Le gouvernement a à l'oeil les charges d'exploitation d'Hydro-Québec

En retenant le plan stratégique d'Hydro-Québec pour 2002-06, le gouvernement a exhorté la société d'État à faire preuve de plus de transparence envers son actionnaire et à contrôler ses charges d'exploitation. Notamment en distribution, là où Hydro a comptabilisé cette perte de 500 millions l'an dernier qui sert, depuis, de base, à sa demande d'une hausse tarifaire après 2004. Le plan retenu prévoit également un doublement des efforts, tant dans la filière éolienne qu'en matière d'économie d'énergie.

L'adoption du plan stratégique 2002-06 d'Hydro-Québec est accompagné de deux grandes modifications aux devis originaux proposés par la société d'État. Selon les modifications retenues, le gouvernement exige d'Hydro-Québec qu'elle fasse passer ses achats d'électricité de source éolienne à au moins 100 MW par année pendant dix ans, pour un total de 1000 MW contre celui de 50 MW par année proposé par Hydro. «Il s'agit ici d'obtenir une masse critique qui devrait susciter l'intérêt pour des investissements dans cette filière», a précisé la ministre déléguée à l'Énergie, Rita Dionne-Marsolais.

De plus, l'actionnaire a demandé à Hydro de doubler sa cible d'économie d'énergie, soit de 0,4 à 0,7 TWh par année (l'équivalent de 0,5 % de la demande québécoise en 2001), en intervenant particulièrement auprès des clients industriels et commerciaux. «Ça demande une planification mais cette cible n'est pas inatteignable», a commenté Marc-Brian Chamberland, attaché de presse à la société d'État.

Performance financière

L'adoption du plan est également accompagnée de l'introduction d'unités de référence — une première — visant à permettre au gouvernement de mieux jauger la performance financière d'Hydro, et ce, sur une base trimestrielle. Hydro est également invitée à mieux suivre et mieux contrôler ses charges d'exploitation, notamment en distribution. Ainsi, la société d'État devra rendre compte trimestriellement de sa performance financière en se comparant, entre autres, aux cinq compagnies d'électricité les plus performantes en Amérique du Nord.

Le tout doit être accompagné de l'obligation de soumettre, à la fin de chaque année civile, une garantie quant à la fiabilité du parc de production pour l'année suivante.

Mme Dionne-Marsolais rappelle que les charges d'exploitation d'Hydro ont augmenté de façon substantielle entre 1998 et 2001, l'augmentation surpassant même les prévisions d'Hydro. «À chaque année, les résultats ne traduisent pas les prévisions. Et l'on parle d'une période de quatre ans au cours de laquelle le travail de prévisions ne devrait pas être compliqué, surtout pour un monopole.» La ministre introduit de telles données comparables par mesure préventive et pour permettre à l'actionnaire de mieux évaluer la performance d'Hydro. «Regardez ce qui s'est passé aux États-Unis, notamment dans le secteur énergétique. Il faut être vigilant. Il faut être capable de comprendre ce que Hydro-Québec nous dit», a-t-elle ajouté.

«Nous avons appliqué un gel des tarifs sur la foi des données dont nous disposons.» Mais avec les écarts constamment observés entre les prévisions et la réalité, «nous demandons à Hydro d'aiguiser ses crayons. Et nous voulons comprendre ce dont il est question. Pour ce faire, il n'y a rien de mieux que des données établies sur une base comparable. Il est important que l'on comprenne sa gestion, et ses problèmes le cas échéant», a renchéri Mme Dionne-Marsolais.

Le gel des tarifs doit prendre fin dans deux ans. Hydro s'est appuyée sur cette perte de quelque 500 millions dans le secteur Distribution subie l'an dernier (sur un bénéfice global de quelque un milliard) pour appuyer sa demande de hausse tarifaire après 2004. Depuis, la société d'État s'est engagée à replacer sa filiale Distribution sur le chemin de la rentabilité, par un meilleur contrôle des charges d'exploitation, en gérant les ventes accrues avec le même effectif. Quant à la demande des hausses de tarif, elle demeurera, même si cette cible de retour à la rentabilité est atteinte. «Notre approvisionnement va coûter plus cher dans l'avenir. Arrivera le jour où l'on devra compenser par une hausse des tarifs», a soutenu Marc-Brian Chamberland.