La coupe à l’aveugle inquiète le milieu des affaires

Les entreprises qui choisissent de s’établir à Montréal ne manquent jamais l’occasion de préciser que leur choix repose notamment sur l’appui gouvernemental. Ubisoft est de celles-là.
Photo: Ubisoft Les entreprises qui choisissent de s’établir à Montréal ne manquent jamais l’occasion de préciser que leur choix repose notamment sur l’appui gouvernemental. Ubisoft est de celles-là.

La réduction des crédits d’impôt aux entreprises annoncée mercredi dans le budget Leitao pourrait exclure Montréal du radar de plusieurs investisseurs étrangers. Des entreprises remettent déjà en question leur décision de placer leurs billes dans la métropole, s’inquiète Montréal international.

 

Vingt-quatre heures après l’annonce d’une diminution de 20 % d’une trentaine de crédits d’impôt aux entreprises, l’organisation chargée d’attirer des investissements étrangers dans la grande région de Montréal craint de voir des projets lui glisser entre les doigts.

 

« On est en contact avec des entreprises qui se questionnent sérieusement et qui sont en train de refaire leurs calculs. Elles se demandent si Montréal est toujours le bon choix pour leurs investissements actuels et à venir », affirme l’économiste en chef de Montréal international, Christian Bernard.

 

Sans les nommer, M. Bernard souligne que ces entreprises, provenant essentiellement des secteurs des affaires électroniques, des effets spéciaux et du jeu vidéo, ont fait part de leurs inquiétudes par courriel au cours des dernières heures. La décision du gouvernement Couillard pourrait compromettre des projets qui approchaient de leur aboutissement, dit-il.

 

Réduction prématurée

 

La réduction des programmes d’aide fiscale accordée aux entreprises devrait permettre au gouvernement d’économiser plus de 35 millions de dollars en 2014-2015, quelque 270 millions lors de l’exercice suivant et près de 372 millions en 2016-2017. Dans le cas de Montréal, la diminution des crédits liés au développement des affaires électroniques, à la production de titres multimédias et à la production cinématographique et télévisuelle se fera particulièrement sentir.

 

L’économiste admet qu’une révision des crédits d’impôt est justifiée, mais déplore que le gouvernement ait sabré « à l’aveugle », avant que la commission d’examen sur la fiscalité n’ait commencé ses travaux. D’autant plus que certains programmes ont fait leurs preuves : il calcule par exemple que celui qui concerne le développement des affaires électroniques a généré des retombées « quantifiables » de 243 millions en 2010, alors que le coût de la mesure s’élevait à 233 millions.

 

Le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, croit que la décision gouvernementale ne devrait pas affecter les investissements déjà enclenchés, mais elle menace ceux qui sont à venir. « Ce qu’on a fait hier [mercredi], c’est diminuer notre avantage par rapport à d’autres grandes villes au niveau de la fiscalité. La main-d’oeuvre compétente reste ici […] mais les crédits d’impôt font partie du modèle d’affaires des entreprises qui ont des activités ici. »

 

Du côté d’Ubisoft, le vice-président aux ressources humaines et aux communications, Cédric Orvoine, se montre prudent. « L’annonce de mercredi est majeure et nous allons prendre le temps de l’analyser avant de la commenter », s’est-il contenté de répondre.

 

Le pôle échappe au port

 

Le budget Leitao a également interpellé les acteurs économiques montréalais pour une autre raison. Le gouvernement y a annoncé l’implantation d’un pôle logistique dans la région de la Montérégie-Ouest. Ce projet, visant notamment à optimiser la manutention et le transport de marchandises transitant par le fleuve Saint-Laurent, verra vraisemblablement le jour à Vaudreuil pour bénéficier d’un accès rapide aux autoroutes 30 et 40 et au réseau ferroviaire. Ce choix exclurait l’option du site situé à Contrecoeur, qui appartient à l’Administration portuaire de Montréal (ADM).

 

Il ne s’agit pas d’une mauvaise décision, juge Michel Leblanc, de la CCMM. Selon lui, le gouvernement a simplement préféré concurrencer le pôle logistique situé à Cornwall, en Ontario, plutôt que de favoriser le transit par Montréal. La directrice des communications du Port de Montréal, Sophie Roux, fait quant à elle valoir que l’implantation du pôle à Vaudreuil n’exclut pas la création d’installations « satellites » dans la région. Elle précise toutefois que l’ADM entend bien faire connaître ses projets d’expansion à Contrecoeur et qu’« il y a encore place à beaucoup de discussions ».


 
2 commentaires
  • Marc Davignon - Abonné 6 juin 2014 07 h 10

    bs,bs,bs

    La raison : appui gouvrnemental!

  • Pierre Bernier - Abonné 6 juin 2014 08 h 51

    "Rabotage" !

    Le rabotage des programmes et des activités publics est un instrument de comptable !

    L' "État stratège" que commande la mondialisation ... a besoin de plus de vision.

    Celle-ci conduit nécessairement à un néo-étatisme "protecteur" et "entrepreneur" !

    Le reste n'est qu'idéologie... ou propos de table de repas de chambre de commerce.