Un contexte marqué par la vigilance

Paul Taylor
Photo: Source Banque de Montréal Paul Taylor

La présidente de la Fed qui évoque le besoin d’être prudent et de poursuivre les stimulants, la Banque du Canada qui abaisse sa prévision de croissance pour 2014, l’Europe qui s’interroge sur les façons d’inciter ses membres à atteindre des objectifs concrets : pour les banques centrales et les grands établissements, l’heure est à la vigilance.

 

« Le principal risque, c’est que ça ne fonctionne pas », a dit Paul Taylor, chef des placements pour la répartition d’actifs à la Banque de Montréal. « Ce risque, c’est que, même s’il y a eu beaucoup d’interventions de la part des banques centrales du monde, nous n’atteignions pas l’élan suffisant pour redonner de la vitesse à l’économie. »

 

Plusieurs observateurs s’interrogent sur le visage réel de l’économie américaine, principal partenaire commercial du Canada. Elle a réalisé au premier trimestre une performance négative de 2,9 % (projetée sur 12 mois) en raison notamment des dépenses de consommation plus faibles que prévu.

 

Les chiffres du deuxième trimestre 2014 ne seront connus que le 30 juillet, mais beaucoup de prévisionnistes entrevoient un rebond : Barclays, par exemple, s’attend à une croissance de 2,7 %. À la TD, l’équipe d’économistes a récemment estimé que « la reprise est intacte » mais qu’« une autre année de croissance inférieure à 2 % semble probable ».

 

« Au moment où la Fed retire graduellement son soutien, la question c’est « Croyez-vous davantage au premier trimestre ou au deuxième ? » »,a dit M. Taylor, dont l’analyse et les décisions au groupe BMO affectent plusieurs classes d’actifs (actions, obligations) dans les activités de fonds communs, de gestion privée, etc. Sur les 12 prochains mois, il s’attend à une croissance de 2,5 % du produit intérieur brut américain. L’économie canadienne pourrait croître de 2,25 % sur la même période. « Le consommateur canadien est plus endetté que celui aux États-Unis », dit M. Taylor.

 

Lors d’une sortie fort attendue hier matin, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a reconnu que les « déceptions successives » portant sur l’économie mondiale forcent l’établissement à se pencher depuis des années sur les risques à la baisse.

 

« Nous prévoyons que la croissance du PIB réel s’établira en moyenne autour de 2,25 % de 2014 à 2016 », a ajouté M. Poloz. Mais l’atteinte de ce que la Banque appelle le « plein régime » pourrait ne survenir qu’au milieu de 2016, « soit un peu plus tard qu’escompté en avril ».

 

En 2013, le PIB canadien a crû de 2 %. Celui du Québec a enregistré une croissance de 1,1 % et celui de l’Ontario, de 1,2 %, alors que des provinces plus axées sur le secteur énergétique, l’Alberta et la Saskatchewan, ont affiché des gains de 3,9 % et de 4,8 % respectivement.

De manière générale, l’économie canadienne n’a pas l’élan qu’elle devrait afficher, selon M. Taylor, selon lequel plusieurs facteurs jouent un rôle, comme le taux de chômage et la productivité des entreprises.

 

Entre-temps, les marchés boursiers continuent d’atteindre des sommets. Alors que le S P 500 a regagné l’an dernier tout ce qu’il avait perdu dans la foulée de la crise financière de 2008-2009, il a ajouté un autre gain de 18 % depuis l’été 2013. De son côté, la Bourse de Toronto a grimpé de 22 % depuis un an, terminant la séance d’hier à 15 226 points.

 

La présidente de la Fed, Janet Yellen, s’est permis d’affirmer mardi que certains secteurs d’investissement sont passablement surévalués, comme celui des petites sociétés qui exploitent des réseaux sociaux et celui de la biotechnologie.

 

Par exemple, l’action du réseau Yelp, pour ne nommer que celui-là, tourne autour de 70 $ même si l’entreprise est déficitaire depuis des années. Il y a deux ans, elle était à 12 $.

 

Certains se demandent si le tournant, pour les marchés en général, n’est pas à nos portes. Jusqu’où l’ascension va-t-elle aller avant que ne survienne le mouvement inverse ? « Nous voyons le TSX dans la fourchette supérieure d’ici 12 mois. Le marché ne va pas changer de direction pour le simple fait de changer de direction,dit Paul Taylor. Il y aurait une raison. Nous prévoyons quand même une amélioration des bénéfices des entreprises, d’autant plus qu’il n’y a pas tellement de solutions de rechange au marché boursier dans le contexte actuel [comme le marché obligataire]. »