Postes Canada défend sa nouvelle structure tarifaire

Une série de timbres canadiens de 1851 à nos jours exposés depuis le 27 mars au Musée canadien d’histoire à Gatineau.
Photo: La Presse canadienne (photo) Justin Tang Une série de timbres canadiens de 1851 à nos jours exposés depuis le 27 mars au Musée canadien d’histoire à Gatineau.

Postes Canada a mis à exécution sa grille tarifaire majorée lundi et défendu les rabais consentis aux grandes entreprises qui font un usage intensif de ses services. Alors que les PME craignent un certain impact financier malgré des mesures d’atténuation, le syndicat de la société d’État y voit un régime à deux vitesses.

 

La société d’État, qui n’est pas rentable et veut épargner de l’argent en abolissant le service à la porte, a fait passer de 63 ¢ à 1 $ le prix d’un timbre acheté à l’unité, alors qu’il se situera à 85 ¢ pour les timbres achetés en carnet.

 

Au moment où les mesures ont été annoncées en décembre, Postes Canada avait précisé que les entreprises qui utilisent une machine à affranchir verraient le tarif passer de 63 ¢ à 75 ¢.

 

« Nous savons qu’il y a de grands utilisateurs du système postal, et alors, on a essayé de minimiser l’impact »,a dit une porte-parole de Postes Canada, Anick Losier.

 

Une entreprise qui effectue le « prétriage » de son courrier peut voir son tarif diminuer à 69 ¢.

 

Le Syndicat des travailleurs des postes (STTP) a estimé lundi que les particuliers, les PME et les oeuvres de bienfaisance encaissent un coup plus dur que celui porté aux grandes entreprises. « Voilà un bel exemple de la façon de faire des conservateurs : une norme pour leurs amis des grandes entreprises, une autre pour le reste de la population », a affirmé le président national du STTP, Denis Lemelin.

 

Lors de l’annonce du plan de restructuration en cinq points, au mois de décembre, Postes Canada avait estimé que les mesures tarifaires d’ensemble se traduiraient par un impact financier de 160 à 200 millions.

 

En guise de comparaison, l’abandon progressif de la livraison à la porte, ce qui se fera en trois à cinq ans au profit de boîtes communautaires, pourrait générer des économies de 400 à 500 millions par année.

 

Les dernières données financières montrent une société déficitaire. En novembre 2013, Postes Canada a dit que les neuf premiers mois de l’année se sont soldés par une perte avant impôt de 165 millions. Son chiffre d’affaires sur cette période a été de 4,29 milliards, contre 4,31 l’année précédente.

 

M. Lemelin a par ailleurs souligné que le président de Postes Canada, Deepak Chopra, était auparavant président pour les divisions canadienne et latino-américaine de Pitney Bowes, un des trois fabricants de machines à affranchir officiellement autorisées.

 

Petites entreprises

 

De leur côté, les PME ont salué les mesures d’atténuation récemment annoncées, mais craignent un impact financier dans son ensemble. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a reconnu que Postes Canada a présenté il y a deux semaines des mesures visant à réduire l’impact des hausses.

 

Parmi ces mesures, qui doivent s’appliquer du 19 mars au 31 décembre 2014, on retrouve la possibilité, pour les titulaires d’une carte du programme Entrepreneur, d’obtenir 5 % de rabais lors de tout achat de 300 timbres en rouleaux de 100. Quant aux détenteurs d’une machine à affranchir, ils bénéficieront d’un rabais de 5 % jusqu’à concurrence de 250 $.

 

De plus, Postes Canada a abaissé les seuils de volume minimal de certains produits pour les PME et organismes de bienfaisance qui utilisent le publipostage.

 

« Il faut reconnaître que Postes Canada a pris certaines mesures pour réduire la pression sur les propriétaires de PME »,a affirmé la vice-présidente principale de la FCEI, Martine Hébert. « Mais cela n’est pas suffisant pour compenser les coûts supplémentaires qui leur seront occasionnés. »

 

La FCEI affirme que 40 % de ses 8000 membres envoient au mois 50 lettres par mois.

 

Il y a deux semaines, la société d’État avait affirmé que « le rajustement stratégique ponctuel des tarifs du service Poste-lettres a été une décision difficile, mais nécessaire »,car le recours aux services postaux est en déclin. « Les volumes du service Poste-lettres ont baissé continuellement depuis 2007, tendance qui ne fait que se poursuivre alors que de plus en plus de Canadiens se tournent vers des solutions de rechange numériques et mobiles. »

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