Ottawa donne encore un coup de pouce aux petits joueurs

La vente aux enchères portera sur la bande des SSFE-3 (pour services sans fil évolués).
Photo: Annik MH De Carufel Archives Le Devoir La vente aux enchères portera sur la bande des SSFE-3 (pour services sans fil évolués).

Bell Canada s’est indignée lundi contre la décision fédérale de procéder à une nouvelle enchère de spectre en réservant 60 % du bloc aux « nouveaux joueurs » de l’industrie sans fil.

Ottawa tient mordicus à son rêve d’un quatrième joueur capable de jouer du coude avec les grands titulaires que sont Bell, Rogers et Telus et la mise de côté d’une partie du spectre s’inscrit dans une longue série de gestes visant à stimuler la concurrence.

La vente aux enchères portera sur la bande des SSFE-3 (pour services sans fil évolués), dont les signaux sont considérés de bonne qualité, car ils voyagent aisément en milieu urbain densément construit de même qu’en milieu rural.

Industrie Canada a indiqué qu’un bloc de 30 MHz — sur 50 MHz — serait réservé aux « entreprises de services sans fil détenant moins de 10 % du marché national et moins de 20 % du marché provincial/territorial des abonnés de services sans fil ». Par ailleurs, il y aura des restrictions « strictes » sur le transfert du spectre d’une entreprise à une autre.

L’opération survient dans un contexte marqué par le désir de Québecor d’étendre ses services sans fil hors Québec et par le fait que deux nouveaux joueurs, WIND Mobile et Mobilicity, poursuivent leurs efforts pour se tailler une place.

« Bell a toujours demandé que les règles du jeu soient justes et équitables pour tous dans l’industrie du sans-fil. Nous sommes favorables à la concurrence, mais tous les joueurs, nouveaux ou d’expérience, devraient se conformer aux mêmes règles », a écrit l’entreprise dans un courriel envoyé par une relationniste.

« Le spectre constitue une ressource publique nationale appartenant aux contribuables qui ne devrait pas être offerte à prix d’ami à certaines entreprises », a ajouté Bell.
Québecor ne faisait pas de commentaire lundi, préférant d’abord effectuer une analyse du projet proposé par Ottawa.

« Ottawa a peu d’outils à sa disposition », selon Iain Grant, analyste au groupe SeaBoard. Dans ces outils, ajoute-t-il, il y a la mise de côté de spectre pour les plus petits joueurs. Il ajoute que la décision éventuelle du CRTC concernant les frais d’itinérance, attendue à l’automne, pourrait elle aussi stimuler la concurrence.

WIND Mobile ravie

Le chef de la direction de WIND Mobile, pour sa part, a salué la décision d’Ottawa. « Les Canadiens paient trop cher pour des services sans fil qui sont à la traîne du reste du monde, et seule une concurrence accrue va améliorer ça. Les alternatives comme WIND ont besoin de spectre supplémentaire pour grandir et fleurir », a affirmé Anthony Lacavera dans un communiqué.

Le geste posé par Ottawa est une « preuve » de son désir de stimuler la concurrence, selon M. Lacavera.

Lors de la vente aux enchères organisée l’hiver dernier, WIND Mobile a retiré sa participation au dernier moment pour des raisons financières. Son bailleur de fonds est le groupe russe VimpelCom. Il y a trois semaines lors d’une conférence du monde des télécommunications, M. Lacavera a dit que son entreprise est sur le point d’enregistrer un bénéfice.

La vente aux enchères annoncée lundi matin aura même lieu avant celle portant sur la bande de 2500 MHz, déjà annoncée et prévue en avril 2015.

« À la suite de l’annonce d’aujourd’hui, les nouveaux venus déjà en activité pourront acquérir du nouveau spectre précieux et élargir la portée de leurs réseaux afin d’offrir des services rapides et fiables aux Canadiens, a dit le ministre James Moore. Dans la même perspective que lors des enchères des bandes de 700 MHz et 2500 MHz, les règles encadrant ces enchères favoriseront la concurrence dans le marché du sans-fil et placeront les intérêts des consommateurs d’abord. »

Québecor a acheté des blocs de spectre en Alberta, en Colombie-Britannique et en Ontario lors de la vente aux enchères organisée à l’hiver 2014. L’entreprise a confirmé tout récemment qu’elle cherche des partenaires stratégiques et financiers pour y déployer ses services sans fil.

Le nouveau président de Québecor n’a pas exclu, non plus, de faire l’acquisition des nouveaux joueurs qui ont connu des difficultés depuis leur lancement en 2009. Pierre Dion faisait référence à Mobilicity et WIND Mobile.

 

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