L’agriculture au Québec est «toujours une affaire de famille»

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Marcel Groleau, président de l’UPA, inaugurait le Dialogue sur l’agriculture familiale en Amérique du Nord le 7 avril dernier.
Photo: Source Union des producteurs agricoles Marcel Groleau, président de l’UPA, inaugurait le Dialogue sur l’agriculture familiale en Amérique du Nord le 7 avril dernier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Agriculture - Mai 2014

L’agriculture au Québec, c’est l’affaire de 42 000 producteurs et de 29 000 entreprises, dont la très grande majorité sont de propriété familiale. Pour tous ces gens, le récent changement de garde dans la gouvernance québécoise suscite des attentes. Et ce monde rural ne demande pas mieux que de se prendre en main, tout en subissant les revers occasionnés par une sévère rétention de main-d’oeuvre. Échange avec le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau.

Son père avait acquis en 1945, un an avant son mariage, la ferme laitière qu’il possède et exploite avec son frère à Thetford Mines, dans la région de Chaudière-Appalaches. Lui, le fils, en avril dernier, comme l’UPA, parcourt le Québec pour tenir des forums régionaux dont le but est de moderniser l’organisation en se rapprochant des producteurs. Encore une fois, M. Groleau est à même de constater que « 95 % des entreprises agricoles sont familiales ».

 

Il fournit la définition de l’UPA au sujet d’un tel statut : « Dans un tel cas, les membres de la famille sont propriétaires, prennent les décisions et exécutent principalement les travaux, ce qui est vraiment encore le portrait de l’agriculture québécoise. »

 

Un Québec agricole varié

 

Nonobstant cette réalité, il s’est produit un changement évident : « Naturellement, il y a maintenant de très grandes entreprises, surtout dans le secteur de l’élevage, mais il n’en demeure pas moins que ce sont encore là les familles qui sont les seules propriétaires, qui sont là tous les matins et qui “ partent la journée ”, comme on dit. »

 

En parallèle, il existe un autre type d’exploitation agricole : « Il y a aussi des très petites entreprises où le conjoint ou le couple travaille à l’extérieur dans des emplois qui leur fournissent les moyens de se livrer à une production maraîchère en serre plus saisonnière ; ces gens peuvent ainsi conserver leur emploi tout en assurant année après année la croissance de leur entreprise et de leur clientèle. » La conclusion s’impose d’elle-même : « C’est très variable, mais c’est toujours une affaire de famille, ce qui est vrai dans toutes les régions du Québec. »

 

D’un endroit à l’autre, il y a un caractère distinctif d’une autre nature qui se manifeste, selon le témoignage du président : « Si on prend le Centre-du-Québec, on retrouve à cet endroit des productions qui sont davantage diversifiées en raison des opportunités que leur offre le climat plus clément sur les terres de la plaine du Saint-Laurent. En Abitibi et au Lac-Saint-Jean, on ne peut pas faire de maïs-grains et on commence un peu à faire du soya. Il est donc certain qu’on a moins de possibilités sur le plan agricole dans les régions périphériques que dans le centre, où les marchés et les intrants sont davantage à proximité. »

 

Le changement de garde

 

L’UPA accueille favorablement la nomination de Pierre Paradis à titre de ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation : « C’est un député qui siège à l’Assemblée nationale depuis plus de 30 ans, il possède une bonne connaissance du milieu politique et aussi du fonctionnement d’un ministère ; pour nous, c’est un atout d’avoir un homme d’expérience qui en est également un des régions : son comté de Brome-Missisquoi est l’un des endroits où l’agriculture est la plus diversifiée, étant situé en Estrie, à la limite des Appalaches et de la Montérégie ; c’est un coin de pays qui fait place à l’innovation agricole. Dans sa région, il possède un bon portrait de ce qu’est l’agriculture du Québec. »

 

Et qu’en est-il des attentes envers ce nouveau gouvernement ? Marcel Groleau expose certains dossiers prioritaires : « La situation est meilleure depuis quelques mois parce que les prix se sont raffermis dans le secteur des viandes mais on a traversé là une période difficile depuis 2008. Il y avait un problème de rentabilité pour ces fermes, qui peinent à intéresser la relève, et il y a encore dans ce domaine des enjeux car l’endettement demeure élevé. Si on veut redresser cette production, on va avoir besoin du soutien de la Financière agricole et de politiques bien adaptées. »

 

Il plaide en faveur de la suite des choses dans un autre domaine : « Sous l’ancien gouvernement, M. Gendron avait nommé un comité pour voir à l’adaptabilité de nos programmes de sécurité du revenu en fonction de l’état des marchés aujourd’hui, du type d’entreprise et de la diversité de l’agriculture actuelle. Voilà un mandat très large et, lors du déclenchement des élections, les travaux de ce comité ont été arrêtés. » Il importe de redémarrer ses activités : « On pourra alors remettre notre rapport au ministre et lui soumettre des propositions pour s’assurer que tous les producteurs au Québec ont accès à un programme de gestion des risques ; on parlait auparavant d’un programme de sécurité du revenu. »

 

Ruralité et agriculture

 

Il est manifeste que le Québec rural tend de plus en plus à se prendre en main, comme en témoigne la Conférence nationale de Solidarité rurale du Québec tenue en mars dernier. Le monde agricole emboîte le pas, selon Marcel Groleau : « On accompagne cela parce qu’on veut développer l’agriculture en région pour stimuler l’économie. »

 

Il existe une véritable volonté d’autonomie : « En même temps, il faut comprendre que les défis sont importants. Dans certaines régions, on a des problèmes de compétition avec la main-d’oeuvre ; on comprendra que, lorsque le secteur des mines se porte bien en Abitibi, il devient plus difficile de recruter ou de conserver des employés dans le domaine agricole. Il en va de même au Lac-Saint-Jean : quand la forêt et l’industrie de l’aluminium fonctionnent bien, ces activités-là drainent la main-d’oeuvre. Et pendant ce temps, il y a moins de jeunes qu’auparavant qui reviennent en région pour faire carrière. »

 

Il cerne un écueil de taille pour l’UPA : « L’une des grosses difficultés, en région, c’est la rétention de la main-d’oeuvre, et le défi c’est de réussir à intéresser des personnes à venir s’y installer. Nous, en agriculture, on est en compétition avec les autres secteurs pour obtenir des travailleurs : c’est un enjeu majeur pour le développement économique régional. »

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