Les producteurs de pommes de terre contestent le prix imposé

Croustilles Yum Yum
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Croustilles Yum Yum

Insatisfaits du prix de vente qu’on leur a imposé pour approvisionner le fabricant de croustilles Yum Yum, les producteurs de pommes de terre du Québec contestent les calculs de la Régie des marchés agricoles et alimentaires, a appris Le Devoir. Plus qu’une simple guerre de chiffres, ce dossier pourrait à terme avoir des impacts sur la rentabilité de plusieurs agriculteurs de la province.

 

La Fédération des producteurs de pommes de terre du Québec a déposé la semaine dernière une « demande de correction de décision » au tribunal administratif qui règle les différends entre les producteurs agricoles et les acheteurs, en soutenant que celui-ci a appuyé sa décision sur des chiffres erronés.

 

Le mois dernier, l’organisme de régulation économique a penché du côté de Yum Yum en lui accordant une baisse de prix de 9 % pour la récolte 2014-2015 et un gel pour la récolte 2015-2016. L’entreprise réclamait une diminution de 13 %, tandis que les producteurs souhaitaient que les prix demeurent à 13,65 $ pour 100 lb, comme cela était prévu dans la dernière entente négociée entre les deux parties.

 

Pour trancher, la Régie a comparé l’évolution des coûts de production des exploitants agricoles entre 2008 et 2012 (11,4 %) avec l’augmentation des prix payés par Yum Yum lors de la même période (20,4 %). Elle a décidé de traduire l’écart de 9 % en réduction de prix.

 

En faisant ses propres calculs, la Fédération des producteurs juge pourtant que la Régie a fait erreur. Celle-ci aurait mesuré l’évolution des prix sur une plus longue période que ce qu’indique le jugement, ce qui fausserait le résultat. La baisse des prix devrait plutôt être de 6,8 %, estime la Fédération.

 

L’écart de trente cents entre la décision de la Régie et ce second calcul est « majeur », affirme l’économiste de la Fédération des producteurs de pommes de terre du Québec, Annie Berger. Au terme d’une année, il pourrait représenter plusieurs dizaines de milliers de dollars répartis parmi la dizaine de producteurs qui approvisionnent actuellement Yum Yum, dit-elle.

 

Il n’a pas été possible d’obtenir lundi des précisions de la part de la Régie des marchés agricoles et alimentaires ou encore les commentaires de Yum Yum.

 

Impact important

 

La Régie devrait décider au cours des prochaines semaines si la demande de correction est recevable ou non. En cas de refus, la Fédération pourrait porter l’ensemble de la décision en appel.

 

« La baisse de prix [accordée] représente quelque chose d’important pour les producteurs. Certains d’entre eux se demandent si, à ce prix-là, ils vont continuer à produire pour [Yum Yum] », souligne Mme Berger.

 

L’issue du bras de fer actuel entre les producteurs de pommes de terre et Yum Yum pourrait avoir des impacts qui dépassent largement le cadre de l’entente actuellement négociée.

 

La baisse de prix consentie par la Régie pourrait « déstructurer le marché de tout l’Est du Canada », avait déclaré le directeur général de la Fédération des producteurs de pommes de terre du Québec, Clément Lalancette, lors d’une entrevue accordée à la fin du mois de juillet à La Terre de chez nous, un hebdomadaire spécialisé dans la couverture du monde agricole. « Ça envoie un signal aux autres grands producteurs de croustilles qui seront à leur tour tentés de couper les prix », avait-il ajouté. M. Lalancette n’était pas disponible pour commenter le dossier lundi.

 

« Ça crée un précédent », admet quant à elle Annie Berger, d’autant plus que la convention de mise en marché conclue avec le géant Frito-Lay, qui fabrique notamment les croustilles Lay’s, arrive à échéance l’an prochain.

 

Frito-Lay et Yum Yum se partagent le marché québécois de la croustille, mais sont également en concurrence avec Old Dutch, établie au Nouveau-Brunswick, au Manitoba et en Alberta. Cette dernière a fermé son usine de Lachine l’an dernier en faveur de ses installations plus modernes du Nouveau-Brunswick, « où le prix de la pomme de terre est moins élevé qu’au Québec », indique la Régie dans sa décision concernant Yum Yum.