Jim Flaherty, la santé financière du pays avant la sienne

Jim Flaherty, que l’on voit ici lacer ses souliers avant d’expliquer à un auditoire son budget de février 2014, est décédé subitement jeudi.
Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand Jim Flaherty, que l’on voit ici lacer ses souliers avant d’expliquer à un auditoire son budget de février 2014, est décédé subitement jeudi.

Le décès subit de l’ex-ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, a suscité jeudi des avis divergents au sujet de son héritage politique. Certains retiendront la détermination dont il a fait preuve pour braver la crise financière, tandis que d’autres se souviendront surtout d’un « bon soldat » conservateur aux choix politiques parfois controversés.

 

Le successeur de Jim Flaherty aux Finances, Joe Oliver, n’a pas tardé à lui rendre hommage, le décrivant comme « un homme honorable, dévoué et exceptionnel qui aimait son pays ». « Au cours de sa longue carrière publique, M. Flaherty a contribué de manière incalculable à la croissance économique et à la prospérité du Canada », a-t-il ajouté.

 

L’ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, aujourd’hui à la tête de la Banque d’Angleterre, a parlé du politicien comme d’un collègue et d’un ami. « Je me rappelle particulièrement la rencontre du G7 organisée à Iqaluit [en 2010] lors de la récession. Le Canada s’est tenu debout devant la planète en raison de sa santé économique et financière », s’est-il souvenu.

 

La Fédération canadienne des municipalités s’est quant à elle dite attristée par le décès soudain « d’un des ministres des Finances du Canada les plus respectés ». « Nous nous souviendrons de lui pour avoir mis en place un partenariat fédéral-municipal sans précédent qui bénéficiera aux villes et aux collectivités pendant de nombreuses années à venir », a affirmé son président, Claude Dauphin.

 

Le départ du grand argentier fédéral a également eu des échos au Québec. « Nous perdons aujourd’hui un homme qui, durant ses huit années à la tête du ministère fédéral des Finances, a accompli avec détermination, vision et engagement un travail remarquable et a significativement contribué à faire sortir le Canada de la crise économique », a déclaré par voie de communiqué la p.-d.g. de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand.

 

Le président du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, a lui aussi salué le travail accompli par M. Flaherty lorsque la tempête financière faisait rage. « Ses budgets responsables ont réussi à nous faire passer à travers la crise de façon moins éprouvante que dans d’autres pays du G7, tout en maintenant une fiscalité globale plus compétitive pour les entreprises et pour les citoyens », a-t-il souligné.

 

« La communauté d’affaires de la métropole est aujourd’hui en deuil d’un Montréalais qui a longtemps contribué au développement économique et à la prospérité du Canada », a affirmé le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, au sujet du politicien né à Lachine en 1949 avant de faire carrière en Ontario.

 

« Pas aussi grandiose »

 

M. Flaherty a fait du « bon travail », juge l’économiste et fellow associé au Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), Jean-Pierre Aubry, mais « il n’a pas été aussi grandiose que certains peuvent le dire ».

 

« Il n’a pas vu venir ni la crise financière, ni l’ampleur de la récession, ni la lenteur de la reprise économique. Il a réagi aux événements », fait remarquer celui qui a oeuvré pendant 30 ans à la Banque du Canada.

 

L’économiste juge que M. Flaherty a été un « bon soldat » conservateur qui a réussi à réduire comme il le voulait la taille de l’État et qui laisse aujourd’hui le Canada dans une « bonne santé financière ». Il rappelle toutefois que les conservateurs ont fait fondre le surplus qu’ils ont hérité des libéraux à leur arrivée au pouvoir en 2006 en accordant des baisses d’impôt, les obligeant à freiner les dépenses par la suite. « On ne sait pas si les coupes effectuées par le gouvernement vont être bénéfiques pour le pays à long terme », conclut-il.

 

Avocat de formation, Jim Flaherty occupait le poste de ministre des Finances depuis 2006 et a déposé son dixième et dernier budget en février dernier. Il a annoncé sa démission le 18 mars, conservant à ce moment son siège de député.

 

On lui doit notamment la réduction de l’impôt des sociétés et la mise sur pied des comptes d’épargne libre d’impôt (CELI). Ses sept budgets déficitaires auront ajouté 161 milliards de dollars à la dette du pays.

 

Son départ a coïncidé avec un désaccord récent avec le premier ministre Stephen Harper au sujet du fractionnement du revenu des familles, une politique chère aux conservateurs. M. Flaherty avait mis en doute la pertinence d’une telle mesure qui favoriserait les plus riches, selon de nombreuses études.

2 commentaires
  • Michel Mondat - Inscrit 11 avril 2014 09 h 05

    Vivement le sanctifier!

    Mes yeux n'en croient pas leurs oreilles!!!
    Quel titre ridicule et invraisemblablement faux.
    Monsieur le journaliste, allez vous rhabiller!

    • Pierre Denis - Inscrit 11 avril 2014 17 h 49

      Finalement, je ne suis pas le seul à réaliser à quel point ce type fut d'une incompétence crasse comme ministre des finances. Il a hérité des libéraux (ces maudits gaspilleurs, selon leur rhétorique) un surplus budgétaire qu'il a réussi à transformer en moins de 2 ans en déficit récord ! Quel fait d'armes ! Il a contribué à dépouiller la classe modeste au profit des pétrolières et des banques. Quelle grandeur d'âme.
      Mes condoléances à sa famille et ses amis quand même.