Sondage Léger Marketing - Les Canadiens affirment se préoccuper d'acheter des produits fabriqués au pays

Malgré la prolifération de vêtements et articles divers importés de Chine et du Japon, près des deux tiers des Canadiens affirment se préoccuper de savoir si le produit qu'ils s'apprêtent à acheter a été fabriqué au Canada.

Un sondage Léger Marketing, dont les résultats ont été transmis à la Presse Canadienne, révèle en effet que 63 % des Canadiens disent que, lorsqu'ils achètent un produit, mis à part un produit exotique, ils se préoccupent de savoir s'il a été fabriqué au Canada. La proportion grimpe à 69 % en Ontario et atteint 60 % au Québec.

À l'inverse, ce sont donc entre 30 et 40 % des citoyens, selon la province, qui avouent ne pas se soucier de savoir si le produit qu'ils désirent acheter a été fabriqué au Canada.

Boycotter

Les Canadiens semblent s'accorder une généreuse conscience sociale, puisque 62 % d'entre eux soutiennent même qu'ils seraient prêts à boycotter les produits d'une entreprise qui choisirait d'implanter ses usines dans des pays où les droits du travail ne sont pas respectés.

Au Congrès du travail du Canada, Bertrand Bégin, qui s'occupe justement des campagnes nationales sur des thèmes comme la mondialisation et le travail, se réjouit de cette sensibilisation accrue des citoyens. «De plus en plus, avec les campagnes, les gens commencent à prendre conscience qu'il y a un problème.» Il cite le domaine de l'industrie du vêtement, où les gens ont été informés des conditions de travail pénibles dans certains pays. Des campagnes ont également dénoncé le travail des enfants.

M. Bégin note que cette semaine seulement, au CTC (la plus grande organisation syndicale au Canada), «on a trois ou quatre demandes pour [faire] des présentations sur les conséquences de la mondialisation, le travail des enfants» en provenance d'écoles ou de professeurs. «Il y a vraiment une prise de conscience qui se fait», particulièrement chez les jeunes.

Les femmes seraient encore plus militantes que les hommes à ce chapitre, puisque 66 % d'entre elles affirment que lorsqu'elles savent qu'une entreprise préfère implanter ses usines dans des pays où les droits du travail ne sont pas respectés, cela les amène à boycotter ses produits. Chez les hommes, la proportion atteint 57 %.

Ayant vu ou lu des reportages sur les travailleurs du tiers monde et le respect des droits sociaux et du travail, les gens établissent un lien entre les usines qui ferment ici et la peur de perdre son emploi. «Il y a beaucoup de gens qui nous disent: "ça nous écoeure", mais ils ne savent pas trop quoi faire», rapporte M. Bégin.

Le CTC ne croit toutefois pas que le boycottage soit la solution, «à moins que ce soit demandé par les travailleurs eux-mêmes». «Ce n'est pas en leur faisant perdre leur emploi, qui est déjà mal payé, qu'on va régler le problème.»

M. Bégin croit plutôt à la concertation et au lobbying pour tenter d'améliorer la situation et le respect des droits. Le CTC demande aussi au gouvernement fédéral de modifier la réglementation de façon à ce que l'étiquette d'un produit ne mentionne pas seulement le pays de provenance, mais aussi le nom de l'usine qui l'a fabriqué, de façon à ce que le consommateur puisse mieux savoir de qui il achète et s'informer de la réputation de l'usine.

Le sondage a été réalisé auprès de 1505 Canadiens adultes, du 28 octobre au 2 novembre 2003. Sa marge d'erreur est de plus ou moins 2,6 %, 19 fois sur 20.