L’Eldorado chinois

Roewe est l’une des marques de SAIC (Shanghai Automotive Industry Corporation), premier constructeur chinois. Les connaisseurs auront reconnu l’ancienne Rover 75.
Photo: Philippe Laguë Roewe est l’une des marques de SAIC (Shanghai Automotive Industry Corporation), premier constructeur chinois. Les connaisseurs auront reconnu l’ancienne Rover 75.

Hier encore, il y avait plus de vélos que d’autos dans les rues des grandes villes chinoises. Depuis le début du XXIe siècle, on assiste cependant à un véritable boom automobile, au point que ce pays est devenu le premier marché de la planète devant l’Amérique du Nord. General Motors, Toyota et Volkswagen sont engagés dans une lutte à trois pour le premier rang mondial chez les constructeurs, et leur succès en Chine n’y est pas étranger. D’autres marques pourraient grimper au classement, voire assurer leur survie, grâce à ce nouvel Eldorado.

 

Tout bon journaliste vous le dira, rien de tel que d’aller sur le terrain pour observer et prendre le pouls. Un récent séjour de trois semaines à Shanghai et à Pékin m’a permis de constater de facto cette expansion fulgurante du marché chinois.

 

La résurrection de Buick

 

« Deux choses m’ont frappé en arrivant à Shanghai », ai-je écrit dans mon calepin de notes. « Je n’ai jamais vu autant de gratte-ciel de ma vie et je n’ai jamais vu autant de Buick… » On peut bien accuser Rick Wagoner — qui dirigeait GM jusqu’à sa faillite, en 2009 — de tous les maux, c’est tout de même sous son règne que cette marque qu’on disait moribonde en Amérique s’est implantée en Chine, bien avant d’autres constructeurs. Résultat : il se vend désormais plus de Buick en Chine qu’en Amérique du Nord. À ceux et celles qui se demandent pourquoi cette marque centenaire n’est pas passée à la trappe lors de la restructuration de General Motors en 2009, voilà la réponse.

 

Dans la gamme chinoise de Buick, on retrouve les modèles que nous connaissons ici (Regal, Lacrosse, Encore et Enclave) auxquels s’ajoutent deux fourgonnettes : la GL8 I et la GL8 II. La première est une ancienne Chevrolet Venture rebadgée et la seconde est vendue exclusivement en Chine, où elle est construite. La GL8 II est le fruit de Shanghai GM, un partenariat — ou joint venture, comme disent les Français — entre le numéro 1 chinois SAIC et General Motors.

 

En entrée de gamme, l’Excelle est une Chevrolet coréenne (vendue au Canada de 2005 à 2008 sous l’appellation Optra) avec une calandre de Buick. Un cran plus haut, la Verano, vendue chez nous, s’appelle Excelle GT en Chine. Il existe aussi une Excelle XT, à 5 portes ; il s’agit en fait d’une Opel Astra. Ça va, vous vous y retrouvez ? Terminons avec les chiffres, qui parlent d’eux-mêmes : il s’est vendu plus de 807 000 Buick en Chine l’année dernière, contre 220 000 en Amérique du Nord.

 

Forte présence allemande

 

Les choses vont très bien aussi pour le géant Volkswagen. Les nouveaux riches chinois semblent avoir un faible pour les Audi et si les onéreuses Bentley sont moins nombreuses, elles ne sont pas rares non plus. VW a aussi gagné le gros lot à Shanghai, où la quasi-totalité des taxis sont des Santana, un modèle basé sur une ancienne plate-forme de Passat. VW a aussi ses propres modèles fabriqués en Chine (Lavida, Sagitar), mais sa marque tchèque, Skoda, suit un parcours semblable à celui de Buick, avec plus de 227 000 ventes l’année dernière. La Chine est ainsi devenue le premier marché de Skoda.

 

Si les Audi pleuvent dans les rues des grandes villes chinoises, BMW et Mercedes ne sont pas en reste. On voit un peu moins de Porsche, mais il y en a tout de même beaucoup, et le réseau de concessionnaires semble bien développé. Du côté des marques de luxe « non allemandes », Jaguar et Land Rover se portent très bien ; en revanche, j’ai vu peu de Ferrari et encore moins de Maserati.

