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Au Québec, le choc économique a frappé après la guerre

Le 11e Bataillon du régiment de Valcartier, près de Québec, en pleine inspection de son équipement, en septembre 1914.
Photo: Archives du Canada Le 11e Bataillon du régiment de Valcartier, près de Québec, en pleine inspection de son équipement, en septembre 1914.

La Première Guerre mondiale a été un cadeau empoisonné pour l’économie du Québec, alors en plein bouillonnement, mais n’a pas eu l’impact d’une autre sorte de catastrophe qui allait survenir une dizaine d’années plus tard.

 

Lorsque la Grande Guerre éclate, en 1914, le Québec et le Canada viennent d’entrer en récession économique au terme d’une quinzaine d’années marquées, comme dans la plupart des pays industrialisés, par une période de croissance et de transformation sans précédent. Elle-même précédée par presque trois décennies de morosité économique, cette période d’euphorie avait notamment été portée au Canada par la mise en valeur des provinces de l’Ouest, la construction ferroviaire et la formidable poussée de l’industrie manufacturière ontarienne et québécoise, de plus en plus tournée vers les États-Unis. Au Québec, cela s’était accompagné d’une accélération du processus d’urbanisation, de la montée d’une élite économique francophone, de la contestation grandissante des conditions de vie d’une majorité de travailleurs, ainsi que de l’affirmation de Montréal comme métropole économique du Canada avec 600 000 habitants.

  

Une « bonne guerre » ?

 

« La guerre forcera une brutale conversion industrielle vers la production d’armements, d’équipements, mais aussi de produits agricoles destinés aux armées en Europe, explique l’historien Carl Pépin, dont la thèse de doctorat récemment publiée porte sur cette période. La demande bondit. Le marché du travail passe presque instantanément d’un taux de chômage de plus de 10 % à presque le plein-emploi. » Les salaires augmentent, mais les prix augmentent encore plus vite.

 

Pour répondre à la demande et compenser l’absence des hommes partis à la guerre, les entreprises ont plus recours à la main-d’oeuvre féminine de même qu’à celle des enfants. Dans le cas des femmes, ce n’est pas une nouveauté. Elles étaient déjà bien présentes dans le secteur manufacturier, notamment dans le vêtement, le textile et la chaussure. À la fin de la guerre, elles représentent le quart de la main-d’oeuvre active et le tiers dans le secteur manufacturier.

 

C’est aussi le moment où Ottawa de même que plusieurs provinces, à l’exception du Québec, accordent le droit de vote aux femmes. Dans le cas du gouvernement fédéral, ce droit est d’abord réservé aux conjointes, aux mères et aux soeurs des soldats partis au front et vise clairement à faire pencher la balance en faveur du gouvernement et de son projet de conscription aux élections de 1917.

 

Habitué, jusque-là, à prendre peu de place en la matière, l’État essaie maladroitement de se donner une politique économique afin de répondre aux besoins de l’effort de guerre, dit l’historien de l’Université de Montréal Jacques Rouillard. Pour faire face à l’explosion de ses dépenses, Ottawa met en place, en 1917, un impôt sur le revenu des particuliers, de même que sur les profits des entreprises, qui devait être temporaire mais qui restera après la fin de la guerre en raison du poids écrasant de la dette.

 

Difficile retour à la normale

 

Aux prises avec une inflation galopante et n’ayant pas planifié le retour à une économie de paix, le Canada replonge en récession aussitôt la guerre terminée, dit Carl Pépin. La crise durera de 1920 à 1922 et frappera aussi bien les villes que les campagnes.

 

On assiste à une montée de la contestation sociale portée par des syndicats dont le nombre de membres a doublé entre 1915 et 1919 (de 50 000 à 100 000) et s’élève à 17,4 % de la main-d’oeuvre en 1921. « En 1919, il y a une centaine de grèves et 753 000 jours de travail perdus au Québec, dit Jacques Rouillard. Ce record ne sera pas battu avant 1966 et les grèves du secteur public et parapublic. »

 

La trajectoire suivie par la société québécoise à cette époque est très similaire à celle du reste du Canada, et même à celle des États-Unis. Son économie finira par retrouver son élan au cours des années 20 jusqu’à ce que lui tombe sur la tête la Grande Dépression. « La crise des années 30 sera le moment où les gouvernements au Canada amorceront leur grand virage vers des politiques économiques beaucoup plus interventionnistes et les grandes politiques sociales, note l’historien de l’Université de Montréal. La guerre de 14-18 n’a pas provoqué de changement de la même ampleur. Elle a plutôt marqué une accélération d’un processus d’industrialisation et de transformation sociale qui était en cours depuis la fin du siècle précédent. »

La guerre forcera une brutale conversion industrielle vers la production d’armements, d’équipements, mais aussi de produits agricoles destinés aux armées en Europe

1 commentaire
  • Michel Proulx - Inscrit 14 juin 2014 23 h 30

    Récession, reprise, surabondance, crise, récession, guerre

    Le Canada et le Québec n'y échappent pas. C'est le développement du capitalisme sauvage de l'économie marchande vers un capitalisme des monopoles où l'économie marchande disparait au profil des conglomérats, des monopoles, tout celà avec ses crises économiques périodiques.

    Les monopoles ont soif de ressources, la division du monde avec ses colonies (Angleterre, France, Espagne) d'avant 1914, est un obstacle majeur pour le développment des monopoles allemands, pour le développement et le renforcement du capitalisme allemand d'où il est impératif de redistribuer les colonies... que les colonies changent de maître.

    On connait la suite.

    Même répétition 20 ans plus tard!