Les activités de Desjardins au Nunavik sont déficitaires

Jeunes enfants inuits dans le Nunavik. Seront-ils de futurs clients du Mouvement Desjardins ? L’âge médian pour l’ensemble du Nunavik est de 22,8 ans.
Photo: Joëlle Tougas Jeunes enfants inuits dans le Nunavik. Seront-ils de futurs clients du Mouvement Desjardins ? L’âge médian pour l’ensemble du Nunavik est de 22,8 ans.

Six ans après son atterrissage au Nunavik pour y desservir les 14 villages inuits, le Mouvement Desjardins affirme qu’il ne couvre pas ses frais de fonctionnement et consulte Québec au sujet des façons d’y poursuivre sa présence.

 

Les activités au Nunavik, dans des villages comme Kuujjuaq, Inukjuak et Salluit, découlent d’une alliance entre la Caisse d’économie solidaire Desjardins et la Coopérative des services financiers du Nunavik.

 

Le réseau compte environ 4400 membres, y compris plus de 70 organisations, qui se rendent à des points de service ou dans des magasins généraux.

 

Le Registre des lobbyistes du Québec montre que le Mouvement Desjardins a ajouté lundi un mandat selon lequel l’établissement veut « convenir de moyens financiers ou autres [programme et montant du financement inconnus], permettant au Mouvement Desjardins de poursuivre ses activités bancaires, actuellement déficitaires, auprès des communautés inuites du nord du Québec ».

 

Les titulaires de charges visés par les représentants du Mouvement Desjardins se trouvent au ministère du Conseil exécutif, l’instance d’appui au Conseil des ministres, dont un des rôles est d’assurer une « relation harmonieuse avec les communautés autochtones ».

 

« Les seuls services qui sont offerts sont des services de base aux particuliers, qui malheureusement ne sont pas rentables pour la Caisse »,a dit hier un porte-parole du Mouvement Desjardins, André Chapleau.

 

Pas de commentaires

 

M. Chapleau a ajouté que les rencontres avec Québec visent à « explorer différentes solutions qui permettraient de maintenir notre présence au Nunavik ».

 

Invité à dire ce qui arriverait si les discussions n’étaient pas fructueuses, M. Chapleau a répondu que la « question est relativement hypothétique » et qu’il ne souhaitait pas s’« aventurer là-dessus car les discussions sont en cours ».

 

« Il y a beaucoup d’organisations, dont des entreprises par exemple, qui ne font pas affaire avec la Caisse,a ajouté M. Chapleau.

 

«Si ces entreprises ou ces administrations locales confiaient leurs affaires à la Caisse, comme des prêts commerciaux ou du financement, ça aiderait à générer une certaine rentabilité minimale pour faciliter le maintien des services aux particuliers, ce qu’on vise d’abord

 

et avant tout. […] On ne veut pas une rentabilité à 20 % nécessairement, mais on veut au moins s’assurer de couvrir nos frais. »

 

Les 14 communautés en question comptent environ 10 000 personnes. Le plus gros village est celui de Kuujjuaq, dont la population est de près de 2000 habitants. L’âge médian pour l’ensemble du Nunavik est de 22,8 ans.

 

« Immense chantier »

 

En 2008, un haut responsable de la Caisse d’économie solidaire avait indiqué à La Presse canadienne que le lancement représentait « un immense chantier d’éducation : l’épargne n’est pas une réalité pour l’instant dans le Nord ».

 

Un rapport d’Option-Consommateurs en 2007 a signalé que la seule institution financière présente au Nunavik, à l’époque, était la CIBC. Encore aujourd’hui, elle est située à Kuujjuaq.

 

« Il n’y a pas que la distance qui pose problème,écrit alors la chercheuse Maryse Guénette. Certains autochtones, parce qu’ils ne sont pas familiers avec les services offerts par les institutions financières, ne voient pas d’avantages à avoir un compte de banque. » Non seulement une partie de la population ne parle pas anglais, mais les gens qui le parlent ne le maîtrisent pas nécessairement, ajoute-t-elle.