Les pays émergents doivent compter moins sur les autres

Un travailleur mexicain dans une usine de construction automobile.
Photo: Agence France-Presse (photo) Ronaldo Schmidt Un travailleur mexicain dans une usine de construction automobile.

Les économies émergentes doivent se préparer à moins profiter qu’auparavant du coup de pouce de la conjoncture extérieure pour assurer leur croissance en dépit de l’accélération de la reprise dans les pays développés, prévient le FMI.

 

Les facteurs extérieurs ont représenté en moyenne la moitié, voire plus, des hausses comme des baisses de la croissance des économies émergentes ces 15 dernières années, a rapporté jeudi le Fonds monétaire international (FMI) dans un chapitre dévoilé à l’avance de son prochain Rapport sur la stabilité financière dans le monde. Une augmentation de 1 point de pourcentage de la croissance américaine se traduit à elle seule immédiatement par une hausse moyenne de 0,3 point dans les pays émergents. Elle-même puissance émergente et désormais deuxième économie mondiale, la Chine a aussi un impact sur ses congénères, quoique moins grand, un point de croissance s’y traduisant par une augmentation de l’activité économique de 0,1 point de pourcentage dans les autres économies émergentes.

 

L’influence de la conjoncture extérieure sur les économies émergentes peut changer selon les circonstances, constate le FMI. Elle s’est notamment révélée plus marquée durant les deux dernières récessions dans les pays développés, au début des années 2000 et entre 2008 et 2009, mais elle a été moins grande pendant la forte accélération de la croissance dans les pays émergents en 2006-2007.

 

Cette influence de la conjoncture extérieure varie également selon les pays. Si elle explique en moyenne environ la moitié (42 %) de la variation de croissance dans l’ensemble des pays émergents, « ces facteurs ont joué un rôle moins important dans les pays relativement plus grands ou moins ouverts »,comme la Chine (27 %, dont 22 % attribuables seulement aux États-Unis) et l’Inde (28 % et 19 %). Ils se sont, par contre, révélés beaucoup plus déterminants pour d’autres, comme le Brésil (60 % et 43 %), le Mexique (69 % et 61 %) et la Russie (72 % et 57 %).

 

On serait porté à croire, dans ce contexte, que l’accélération de la reprise prévue dans les pays développés se révélera bénéfique pour les économies émergentes. Elle le sera, dit le FMI, mais moins qu’on le pense. « Si la croissance devait s’accélérer dans les pays avancés, les conditions de financement extérieur et les termes de l’échange des pays émergents seraient moins favorables,explique-t-on. En outre, la croissance chinoise va devenir plus durable, mais moins rapide, ce qui va temporairement pénaliser les autres pays émergents. »

 

Les responsables économiques des pays émergents devront se pencher sur l’autre moitié des déterminants de leur croissance, soit les facteurs intérieurs, en conclut le FMI. Or, beaucoup de grands pays émergents « hormis la Chine » ont vu, les derniers temps, ces facteurs intérieurs tirer leur croissance « en dessous du niveau attendu ». Aussi devront-ils s’y pencher et « évaluer ce qu’il est éventuellement possible de faire pour relancer la croissance, sans provoquer de déséquilibre macroéconomique ».

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