Faire naître de nouvelles entreprises pour remédier au vieillissement

La p.-d.g. de Desjardins Monique Leroux
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La p.-d.g. de Desjardins Monique Leroux

Il est impératif que les entreprises et le gouvernement du Québec se mobilisent dès maintenant pour faire face au vieillissement de la population et au manque de relève qui l’accompagne. C’est en stimulant l’entrepreneuriat et en augmentant la productivité qu’ils parviendront à assurer la prospérité de l’économie québécoise à long terme, scande la p.-d.g. de Desjardins, Monique Leroux, dans un « appel à l’action ».

 

« Le Québec n’est pas le terreau le plus fertile pour l’entrepreneuriat. Il faut renverser cette tendance », a déclaré Mme Leroux mardi devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), faisant écho au plus récent rapport de Desjardins sur l’état de l’environnement entrepreneurial québécois rendu public au même moment.

 

Cette nouvelle étude réalisée en collaboration avec le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) cerne une série de défis à relever. Ses auteurs concluent que la création de nouvelles entreprises et l’augmentation de la productivité des compagnies existantes et naissantes sont des objectifs prioritaires.

 

« Avant de déterminer quels sont les meilleurs moyens d’assurer la prospérité des entreprises québécoises, il faut d’abord et avant tout stimuler leur création », écrit-on. Pour y parvenir, on conseille au gouvernement de faciliter l’accès au financement, tout particulièrement pour favoriser le démarrage, et de simplifier la réglementation afin qu’il soit facile et économiquement rentable de s’y conformer.

 

Par ailleurs, si les entreprises québécoises n’améliorent pas leur productivité, elles auront beaucoup de mal à conquérir de nouveaux marchés et à affronter la compétition étrangère qui cogne à leur porte. Le rapport leur suggère donc d’innover et d’investir davantage, tout en mettant à leur disposition une main-d’oeuvre de qualité. Ce dernier objectif serait atteint en encourageant les travailleurs plus âgés à prolonger leur carrière, en simplifiant la reconnaissance des compétences des immigrants et en misant sur la formation des jeunes. Le retour d’un cours sur l’économie au secondaire figure parmi les recommandations.

 

Remise en question

 

L’étude indique en terminant que le Québec doit oser remettre en question les façons de faire et s’inspirer de la capacité qu’ont eue certains États à s’ajuster à la conjoncture économique qu’ils affrontaient. « Les pays nordiques, auxquels le Québec est souvent comparé, ont mis en place d’importantes réformes afin d’assainir leurs finances publiques tout en préservant la générosité de leur système de sécurité sociale », souligne-t-on en référence au Danemark, à la Finlande et la Suède, qui présentent des indices de performance économique supérieurs à celui du Québec.

 

Le rapport rédigé conjointement par Desjardins et le CIRANO constitue la suite logique d’un bilan semblable effectué en 2011. Celui-ci s’intéressait aux enjeux concernant l’économie québécoise de manière plus large.

 

« Le défi majeur auquel le Québec sera confronté très bientôt consistera à s’ajuster au choc démographique », concluait-on d’entrée de jeu dans le volumineux document, en soulignant que « le bassin de main-d’oeuvre potentielle que représente [le groupe des 20-64 ans] commencera à décliner à partir de 2016 ». Cette réduction du nombre de travailleurs aura toutes les chances d’affecter la productivité et la croissance de l’économie québécoise, mettaient alors en garde les auteurs du rapport.

