Citigroup paie 7 milliards de dollars pour solder un litige immobilier

Eric Holder, ministre américain de la Justice, lundi à Washington. « Les activités de Citigroup ont beaucoup contribué à la crise financière », a-t-il soutenu. Le ministre avait été critiqué pour n’avoir épinglé jusqu’ici aucun grand banquier de Wall Street.
Photo: Pablo Martinez Monsivais Associated Press Eric Holder, ministre américain de la Justice, lundi à Washington. « Les activités de Citigroup ont beaucoup contribué à la crise financière », a-t-il soutenu. Le ministre avait été critiqué pour n’avoir épinglé jusqu’ici aucun grand banquier de Wall Street.

Après des mois de négociations tendues, la banque américaine Citigroup a annoncé lundi avoir accepté de payer 7 milliards de dollars pour solder des errements passés dans le secteur immobilier.

 

Cet accord, qui intervient quelques jours après une amende de 8,9 milliards infligée à la banque française BNP Paribas, a affecté lourdement ses résultats trimestriels (-3,8 milliards avant impôts). Citigroup a en effet enregistré un plongeon de 96 % de son bénéfice net au deuxième trimestre, ressorti à 181 millions.

 

Dans le détail, la banque versera 4,5 milliards en liquide au département de la Justice, tandis que 500 millions iront à l’agence américaine de garantie des dépôts bancaires, la FDIC, et à plusieurs États américains (Californie, Massachusetts…) qui étaient associés au dossier. Les 2,5 milliards restants serviront à dédommager les clients américains sous différentes formes, dont une réduction de prêts immobiliers et d’autres aides pour des travaux liés à l’immobilier.

 

Longues négociations

 

Il est reproché à Citigroup d’avoir commercialisé entre 2003 et 2008 des placements adossés à des crédits immobiliers fragiles qui ont généré des milliards de pertes pour les investisseurs qui les ont achetés.

 

« L’accord annoncé aujourd’hui avec le département de la Justice, des procureurs et la FDIC résout tous nos litiges en cours sur la titrisation de prêts immobiliers RMBS (Residential Mortgage-Backed Securities, ndlr) et les CDO (titres dérivés adossés à des crédits immobiliers, ndlr) », a commenté le directeur général Michael Corbat. « Nous pensons que cet accord est dans l’intérêt des actionnaires et qu’il nous permet de nous tourner vers l’avenir », a-t-il poursuivi. À Wall Street, l’action grimpait de 3,8 % à 48,74 $US dans les premiers échanges, la communauté financière exprimant son soulagement en découvrant que la banque était malgré tout bénéficiaire.

 

Cet arrangement à l’amiable clôture plusieurs mois de négociations tendues entre la banque et les autorités américaines qui avaient menacé un temps Citigroup de poursuites pénales.

 

La banque avait en effet entamé les négociations en proposant de payer 363 millions alors que le Département de la Justice en réclamait 12 milliards.

 

Pour des faits similaires, mais de plus grande ampleur, JPMorgan Chase avait accepté l’an dernier de verser 13 milliards pour échapper aux poursuites.

 

Toujours pour les mêmes faits, Bank of America (BofA) est pour sa part engagée dans des négociations très serrées avec les autorités américaines, qui lui réclament près de 17 milliards, selon la presse américaine.

 

Accords

 

Citigroup a vendu pour 3,5 milliards de dollars de ces produits complexes, JPMorgan environ pour 33 milliards et BofA pour 57 milliards, selon la FHFA, le régulateur des prêts hypothécaires.

 

Ces accords s’inscrivent dans le cadre d’une vaste investigation sur les pratiques des banques américaines à l’origine de la crise financière, lancée en 2012 par le ministère américain de la Justice en collaboration avec des procureurs des Etats. Plus d’une dizaine d’établissements ont payé depuis plus de 80 milliards en pénalités financières diverses.

 

Citigroup, qui connaît un premier semestre difficile, n’en a pas pour autant terminé avec les autorités américaines.

 

La banque est l’objet d’enquêtes de la part du gendarme de la Bourse, la SEC, et du Département de la Justice, pour deux cas de fraude découverts au sein de sa filiale mexicaine, Banamex.

 

Dans les deux cas, Banamex a prêté à deux entreprises locales de l’argent qui était censé financer des créances auprès du groupe d’État Pemex.

 

Mais il s’est avéré que le gouvernement mexicain avait cessé de leur accorder de nouveaux contrats.

 

Le coût de cette fraude, évaluée à 235 millions, avait contraint Citigroup à réviser ses comptes annuels 2013 en baisse.

 

Fin mars, c’est la Réserve fédérale qui lui a infligé un camouflet en rejetant ses projets d’utilisation de ses liquidités, invoquant une solidité financière insuffisante pour distribuer un dividende aux actionnaires.

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