L’Argentine dénonce «l’extorsion judiciaire» des fonds vautours

Cristina Fernández, présidente de l’Argentine
Photo: Victor R. Calvano Associated Press Cristina Fernández, présidente de l’Argentine

Le gouvernement argentin a affirmé vendredi être victime d’une « extorsion judiciaire » de la part de fonds spéculatifs américains et a affirmé qu’il continuerait de rembourser ses échéances de dettes restructurées malgré la décision d’un juge new-yorkais de bloquer ces paiements.

 

« Le jugement de [Thomas] Griesa est une extorsion judiciaire », a dénoncé le ministre de l’Économie Axel Kicillof à l’occasion d’une réunion des ministres des Finances de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) à Buenos Aires.

 

M. Kicillof faisait référence à une décision de ce magistrat new-yorkais contraignant Buenos Aires à verser simultanément 1,33 milliard de dollars à deux fonds spéculatifs en même temps qu’elle remboursera une partie de sa dette restructurée arrivant à échéance le 30 juillet. Selon le ministre, ces deux « fonds vautours » demandent la saisie conservatoire de 900 actifs argentins, parmi lesquels une frégate de la marine, les réserves de la Banque centrale, des satellites et mêmes des ambassades.

 

« Dites-moi si la volonté de saisir l’ambassade d’Argentine à Washington n’est pas une volonté d’extorquer le pays ? », a lancé M. Kicillof à ses homologues.

 

Le ministre a affirmé que dans son pays « personne ne voulait d’un défaut de paiement. Nous sommes disposer à dialoguer, mais nous n’accepterons pas l’extorsion », a-t-il martelé, alors que des négociations se déroulent à New York entre des représentants du gouvernement et des fonds concernés, sous l’égide d’un médiateur judiciaire.

 

L’Argentine a transféré le 26 juin des fonds sur des comptes de banques étrangères correspondant au remboursement d’échéances de dette venant à terme le 30 juillet. Mais le juge Griesa a bloqué ces fonds. Si les créanciers n’étaient pas payé mercredi, l’Argentine pourrait entrer en défaut de paiement. Malgré cette mesure judiciaire, l’Argentine continuera de payer ses créanciers ayant accepté une restructuration de dette, dont la prochaine échéance interviendra en septembre.

 

L’Argentine a jusqu’à mercredi pour commencer à rembourser les fonds spéculatifs NML et Aurelius qui ont refusé toute renégociation de leur dette après la faillite du pays en 2001 et qui ont obtenu gain de cause devant la justice américaine.

 

Mais si l’Argentine signait ce chèque de 1,33 milliard de dollars à ces fonds, les détenteurs de titres de dette argentine émis à New-York ayant refusé toute restructuration de leurs créances pourraient également entamer une procédure judiciaire. Le montant de la facture pour la troisième économie d’Amérique latine pourrait alors dépasser 10 milliards de dollars.

  

«Coût considérable» d’un défaut de paiement

 

Jeudi, le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, a estimé que le coût d’un défaut de paiement serait considérable pour l’Argentine, aux prises avec les fonds « vautours », mais aussi pour le système financier dans son ensemble.
 

« Si l’Argentine va jusqu’au défaut, cela pourrait avoir des coûts considérables [pour le pays] principalement en le privant d’accès aux marchés financiers pendant un certain temps », a déclaré M. Blanchard lors d’une conférence de presse sur les projections économiques du Fonds monétaire international.

 

Si une solution n’est pas trouvée à temps, le remboursement par Buenos Aires de ses autres créanciers pourrait être bloquée par la justice, conduisant mécaniquement à un défaut de paiement partiel et technique. Mardi, le juge américain a estimé qu’un défaut serait « la pire des choses » tandis que l’avocat de l’Argentine assurait que le délai était trop court pour régler à temps une question aussi complexe. Selon M. Blanchard, un défaut argentin aurait également un coût pour l’ensemble du système financier en créant une incertitude sur la possibilité future de restructurer la dette d’autres pays en difficultés.

 

Les opérations d’allégement de dette publique, comme celle ayant eu lieu en Grèce en 2012, nécessitent la coopération des créanciers qui doivent accepter d’essuyer une perte financière souvent substantielle afin de redonner un peu d’oxygène au pays. « Nous avons besoin de mécanismes de résolution qui fonctionnent bien quand des pays sont en difficulté », a assuré M. Blanchard, ajoutant que le cas argentin pourrait être le déclencheur d’une réflexion pour améliorer le système existant.

 

Une proposition de mécanisme international sur la faillite des États avait été portée en 2003 par le FMI mais avait finalement été abandonnée sous la pression des États-Unis et des grands pays émergents.