La croissance ralentit dans les pays émergents

L’année 2014 ne sera pas faste pour les pays en développement, qui devraient perdre un demi-point de croissance et voir leur PIB progresser de seulement 4,8 %. Tel est l’un des principaux enseignements du rapport semestriel de la Banque mondiale sur les perspectives économiques mondiales.

 

Malgré le coup de froid sur la croissance américaine au premier trimestre, l’économie des pays à revenu élevé se redresse, y compris dans la zone euro. Après un début d’année poussif, le rythme d’expansion de l’économie mondiale s’accélérerait tout au long de 2014 pour atteindre 2,8 %, puis 3,4 % en 2015 et 3,5 % en 2016. Les pays à revenu élevé, précise l’institution, seront à l’origine de près de la moitié de la croissance mondiale en 2015 et en 2016, contre moins de 40 % en 2013.

 

Ces prévisions sont en ligne avec les données diffusées mardi 10 juin par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ses indicateurs composites avancés mensuels, utilisés pour anticiper les points de retournement de l’activité, confirment le ralentissement économique dans les grands pays émergents et la stabilité de la dynamique de croissance dans les pays dits avancés.

 

L’indicateur global pour la zone OCDE est stable, à 100,6 (le seuil de 100 correspond à la tendance de long terme de l’activité). La Chine est stable, à 98,6, mais le Brésil et la Russie reculent de 0,1 point, à 98,5 et 99,2 respectivement. Ces niveaux signalent une croissance inférieure à la tendance de long terme. La révision à la baisse des projections économiques dans les pays en développement, explique Andrew Burns, l’un des principaux auteurs du rapport de la Banque mondiale, est imputable à des événements qui, pour certains d’entre eux, appartiennent au passé, comme les troubles politiques en Thaïlande, les intempéries aux États-Unis, la crise en Ukraine.

 

L’avenir se présente sous de meilleurs auspices : la croissance des pays en développement se raffermirait en 2015, pour atteindre 5,4 % en 2015 et 5,5 % en 2016. La Chine afficherait une croissance de 7,6 % cette année et de 7,4 % en 2015. Un atterrissage plus brutal de l’économie chinoise, prévient la Banque mondiale, aurait des répercussions dans toute l’Asie.

 

Goulets d’étranglement

 

Les pays riches se portent mieux. Leur PIB progresserait de 1,9 % en 2014, de 2,4 % en 2015 et de 2,5 % en 2016. L’accélération de leur croissance donnerait une forte impulsion aux pays en développement en accroissant la demande mondiale de 6300 milliards de dollars au cours des trois prochaines années, soit un montant supérieur à la contribution attendue des pays plus pauvres. « Les marchés restent toutefois nerveux et il n’est pas exclu que nous connaissions des épisodes de volatilité financière du même genre que ceux du printemps 2013 ou du début de 2014 », observe M. Burns.

 

Raisonnablement optimiste pour une zone euro qui se redresse lentement (+1,1 %) et pour le Japon (+1,3 % en 2014 et 2015, +1,5 % en 2016), l’économiste s’interroge sur les performances américaines : « La progression du PIB que nous attendions aux États-Unis ne s’est jamais réalisée aussi fortement que nous l’avons pensé. Elle n’a pas pu rester au-delà des 3 %, ce qui pose la question du niveau de la croissance potentielle et de la productivité américaines. » L’organisation internationale a revu à la baisse sa prévision pour les États-Unis : 2,1 % de croissance en 2014, au lieu des 2,8 % initialement prévus.

 

La Banque mondiale insiste par ailleurs sur la dégradation des finances publiques dans les pays en développement depuis 2007. Dans presque la moitié d’entre eux, écrit-elle, les déficits publics sont supérieurs à 3 % du PIB, et les ratios de la dette publique au PIB ont augmenté de plus de dix points de pourcentage. L’Afrique du Sud, le Ghana, l’Inde, le Kenya et la Malaisie sont invités à « resserrer leur politique budgétaire ».

 

La Banque estime nécessaire de relancer les réformes structurelles dans les pays en développement dont l’économie est pénalisée par les goulets d’étranglement existant dans le domaine de l’énergie et des infrastructures. Le Brésil, dont la croissance serait limitée à 1,5 % en 2014, en est un bon exemple.

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