Les Américains résistent à la tendance

Plus qu’une expression à la mode, l’investissement « responsable » est un principe auquel adhèrent de plus en plus d’organisations à travers le monde. Les réticences des plus grands joueurs américains de la finance ralentissent toutefois la progression du mouvement, ce qui préoccupe Fiona Reynolds, la directrice générale des Principes pour l’investissement responsable (PRI) des Nations unies.

 

De passage à Montréal lundi avant d’assister cette semaine à la Conférence canadienne d’investissement responsable organisée à Toronto, Mme Reynolds a fait le point sur les résultats de l’initiative onusienne lancée en 2006 devant un parterre de gens d’affaires. Lors d’une entrevue accordée au Devoir en marge de son allocution, elle n’a pas laissé planer de doutes sur ses objectifs immédiats. « Nous voulons faire beaucoup mieux sur le marché américain. Notre mission est de créer un système financier durable. On ne peut pas espérer y arriver sans compter sur les acteurs qui représentent une large part du marché », a-t-elle affirmé sans réserve.

 

À l’heure actuelle, plus de 1200 sociétés ou organismes investisseurs sont signataires des PRI, une initiative d’envergure mondiale basée sur le respect de six grands principes. En bref, les investisseurs participants s’engagent sur une base volontaire à adopter une vision à long terme qui tient compte des enjeux sociaux et environnementaux. Ils sont par exemple appelés à faire preuve de transparence en communiquant la nature de leurs actions « responsables ». Les PRI, qui s’adressent aux investisseurs, se comparent notamment à la Global Reporting Initiative, qui concerne davantage les entreprises.

 

Le Canada compte un groupe « dynamique » d’investisseurs, se réjouit Mme Reynolds, avec un total de 51 signataires. Au Québec, Desjardins, le Fonds de solidarité FTQ et la Caisse de dépôt et placement en font notamment partie. En comparaison, les États-Unis comptent 192 participants, ce qui est jugé trop peu étant donné la taille du marché en jeu.

 

« Je pense qu’il y a davantage de scepticisme de manière générale aux États-Unis. Je crois que les Américains voient l’investissement responsable comme quelque chose de complémentaire, déplore-t-elle. Il y a aussi le fait que les investisseurs semblent craindre d’être poursuivis par les actionnaires s’ils ne font pas exactement ce que les dirigeants leur disent. »

 

Elle ajoute en revanche que les plus grandes fortunes américaines n’hésitent pas à faire des dons philanthropiques, mais sans nécessairement s’intéresser à l’utilisation qui est faite de leur argent. « Plusieurs ne font pas le rapprochement entre les deux. Je crois que nous avons un rôle à jouer pour les conscientiser. »

 

Montréal, ville hôte

 

La visite éclair de Fiona Reynolds dans la métropole québécoise a en quelque sorte mis la table pour la conférence annuelle des PRI, qui aura lieu à Montréal du 22 au 26 septembre prochain. Ce sera l’occasion de faire le point sur l’évolution de l’initiative, mais aussi de débattre d’enjeux plus concrets comme la rémunération des dirigeants, le marché des obligations « vertes » ou la prise en compte des droits de la personne.

 

Avec la multiplication des initiatives favorisant le développement durable dans les domaines financier et entrepreneurial, Mme Reynolds admet qu’un travail d’éducation est encore nécessaire. « Je crois que, dans l’esprit de la communauté d’investisseurs, c’est en train de se concrétiser, dit-elle. Mais je veux être bien claire. Nous sommes au début d’un long processus. Il y a une route extrêmement longue devant nous ».

 

Depuis qu’elle a pris la tête des PRI en février 2013, Mme Reynolds répète donc le message qu’elle a lancé lundi lors de son discours. « L’investissement responsable est une affaire de performance, pas de philanthropie. Il s’agit d’améliorer les retours sur les investissements, et non de les sacrifier. » Des études réalisées au sein d’universités prestigieuses comme Harvard et Yale confirment la rentabilité de cette approche, a-t-elle souligné.