Le pétrole se drape dans l’unifolié

Une centaine d’opposants aux projets des pétrolières ont manifesté devant l’hôtel où le ministre canadien des Ressources naturelles prenait la parole.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Une centaine d’opposants aux projets des pétrolières ont manifesté devant l’hôtel où le ministre canadien des Ressources naturelles prenait la parole.

Le nouveau ministre canadien des Ressources naturelles, Greg Rickford, vante le projet de pipeline Énergie Est de TransCanada comme une « solution d’avenir » pour le Québec. Il entend d’ailleurs en faire un dossier prioritaire dans les discussions à venir avec le nouveau premier ministre québécois Philippe Couillard.

 

« Est-ce souhaitable que le Québec continue d’utiliser du pétrole étranger pour alimenter ses deux raffineries ? », a lancé vendredi le ministre Rickford, dans le cadre de son premier discours en sol québécois. « Le Québec n’est pas condamné à dépendre des producteurs étrangers », a-t-il ajouté, à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal.

 

Pour lui, la « solution d’avenir » pour mettre fin à nos importations d’or noir consiste à les remplacer par du « pétrole canadien ». Mais pour cela, il faudra recourir davantage aux pipelines, qu’ils soient déjà enfouis dans le sol ou alors projetés par les multinationales de l’énergie fossile.

 

Greg Rickford estime d’ailleurs que l’inversion de l’oléoduc 9B, autorisée par le gouvernement Harper, sera bénéfique pour les deux dernières raffineries du Québec. Ce pipeline doit faire couler jusqu’à Montréal 300 000 barils de brut de l’Ouest chaque jour avant la fin de 2014.

 

Le successeur de Joe Oliver aux Ressources naturelles plaide aussi pour « l’occasion » (« the opportunity ») que représente l’oléoduc Énergie Est de TransCanada. « Mais ce ne sera pas fait au détriment de l’environnement. Les pipelines ont d’ailleurs démontré leur grande efficacité », a-t-il fait valoir au cours d’un bref point de presse.

 

Le ministre conservateur a admis que plusieurs étapes doivent être franchies avant l’approbation du projet. Celle-ci revient en définitive au bureau du premier ministre Stephen Harper, partisan avoué des pipelines et grand défenseur de l’exploitation des sables bitumineux albertains.

 

M. Rickford a cependant promis que « les provinces et le secteur privé » auraient aussi leur mot à dire dans le cadre de l’étude du projet. Il a d’ailleurs souligné que cet oléoduc sera une priorité dans les discussions à venir avec le gouvernement libéral élu lundi au Québec. Pour le ministre, il sera important d’aborder l’enjeu de la « diversification du secteur de l’énergie », mais aussi du « développement de nos ressources énergétiques ». Le nouveau pipeline voulu par TransCanada faciliterait le transport de la production albertaine, ce qui pourrait bonifier le prix de vente obtenu par les pétrolières qui tirent profit des sables bitumineux.

 

Projet en route

 

La pétrolière a d’ailleurs déposé le mois dernier à l’Office national de l’énergie les détails du futur pipeline Énergie Est. Ce projet de 12 milliards de dollars nécessiterait la construction d’environ 1000 kilomètres d’un pipeline d’un mètre de diamètre en sol québécois.

 

Cet oléoduc serait plus important que le très controversé Keystone XL — autre projet de TransCanada —, que le président américain tarde à autoriser. En fait, avec ce pipeline, le Québec deviendra un joueur clé pour l’exportation du pétrole des sables bitumineux. L’or noir y coulerait dès 2018 à destination du Nouveau-Brunswick. Ce pipeline transporterait quotidiennement 1,1 million de barils de brut provenant de l’Ouest, donc issu de la production des sables bitumineux et des gisements de pétrole de schiste.

 

Questionné sur les impacts de cette industrie sur les changements climatiques et les émissions de gaz à effet de serre, le ministre Rickford s’est voulu rassurant. « C’est une façon sûre et respectueuse de l’environnement de produire du pétrole, a-t-il plaidé. Il existe aussi une réalité incontournable. Fermer les pipelines causerait des dizaines de milliers de pertes d’emplois. Et si les pipelines ne sont plus utilisés, les émissions de gaz à effet de serre ne changeront pas. »

 

Couillard favorable

 

Le premier ministre élu Philippe Couillard est lui aussi un partisan de l’exploitation du pétrole, mais aussi de son transport par pipeline. Au cours de la campagne électorale, il a ainsi manifesté son appui au projet de TransCanada.

 

Le chef libéral a également salué comme une « belle occasion » l’idée d’exporter du pétrole transporté par ce pipeline à partir du port de Cacouna. TransCanada prévoit d’y construire un terminal maritime dans un écosystème identifié comme fragile et qui constitue aussi la pouponnière de bélugas du Saint-Laurent. Ce terminal permettra de charger des pétroliers qui serviront à exporter le pétrole de l’Ouest.

 

On ne connaît pas encore la teneur de l’évaluation environnementale qui pourrait être menée au Québec concernant Énergie Est. TransCanada a toutefois déjà indiqué que la décision définitive reviendra à Ottawa. En attendant la suite du processus, l’entreprise a déjà mené plusieurs rencontres au Québec. Elle a inscrit 19 lobbyistes au registre québécois.

