’international. Le groupe pourrait pour sa part profiter de l’expertise de Burger King, beaucoup plus présent que lui en dehors de l’Amérique du Nord.