 

Vu le prix d’une Ferrari, ce n’est guère étonnant, mais Maserati, qui veut se démocratiser afin de jouer dans les plates-bandes de BMW, Audi et Mercedes, ne semble pas profiter de la ruée chinoise vers les voitures de luxe. Je ne me souviens pas avoir vu une seule Alfa Romeo non plus, et très peu de Fiat. Même chose du côté américain : Chrysler est non seulement en retard par rapport à GM et à Ford, mais, en outre, sa présence en Chine demeure marginale. Sergio Marchionne, le grand patron du groupe Fiat-Chrysler, devra y voir.

 

Toyota loin devant

 

Terminons ce tour d’horizon avec le Japon, la Corée et la France. Côté japonais, Toyota a une longueur d’avance sur ses concurrents. Honda, Nissan, Mazda et Suzuki ont également réussi à se faire une niche, mais pas Subaru : en trois semaines, j’en ai vu très peu — essentiellement des WRX. Et je n’ai vu guère plus de Mitsubishi.

 

Chez les Français, Citroën et Peugeot sont loin devant Renault. Comme son homologue du groupe Fiat-Chrysler, le grand patron du groupe Renault-Nissan, Carlos Ghosn, semble avoir raté le train chinois. Il est encore temps de corriger le tir, mais dans l’industrie automobile comme au hockey, la tâche est plus difficile quand l’adversaire a une avance d’un ou deux buts. Heureusement pour ce constructeur franco-japonais, Nissan est bien implanté en Chine, mais Renault devra jouer du « hockey de rattrapage » face au groupe PSA (Peugeot et Citroën).

 

Après le Japon et la Corée, la Chine ?

 

Et les marques chinoises ? Commençons d’abord par Volvo, première (et seule, à ce jour), marque occidentale rachetée par un constructeur chinois (Geely). Pour cette raison, je m’attendais à en voir beaucoup, mais dans le segment de marché « premium », les Allemands sont loin devant. Geely a aussi sa propre gamme, indépendante de Volvo.

 

Les constructeurs chinois proposent surtout des véhicules low cost, souvent en association avec une marque étrangère. Par exemple, Brilliance, partenaire de BMW, a sa propre gamme de modèles, qui coûtent moins cher. Parmi les autres entreprises conjointes, mentionnons BYD, partenaire de Mercedes ; Changan et Dongfeng, tous deux partenaires du groupe PSA ; FAW (First Automotive Works), partenaire de Volkswagen, mais aussi de Mazda, Mitsubishi et Toyota. SAIC (partenaire de GM) et Dongfeng sont les deux principaux constructeurs de ce pays, mais la marque Great Wall se classe première parmi les « 100 % chinoises ».

 

Les défuntes marques britanniques Rover et MG ont aussi ressuscité en Chine. Les Rover s’appellent maintenant Roewe ; quant aux MG, les nostalgiques seront déçus d’apprendre que ce ne sont plus de petites voitures sport décapotables, mais de banales berlines compactes et sous-compactes. Bref, ces deux marques n’ont conservé aucun lien avec leur passé.

 

Verra-t-on des voitures chinoises en Amérique du Nord dans un avenir rapproché ? Pour l’instant, leur piètre qualité globale — risible, dans certains cas — les confine aux marchés émergents, mais n’oublions pas qu’on disait la même chose des voitures japonaises, à la fin des années 60, et des coréennes, il y a 25 ans. On connaît la suite.

1 commentaire
  • François Beaulé - Inscrit 2 juin 2014 22 h 26

    Où sont-elles fabriquées?

    Vous avez vu beaucoup d'automobiles en Chine mais vous ne nous indiquez pas dans quels pays ces véhicules sont fabriqués. Combien sont fabriqués en Chine, combien ailleurs en Asie, combien en Amérique et en Europe?

    Sur la photo de la Roewe, on peut voir aussi un VW Tiguan et un véhicule qui ressemble au plus récent Subaru Forester.

    J'ai lu dans le Protégez-vous que les Honda Fit vendues au Canada sont fabriquées en Chine.