La «discipline budgétaire» est la seule voie pour le Québec, affirme Couillard

De gauche à droite, Paul Desmarais fils, président du conseil et cochef de la direction de Power Corporation, Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international (FMI), Phillipe Couillard, premier ministre du Québec, et Angel Gurría, secrétaire général de l’Organisation et de coopération et de développement économiques (OCDE).
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir De gauche à droite, Paul Desmarais fils, président du conseil et cochef de la direction de Power Corporation, Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international (FMI), Phillipe Couillard, premier ministre du Québec, et Angel Gurría, secrétaire général de l’Organisation et de coopération et de développement économiques (OCDE).

Le Québec n’a plus le choix, scande le premier ministre Philippe Couillard. Pour financer à long terme ses programmes sociaux « développés à crédit », il doit absolument s’engager sur la voie de la « discipline budgétaire ».

 

« Des politiques sociales à crédit, au-delà de nos moyens réels, n’ont que l’apparence du progressisme », a lancé M. Couillard lundi midi devant plusieurs centaines d’acteurs économiques internationaux réunis pour l’ouverture de la 20e Conférence de Montréal. Brossant un portrait plutôt sombre du contexte économique mondial, il a pour la première fois détaillé l’idéologie politique sur laquelle s’appuie le premier budget que son gouvernement a déposé mercredi dernier. Celui-ci prévoit une croissance des dépenses limitée à 1,8 % cette année et à 0,7 % l’an prochain, un régime minceur qui devrait permettre d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016.

 

« Nos économies doivent faire face à la dissonance croissante entre leurs ambitions et leurs moyens réels, aux changements démographiques, à une dette croissant plus vite que la prospérité. C’est Thomas Hobbes qui disait qu’un État doit détruire sa dette avant qu’elle ne le détruise », a fait valoir le premier ministre, soulignant que la dette du Québec équivaut à 54 % de son PIB, « la plus lourde du pays ».

 

Selon lui, trois chiffres résument la situation économique actuelle de la province : elle représente 23 % de la population canadienne, 20 % de la croissance économique du pays et 27 % des dépenses provinciales. C’est à cette dernière statistique que son gouvernement entend s’attaquer.

 

« Un gouvernement, peu importe l’étendue de sa juridiction, doit vivre selon l’étendue de ses moyens pour répondre aux besoins de la population, a-t-il dit. Des finances publiques chroniquement déséquilibrées et un endettement excessif menacent notre solidarité encore plus sûrement que bien des idéologies. »

 

Préférant parler de « discipline budgétaire » plutôt que d’austérité, le chef libéral a précisé lors d’un point de presse que le remède de cheval qu’il a l’intention d’administrer à l’État québécois constitue un mal nécessaire. « Pourquoi faisons-nous cela ? Certainement pas pour la simple ambition de faire des exercices budgétaires comptables. On veut redonner au Québec la liberté de choix et d’agir, pour notre génération et celles à venir, de sorte qu’on puisse soutenir nos programmes de santé, d’éducation et de solidarité. »

 

Pour relever les défis économiques du moment, M. Couillard a affirmé que la rigueur budgétaire doit être accompagnée de « réformes structurelles » et de « mesures favorisant la croissance ». « L’ensemble des économies de la planète, et surtout celles comme la nôtre, sont dans le même bain. Il s’agit de conjuguer la redéfinition du périmètre de l’État, de la fiscalité, et de permettre non seulement la discipline budgétaire, qui est indispensable, mais également la croissance et la création d’emplois. »

 

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, qui a succédé à M. Couillard sur scène, a ouvertement appuyé cette stratégie. « Est-ce que l’austérité est compatible avec la croissance ? Nous le croyons, a-t-elle soutenu. L’enjeu est de trouver le bon équilibre et le bon rythme. » Un rapport publié en début d’année par des experts du FMI — sans toutefois représenter la position officielle du Fonds — concluait que les politiques d’austérité mises en oeuvre dans certains pays riches ont contribué à creuser les inégalités sociales.

 

Pour remettre l’économie québécoise sur les rails, M. Couillard a réitéré lundi son intention de miser sur la mise en oeuvre d’une stratégie maritime et la relance du Plan Nord, pour lequel il a salué la contribution de l’ancien premier ministre Jean Charest, présent dans la salle.

 

Comme cela a été annoncé dans le budget Leitao, il veut également donner un coup de pouce aux PME et créer un environnement d’affaires favorable.

 

Les libéraux veulent cependant se montrer moins interventionnistes que ne l’ont été leurs prédécesseurs péquistes. « Le rôle d’un gouvernement, c’est de libérer le potentiel et de combiner nos avantages dans un véritable élan vers la prospérité. […] Notre gouvernement n’entend pas choisir les gagnants et les perdants. Le marché va s’en charger », a-t-il déclaré sans détour.

 

Là encore, il a reçu la bénédiction de la patronne du FMI. « C’est un bonheur de vous entendre dire que le Québec est ouvert aux affaires et que vous allez réduire et simplifier les modalités d’actions des entrepreneurs. C’est cela, évidemment, qui est indispensable. »

 

Avec les ressources naturelles, les universités de premier plan et les industries dont il dispose, le Québec peut « faire beaucoup mieux », a conclu le premier ministre.

6 commentaires
  • Luc Lavoie - Inscrit 10 juin 2014 06 h 59

    "Nous on a votre bien à coeur...."

    Ouep....on vous croit sur parole.

  • François Dugal - Inscrit 10 juin 2014 08 h 00

    Le trio du pouvoir

    La photo de l'article illustre avec brio ceux qui mènent le monde.
    Au centre, madame Lagarde, directrice du FMI
    À l'aile gauche, monsieur Desmarais, président de Power Corp.
    À l'aile droite, monsieur Couillard, premier ministre du Québec et politicien de service.
    C'est ce que l'on pourrait appeler "le trio du pouvoir": une image vaut mille mots.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 10 juin 2014 09 h 12

    FMI et la privatisation

    Toute action entreprise vers la privatisation et le néo-libéralisme satisfait le FMI.
    Si M. Couillard pouvait éliminer toute intervention de l'état; privatiser l'hydro-Québec, la SAQ, la SAAQ, l'éducation, les soins de santé, appauvrir encore plus la classe moyenne, enrichir encore plus la classe riche, il ne recevrait que des éloges du FMI, il en serait le géni.
    Comment s'est terminé le scandale de corruption dans lequel est impliqué Mme Lagarde ?

  • Olivier Mauder - Inscrit 10 juin 2014 11 h 40

    néolibéralisme

    Tous les chantres du néolibéralisme étaient réunis.

    Ici ou en Europe, ils sont tous d'accord pour appliquer des politiques d'austérité afin de déconstruire ce qui reste de l'État providence et tout privatiser, continuant de nous enfoncer dans la crise car la croissancet les emplois ne sont plus.

  • Carole Dionne - Inscrite 10 juin 2014 11 h 41

    Sauf

    En ce qui à trait au fonds de pension des députés et du salaires des grands mandarins de l'état: pas pareil