 

Alors que les partisans du projet poursuivent leurs démarches, les opposants s’organisent. Une centaine d’entre eux ont manifesté vendredi devant l’hôtel où le ministre Rickford prononçait son allocution. « L’oléoduc Énergie Est deviendrait le plus gros pipeline de pétrole de sables bitumineux au monde et une menace pour l’environnement, les communautés locales et le climat mondial, a plaidé Patrick Bonin, de Greenpeace. Si nous laissons passer ce projet, nous serons complices de l’expansion des sables bitumineux et le Québec perdra toute crédibilité en matière de lutte contre les changements climatiques. »

 

« Les projets d’oléoduc au Québec doivent être soumis à une évaluation environnementale rigoureuse qui doit inclure l’impact en matière d’émissions des gaz à effet de serre, et ce, en tenant compte du cycle complet des produits qu’ils transporteraient », a ajouté Alain Brunel, directeur climat-énergie à l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.

10 commentaires
  • Jean Martinez - Inscrit 12 avril 2014 02 h 30

    La péréquation québécoise

    Les Albertains ont besoin du territoire québécois pour passer leur pipeline. Le Québec sépare le Canada en deux. Sa position par rapport au reste du Canada et aux États-Unis est hautement stratégique. Pourriez-vous m'expliquer pourquoi il y des Québécois qui pensent encore que les Québécois seraient en position difficile si le Québec devenait un pays?

    • Daniel Bérubé - Abonné 12 avril 2014 11 h 40

      Mais... c'est Mr. Couillard qui l'a dit ! Et n'oublier pas... c'est un DOCTEUR ! Donc, il ne peut pas faire d'erreurs !

  • Denise Lauzon - Inscrite 12 avril 2014 06 h 06

    Les citoyens sans pouvoir

    Harper s'est enfin trouvé un allié sûr pour le transport des sables bitumineux. J'ai l'impression que la décision d'aller de l'avant avec le projet de construction du pipeline Trans-Canada est déjà prise.

    Les citoyens restent sans pouvoir. On va utiliser notre territoire pour le transport des sables bitumineux pour que les grosses cies pétrolières puissent s'enrichir davantage.

  • Denise Lauzon - Inscrite 12 avril 2014 06 h 16

    Profitons de la crise d'énergie en Ukraine

    Le ministre Baird a trouvé une idée "géniale": exportons notre pétrole des sables bitumineux en Ukraine. D'abord, l'Ukraine c'est tout près de l'Alberta et ce pays devrait être satisfait d'importer le pétrole le plus sale de la planète.

  • Alexandre Bibeau - Inscrit 12 avril 2014 10 h 12

    Vivre au pied d'un tuyau...

    "En fait, avec ce pipeline, le Québec deviendra un joueur clé pour l’exportation du pétrole des sables bitumineux. L’or noir y coulerait dès 2018 à destination du Nouveau-Brunswick."

    Hors donc le Québec n'est pas un acteur clé, mais un spectateur obligé... et quand l'admirateur sera éclaboussé, ce sera à lui de nettoyer les restes.

    "Ce pipeline transporterait quotidiennement 1,1 million de barils de brut provenant de l’Ouest, donc issu de la production des sables bitumineux et des gisements de pétrole de schiste."

    Même avec un taux d'efficacité supérieur à 0.0001% de fuites...
    1 Baril c'est 160 litres. C'est 176.000.000 de litre par jour. Faites le calcul... Sur un an, sur 10 ans, sur 50 ans. Dans un monde optimiste ce sera notre contribution.

    Reste à voir où et quand, tout à une durée de vie, même un tuyau.

    Qui plus est, les bassins versants vont tous au fleuve, se sont les artères de nos milieux de vie ruraux.

    Le gouvernement et Énergie Est jouent à la roulette russe avec leur pipeline, l'un tien l'arme, l'autre appuie sur la gachette mais c'est ceux qui vivent au pied du tuyau qui recoivent...

  • Luc Falardeau - Abonné 12 avril 2014 10 h 26

    Remplacer du pétrole étranger par du canadien ?

    Ne soyons pas dupes... La notion de ce qui est étranger ou canadien sert les intérêts partisans des politiciens fédéraux et les intérêts financiers des multinationales étrangères et provinces étrangères au Québec.

    • Pierre Labelle - Inscrit 13 avril 2014 12 h 48

      Pour moi, les deux sont étranger. Encore une fois Ottawa veut se servir du Québec pour enrichir une autre province, en l'occurence ici l'Alberta de Harper. Le pire c'est qu'il va y parvenir avec l'aide de Couillard. En ce qui me concerne je ne consomme plus d'essence depuis 20 ans ayant vendu ma voiture avec la ferme intention de ne jamais en racheter une, ma tondeuse à gazon fonctionne à l'électricité, la neige je la déblaie avec une gratte alimentée par mes deux bras. Si chacun au lieu de chiâler faisait juste un petit peu pareil.....