 

Un peu à la manière du président de BMO Groupe financier, Jacques Ménard, qui évoquait il y a quelques semaines le besoin de « créer un nouvel élan à Montréal », Mme Leroux estime que nous nous trouvons aujourd’hui devant une « fenêtre propice » pour donner un nouveau souffle à la métropole. « Il existe un consensus fort de la communauté d’affaires sur la nécessité d’agir pour Montréal et pour un Québec prospère, croit-elle. Notre but, c’est d’alimenter le gouvernement en place et les administrations des différentes villes pour passer à l’action et créer de l’emploi. »

 

Des propos qui réjouissent le président de la CCMM, Michel Leblanc. « Devant nous, il y aura des décisions à prendre sur certains types d’infrastructures dont on aura besoin, sur le système fiscal, sur la gouvernance, constate-t-il. Mais ce qui m’inspire, c’est d’entendre des leaders de la communauté d’affaires non seulement venir parler de leur bilan d’entreprise, mais aussi venir parler d’investissement et de relance de Montréal. »

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Un plan pour le Grand Montréal

Désirant montrer l’exemple, Monique Leroux a dévoilé mardi le plan de développement de Desjardins pour le Grand Montréal, qui prévoit des investissements de 150 millions de dollars au cours des trois prochaines années. « On ne voulait pas lancer une étude sans action concrète », a-t-elle expliqué. Une première tranche de 50 millions sera injectée pour le « rehaussement des infrastructures » de la coopérative financière, notamment les espaces publics intérieurs du Complexe Desjardins. Une autre enveloppe de 100 millions sera utilisée pour accroître la présence de l’institution financière dans l’ouest de l’île et se rapprocher des étudiants et des communautés immigrantes. À terme, Desjardins souhaite grossir ses rangs de 200 000 nouveaux membres et ouvrir une quinzaine de nouveaux points de service dans la région métropolitaine.

4 commentaires
  • Raymond Lutz - Inscrit 23 avril 2014 06 h 48

    Mensonges

    C'est la demande de biens et services qui crée l'emploi, pas les entreprises.
    Pas de demande, pas de commande, pas d'usine, pas de job.

    Et ne me parlez pas d'innovation... les lecteurs mp3 existaient avant S.Jobs: lui aussi a principalement surfé sur la vague de la demande.

    Les entreprises privées salvatrices de la société? Bientôt elle va citer Thatcher et nier l'existence de celle-ci?

  • André Le Belge - Inscrit 23 avril 2014 12 h 33

    Le mouvement Desjardins

    «Le mouvement doit-être canadianisé» dixit Monique Leroux. Canadianisé, cela voudrait-il dire aussi harmoniser les salaires des pdg?
    Le mouvement Desjardins ne serait-il plus coopératif?

  • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 23 avril 2014 13 h 15

    Revoir ses pratiques

    Desjardins a beau parler, que fait-elle comme institution actuellement?

    Pour être aller cogner à leurs portes pour lancer mon entreprise, on s'est plus empressé de me vendre des services (assurances et autres) que de m'offrir de l'aide.

    Il y a des moyens de sortir l'économie Québécoise de sa morosité, et les institutions finnancières y sont pour beaucoup. Cesser d'abord d'étrangler les jeunes qui s'achètent une maison ou un condo. Cessez, toutes banques ensembles, d'arrêter de présenter des plans de financement qui étouffe le monde, en disant aux gens qu'ils ont les "moyens" de se payer de tels achats. Prêtez moins et les prix baisseront, et quand les prix seront plus normaux, les gens pourront dépenser ailleurs que dans des frais d'intérêts, et l'économie reprendra.

  • Normand Bianchi - Inscrit 24 avril 2014 14 h 54

    Ne vous demandez pas ce que l'État peut faire pour vous ...

    Desjardins et sa présidente devraient commencer par créer un fonds subtantiel pour la recherche (sur la productivité) et l'entrepreneuriat (lancement d'entreprise, études de marché, aide à la gestion, plan d'affaires, réseautage, etc) et ne pas en rester aux voeux pieux. Face aux entreprises, Desjardins parait plutôt pauvre si on les compare aux banques ... Par ailleurs, Desjardins (une coopérative !) , est encore à l'étape de construire de belles bâtisses pour leurs succursales, comme au temps où ils sortaient des sous-sols d'églises ... dans les années 50 ...